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Féminicides : des propos « fatalistes » de Geneviève Guilbault dénoncés

Des manifestantes avec une banderole dénonçant les féminicides.

Des femmes ont pris d'assaut les bureaux de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Photo : Gracieuseté du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale

Des manifestantes ont pris d'assaut les bureaux du ministère de la Sécurité publique mardi matin, accusant la ministre Geneviève Guilbault d'avoir tenu des propos « fatalistes » à l'égard des féminicides, et ce, alors que la province est déjà endeuillée par les meurtres de 13 femmes cette année.

À l'initiative du Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale, quelques dizaines de femmes ont investi les bureaux situés sur le boulevard Laurier, à Québec. Elles y ont dessiné les silhouettes et inscrit les noms des 13 femmes assassinées en 2021.

Des silhouettes dessinées sur le sol.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les silhouettes des défuntes et leurs noms ont été inscrits sur le plancher des bureaux de la ministre de la Sécurité publique.

Photo : Gracieuseté du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale

Ce coup d'éclat a notamment été motivé par des propos tenus récemment par Geneviève Guilbault. Après le 13e féminicide commis dans la province cette année, à la mi-juin, la ministre caquiste avait déclaré que les services sont là, mais malheureusement, il semble qu’on ne pourra jamais tout empêcher.

Ces propos sont jugés inacceptables par les manifestantes présentes mardi matin.

Ils contribuent à banaliser les féminicides, à porter un regard fataliste sur la violence conjugale et sur ces meurtres de femmes pour le simple motif d’être une femme, dénonce Isabelle Boily, porte-parole du Regroupement. La ministre a perdu toute crédibilité d’agir en tant que ministre de la Sécurité publique. Il est impensable de baisser les bras et d’accepter que d’autres femmes soient tuées.

Il faut tout faire

Le Québec ne peut se contenter de demi-mesures, selon Mme Boily, et encore moins d'admettre qu'il y aura d'autres féminicides à l'avenir. Il faut tout faire, dit-elle, afin de protéger les femmes. Et en ce sens, on ne peut pas tolérer les déclarations de la ministre.

Les manifestantes ont également appelé le gouvernement caquiste à considérer le problème des féminicides comme un besoin de transformation globale de la société.

Malgré les 223 millions $ débloqués en avril pour lutter contre la violence conjugale et des investissements dans les ressources d'aide pour les hommes, Isabelle Boily croit qu'il y a un changement de culture plus profond à insuffler. On salue ces gestes-là. Ce sont des bons premiers pas, mais il reste 100 pas à faire.

« Ce que le gouvernement investit, c'est bienvenu, mais ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas juste une question d'argent. Une transformation sociale, c'est plus global que ça. »

— Une citation de  Isabelle Boily, porte-parole, Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale

Les solutions doivent être appliquées sur divers fronts, toujours selon le Regroupement. Isabelle Boily cite en exemples l'éducation sexuelle et une réforme du système judiciaire. Elle appelle particulièrement à mettre en place des mécanismes visant à mieux protéger les victimes de violence conjugale.

Il faut une éducation à la sexualité axée sur des modèles de relations amoureuses positifs basés sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Il faut briser le silence, dénoncer les violences, déconstruire et transformer les discours véhiculés qui banalisent cette violence. Il faut adopter des approches reposant notamment sur la responsabilisation des hommes violents, explique-t-elle.

Geneviève Guilbault lors d'un point de presse. Elle est assise à une table, derrière un micro, entourée de deux fleurdelisés.

Geneviève Guilbault est ministre de la Sécurité publique.

Photo : Radio-Canada

Les manifestantes rappellent qu'une série de recommandations a été déposée par un groupe d'expertes et d'experts plus tôt cette année en matière d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Ce comité avait entre autres recommandé la création d'un tribunal spécialisé.

Avec 190 recommandations, il y a énormément de travail sur la table, plaide Isabelle Boily, qui demande aux élus d'y voir rapidement. Elle demande finalement aux élus d'être davantage à l'écoute des besoins des femmes pendant ces travaux. Les grandes spécialistes, ce sont les femmes elles-mêmes.

Le cabinet de la ministre Geneviève Guilbault a pour sa part dénoncé l'occupation de mardi matin. Le grabuge entraîne la confrontation plutôt que la collaboration. Enrayer la violence conjugale et les féminicides demande que l'on travaille ensemble. Nous avons posé des gestes importants. Il faut continuer le travail. Cessons de nous diviser, a-t-on écrit par courriel.

13 féminicides

Le Québec est déjà en deuil de 13 femmes victimes de meurtre cette année. Le plus récent date de la mi-juin. Le corps de Nathalie Piché, 54 ans, a été retrouvé dans un logement du quartier Limoilou.

Le suspect dans cette affaire, Noureddine Mimouni, fait face à une accusation de meurtre au second degré. Il avait été arrêté le 30 décembre dernier après avoir été dénoncé par Nathalie Piché. L’homme de 33 ans avait été accusé de voies de fait, de séquestration et de menaces contre sa conjointe.

Les accusations ont cependant été retirées en février quand celui-ci s'est engagé devant la cour à ne plus importuner la victime et à ne pas troubler l'ordre public pour une durée de 12 mois. Le contexte du meurtre a vivement été dénoncé et l'efficacité des mandats de paix remise en question (Nouvelle fenêtre).

Mimouni était par ailleurs de retour en cour ce mardi. Il est toujours détenu et son dossier a été reporté au 23 juillet prochain. La Couronne a fait savoir que de nouveaux éléments de preuve ont été déposés.

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