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Tracadie interdit l'épandage de glyphosate sur son territoire

Un tracteur épand du glyphosate sur un champ de blé.

L'épandage de glyphosate est monnaie courante dans les champs canadiens (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le conseil municipal de Tracadie, au Nouveau-Brunswick, a adopté lundi soir une résolution interdisant l’épandage de glyphosate sur le territoire de la municipalité.

Tracadie devient ainsi la première municipalité du Nouveau-Brunswick à interdire le glyphosate.

Le glyphosate est l'ingrédient actif d'un herbicide principalement commercialisé sous la marque Roundup. C'est le pesticide le plus utilisé au Canada et dans le monde.

Il est autorisé par Santé Canada et largement employé par les industries agricoles et forestières, mais classé comme « cancérigène probable » par l'Organisation mondiale de la santé depuis 2015.

Un vote contre le glyphosate

Hôtel de ville de Tracadie.

Les conseillers municipaux de Tracadie ont unanimement adopté la résolution interdisant l’épandage de glyphosate sur le territoire municipal.

Photo : Radio-Canada / Francois Vigneault

Plusieurs résidents de Tracadie inquiets à propos de leur santé et de l’environnement réclament son interdiction depuis plusieurs années. Le sujet était un enjeu lors des dernières élections municipales à Tracadie.

On est imputable à notre population. On avait un message très clair, puis c’est ce qu’on a fait. Hier soir, on a juste écouté les doléances de nos citoyens et citoyennes, souligne le maire Denis Losier.

La proposition du conseil municipal de Tracadie a été adoptée à l'unanimité. Plusieurs conseillers se sont toutefois abstenus en raison de liens avec des propriétaires terriens ou des gens qui travaillent dans l’industrie du bleuet, selon le maire de Tracadie, Denis Losier.

On avait le quorum pour l’ordre du jour. Certains ont déclaré un conflit d’intérêts, mais il restait, je crois, six personnes autour de la table, et toutes ont voté en faveur de l’arrêté. C’est officiel. On a voté la troisième lecture. On va de l’avant avec l’interdiction du glyphosate, affirme Denis Losier.

La Ville de Laval avait annoncé en avril l'interdiction d'utiliser du glyphosate sur son territoire. Elle devenait ainsi la première Municipalité du Québec à bannir ce pesticide sur son territoire.

Des avertissements et des amendes sont prévus

Denis Losier discute devant l'hôtel de ville.

Le maire Denis Losier devant l'hôtel de ville de Tracadie.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Les résidents de la Municipalité régionale de Tracadie qui remarquent de l’épandage de glyphosate sur le territoire peuvent porter plainte aux autorités municipales, indique le maire. Un agent fera ensuite une vérification sur les lieux.

S’il y a eu épandage de ce produit, les autorités peuvent donner un avertissement ou imposer des amendes. L’arrêté municipal prévoit des amendes variant de 50 $ à 640 $ pour une première infraction. En cas de récidive, l’amende minimale passe à 100 $.

On va voir comment ça va aller. C’est une première pour nous. C’est quand même quelque chose d'assez pointu. Il y a toute la question de la mise en place. Il y a eu un temps de deux ans d’attente entre la première, deuxième et troisième lecture. On va suivre le dossier de près et on va voir ce qui va être la démarche, ce qui va être la réception aussi des utilisateurs du produit, nos agriculteurs de petits fruits, affirme Denis Losier.

Une nouvelle qui réjouit des résidents

Le militant écologiste Amédée Boucher.

Le militant écologiste Amédée Boucher en 2017 (archives).

Photo : Radio-Canada / Francois Vigneault

Les résidents de la municipalité de Tracadie, comme ailleurs au Nouveau-Brunswick, sont nombreux à s'opposer publiquement à l'épandage de glyphosate. C'est le cas de Monica Comeau, qui habite tout près d'un champ de bleuets. L'épandage à quelques mètres de sa maison l'a toujours inquiétée.

Quand le monsieur venait, il avait des habits blancs [...] si ce n'était pas des produits chimiques, pour quelles raisons est-ce qu'ils avaient ces habits blancs sur leur dos?, se demande-t-elle.

Elle se réjouit de savoir qu'il sera désormais interdit, tout comme Amédée Boucher qui a longtemps milité pour que Tracadie adopte un tel règlement.

J'ai sauté debout! Enfin! Enfin! Le projet avait été mis sur la glace deux ans passés, se réjouit-il.

Au début, ma famille et mes amis me prenaient pour un fou. Je l'ai faite pour moi. Je l'ai faite pour ma famille. Je l'ai faite pour eux autres, je l'ai faite pour la population, dit-il.

Une bonne chose, selon une experte

Céline Surette.

Céline Surette estime que le principe de précaution devrait primer alors que les études sont divisées sur la question du glyphosate (archives).

Photo : Radio-Canada

Je pense que c’est de très bonnes nouvelles de savoir que les municipalités commencent à mettre des interdictions d’épandage du glyphosate sur leur territoire, lance la directrice du Département de chimie et de biochimie de l’Université de Moncton, Céline Surette.

Il faut faire plus de recherches, selon elle, pour mieux comprendre les effets du produit sur la santé humaine et animale.

Le problème avec le glyphosate, c’est que c’est un produit qui est probablement cancérigène, mais sur lequel on a encore beaucoup d'incertitudes quant à ses effets sur la santé humaine.

Une citation de :Céline Surette, directrice du Département de chimie et de biochimie de l’Université de Moncton

Donc, on a étudié un peu l’impact du glyphosate sur le cancer, et les études épidémiologiques vont dans les deux sens. Ça dépend de ce qu’on prend en compte dans ces études-là. Mais il y a aussi des risques pour d’autres sortes de maladies. Notamment, il y a des études plus récentes sur des modèles animaux qui nous montrent que le glyphosate aurait des impacts sur le microbiome, donc toute notre flore intestinale. Donc, il y aurait potentiellement un lien avec l’augmentation de maladies comme la maladie de Crohn ou d’autres maladies du système digestif, explique Céline Surette.

La professeure Céline Surette rappelle que le glyphosate est conçu pour détruire des plantes. C’est clair que ça va avoir un impact sur la structure de nos écosystèmes, et ça, ça peut avoir un impact ensuite sur le type d’animal qui va vivre dans ces forêts et sur comment ils s’alimentent, entre autres. Donc, il y a vraiment beaucoup de questions qui continuent à se poser par rapport à l’impact du glyphosate.

Céline Surette ajoute qu’il y a très peu de suivi du glyphosate dans l’environnement au Canada. Elle croit qu’il n’y en a jamais eu de façon systématique au Nouveau-Brunswick dans le cadre d’un programme de surveillance.

L'organisme Bleuets Nouveau-​Brunswick n'a pas souhaité commenter, mardi.

Avec des informations de Nicolas Steinbach et d'Alix Villeneuve

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