•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le sombre chapitre ontarien des pensionnats pour Autochtones

La Commission de vérité et réconciliation du Canada a dénombré 18 pensionnats pour Autochtones en Ontario. À travers cette carte interactive et évolutive, vous en apprendrez davantage sur ce pan tragique de l’histoire canadienne.

Des chaussures d'enfants reposent au pied de la statue de Sir John A. MacDonald, qui se trouve sur le terrain de l'Assemblée législative de l'Ontario à Queen's Park, à Toronto, le vendredi 18 juin 2021.

L'Ontario fait face à son histoire au moment où des fouilles se préparent sur plusieurs sites d'anciens pensionnats pour Autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Thalia D’Aragon-Giguère

« Et je me rappelle encore aujourd'hui, le calme, le silence, et toute la tristesse, l'atmosphère, lorsque nous sommes entrés dans ce grand bâtiment en pierre ». Rachel Chakasim fait partie des milliers de survivants des pensionnats pour Autochtones qui ont témoigné devant la Commission de vérité et réconciliation du Canada jusqu'en 2015.

Comme plusieurs autres enfants de son âge, elle a fréquenté de force le pensionnat Saint-Anne, près de Fort Albany, dans le nord de l’Ontario. L'établissement compte parmi les 18 pensionnats pour Autochtones qui ont été en service entre 1832 et 1991 dans la province.

(Pour consulter la carte en format mobile (Nouvelle fenêtre))

J'ai vu la violence pour la première fois, racontait-elle devant les commissaires chargés de faire la lumière sur les expériences et les séquelles du système des pensionnats pour Autochtones au Canada. Une décennie s’est écoulée depuis le début de ce processus et la plupart des 94 appels à l’action lancés par la Commission sont restés lettre morte.

Un bâtiment avec des modules de jeu à l'extérieur de celui-ci.

Le pensionnat de Sainte-Anne, à Fort Albany, dans les années 1940. Le bâtiment a été détruit par le feu en 2002.

Photo : Algoma Universy / Collection Edmund Metatawabin

Aujourd’hui, plus que jamais, la douleur des pensionnaires refait surface après la découverte tragique de centaines de sépultures anonymes près d’anciens pensionnats en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

On parle de la mort d'enfants. C'est difficile à accepter pour n'importe qui ayant un cœur. Et les gens sont surpris. Mais on en parle depuis très, très longtemps, laisse tomber Edmund Metatawabin, survivant du pensionnat Saint-Anne.

L'ancien chef de la Première Nation de Fort Albany se remémore des temps difficiles passés au sein du système des pensionnats pour Autochtones. Il témoigne d'abus de nature sexuelle, psychologique et physique.

Les personnes malades allaient dans les hôpitaux, les criminels allaient à la prison, et les enfants autochtones allaient dans les pensionnats. Ils allaient là pour être transformés, pour devenir conformes aux normes de la société canadienne.

Une citation de :Edmund Metatawabin, survivant du pensionnat Saint-Anne et ancien chef de la Première Nation de Fort Albany
Edmund Metatawabin.

Edmun Metatawabin fait partie d'un groupe de survivants talonnant le gouvernement fédéral pour obtenir des documents de la Police provinciale de l'Ontario sur le pensionnat Saint-Anne.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Si les cris du cœur de nombreuses victimes, comme Edmund Metatawabin, n’ont pas toujours su trouver écho auprès du gouvernement lors des dernières années, ce dernier ne pourra plus les ignorer, estime Karl Hele, professeur en études autochtones et canadiennes à l'Université Mount Allison ainsi que membre de la Première Nation Garden River en Ontario.

Depuis les récentes fouilles menées sur les sites d’anciens pensionnats pour Autochtones au Canada, une lourde question demeure en suspens : combien d’autres restes d’enfants seront retrouvés à l’échelle du pays?

Des amas de terre sur un vaste terrain où se trouvent des tombes.

Certaines des 751 tombes anonymes découvertes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval en Saskatchewan.

Photo : CBC / Mickey Djuric

Je m'attends à ce que plusieurs autres tombes soient découvertes en Ontario, se désole M. Hele. C’est une question de temps avant que les gens les trouvent.

Au moins 3200 jeunes Autochtones ont perdu la vie entre la fin du 19e siècle et la fermeture du dernier pensionnat en 1996, dont 426 en Ontario. Ce nombre pourrait toutefois être bien plus élevé, selon d'anciens commissaires de la CVR et des chefs autochtones.

Comme ailleurs au pays, les pensionnats pour Autochtones étaient financés par le gouvernement fédéral. Ils étaient toutefois gérés par l'Église. En Ontario, on retrouvait notamment des pensionnats de confession catholique, anglicane, mennonite ou encore méthodiste.

En juin 2021, le gouvernement de l’Ontario a été la première province canadienne à investir un fonds de plusieurs millions de dollars consacré entre autres à l'identification des lieux de sépultures d'anciens sites de pensionnats pour Autochtones sur son territoire.

Karl Hele pose devant la caméra en souriant.

Karl Hele est professeur en études autochtones et canadiennes à l'Université Mount Allison ainsi que membre de la Première Nation Garden River en Ontario.

Photo : Photo offerte par Karl Hele

Au-delà de cet engagement qu'il accueille favorablement, M. Hele, croit que le point tournant se trouve plutôt dans la prise en charge par les communautés autochtones de ces fouilles. Les Premières Nations sont en train de se réapproprier leurs histoires, fait valoir le professeur.

C’est nous qui avons découvert les 215 enfants en Colombie-Britannique et plus de 700 autres en Saskatchewan. C’est nous qui cherchons nos proches. C’est nous qui retrouvons nos ancêtres, nos enfants enterrés.

Une citation de :Karl Hele, professeur à l'Université Mount Allison et membre de la Première Nation Garden River

Entre-temps, M. Hele enjoint les allochtones à apprendre, à comprendre et à écouter ce que les Premières Nations, les Inuits et les Métis ont à dire sur l'héritage des pensionnats pour Autochtones au Canada.

Cela signifie peut-être entendre des choses qui mettent mal à l'aise, ou que l'on n'aime pas entendre. Mais ainsi, on pourra peut-être trouver un terrain d'entente. Pour moi, c'est une question d'éducation et de justice. Sans cela, nous n'irons pas très loin.

Ligne nationale d’écoute téléphonique

Une ligne de crise nationale bilingue a été mise en place pour fournir du soutien aux anciens élèves et aux personnes touchées par les pensionnats pour Autochtones. Un service psychologique est disponible 24 heures sur 24 au 1 866 925-4419.

Avec la collaboration de Camile Gauthier et de Valérie Miller

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !