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Droits de la personne : Ottawa pressé de cesser de financer le gouvernement éthiopien

Une dizaine de personnes s'entasse près de l'entrée d'un local où de la nourriture leur est donnée.

Des réfugiés du Tigré font la file pour recevoir de la nourriture donnée par des organisations locales à Mekele, capitale de la région. Selon l'ONU, 350 000 personnes vivent dans la famine au Tigré.

Photo : Associated Press / Ben Curtis

La Presse canadienne

Des membres des communautés tigréennes au Canada plaident pour qu'Ottawa cesse d'envoyer des millions de dollars en soutien au gouvernement de l'Éthiopie. Ils demandent qu'il exige plutôt la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne afin de livrer des vivres par la voie des airs aux populations de la région du Tigré.

Depuis huit mois, les populations du Tigré subissent les attaques militaires du gouvernement fédéral éthiopien, dénoncent des groupes de défense.

Azeb Gebrehiwot de l'Association des communautés tigréennes du Canada croit que les Canadiens devraient savoir que leur argent sert à financer le gouvernement de l'Éthiopie qui commet des atrocités au Tigré.

Nous, les Tigréens au Canada, sommes si désemparés par notre gouvernement canadien, parce qu'on voit les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni dénoncer vigoureusement la situation au Tigré.

Une citation de :Azeb Gebrehiwot, de l'Association des communautés tigréennes du Canada

Mme Gebrehiwot, qui a immigré au Canada il y a 18 ans, affirme que le gouvernement en Éthiopie a complètement coupé les communications dans la région du Tigré. Il lui était donc impossible de parler aux membres de sa famille au moment où les forces éthiopiennes et les forces alliées menaient une opération militaire dans la région.

Ce conflit a entraîné la pire famine de la dernière décennie dans le monde. Ce sont plus de 350 000 personnes qui sont privées de nourriture, selon des rapports des Nations unies et d'autres groupes humanitaires.

Lundi, le gouvernement éthiopien a déclaré un cessez-le-feu immédiat dans la région. L'annonce a été relayée par les médias d'État peu de temps après que l'administration par intérim au Tigré, nommée par le gouvernement fédéral, eut fui la capitale régionale.

Au moment de déserter les lieux, l'administration a lancé un appel au cessez-le-feu humanitaire dans l'espoir que des vivres puissent être distribués d'urgence.

Pendant ce temps, les résidents de la capitale régionale, à Mekele, ont célébré le retour des forces du Tigré.

Le cessez-le-feu, qui doit durer jusqu'au moment crucial de la fin de la période de plantation, en septembre, pourrait calmer la tension dans cette guerre qui a déstabilisé le deuxième pays d'Afrique en importance en termes de population. Le conflit menace également de répandre l'instabilité de manière plus élargie dans toute la corne de l'Afrique, où l'Éthiopie est perçue, par l'Afrique de l'Ouest, comme un allié stratégique pour la sécurité.

L'Éthiopie est l'un des plus importants bénéficiaires de l'aide internationale du Canada. Cet État d'Afrique de l'Est a reçu près de 2 milliards de dollars du Canada entre 2010 et 2019, selon les données disponibles sur la plateforme Canadian International Development, un site web de collecte d'informations opéré par l'Université Carleton.

Affaires mondiales Canada n'avait pas encore répondu à nos demandes de commentaires au moment de publier.

Campagne de salissage

Un ancien directeur du ministère des Affaires étrangères de l'Éthiopie, Yohannes Abraha, qui est venu en visite au Canada l'an dernier, a expliqué que le gouvernement éthiopien avait entrepris une campagne de salissage dans la région du Tigré en plus de couper sévèrement dans le financement versé depuis trois ans. C'est ce qui a jeté les bases du conflit actuel déclenché en novembre dernier au Tigré.

Il ajoute que le conflit a également des racines historiques et politiques, mais que des enjeux régionaux ont également joué un rôle dans l'escalade de la violence.

Le gouvernement de la région de l'Amhara, dont les forces armées ont combattu les forces fédérales au Tigré, est en colère contre la manière dont les leaders tigréens ont milité en faveur d'un système fédéraliste où les États ont plus de pouvoir. L'Amhara souhaiterait voir le pouvoir centralisé dans la capitale.

L'Amhara voulait une Éthiopie unie. Pas de fédéralisme, pas de frontières, juste une Éthiopie unie sans égard aux diverses nationalités et aux différentes identités du pays, décrit M. Abraha.

Yohannes Abraha rapporte que, pour ajouter au chaos, le président de l'Érythrée, Isaias Afwerki, a déployé ses forces armées au Tigré pour soutenir le gouvernement éthiopien afin de se positionner comme un leader incontournable dans la corne de l'Afrique. Le Tigré lui apparaissait comme étant le seul obstacle à ses ambitions alors que la région constitue un asile pour les réfugiés érythréens et ses opposants politiques.

Un homme en veston portant des lunettes de soleil tient un micro de sa main droite.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors d'un rassemblement politique dans la ville de Jimma, dans la région d'Oromia.

Photo : Associated Press / Mulugeta Ayene

Toujours selon M. Abraha, le premier ministre de l'Éthiopie, Abiy Ahmed, cherche à devenir le roi de l'Éthiopie en matant toutes les forces politiques du pays. Une volonté à laquelle seule la région du Tigré a résisté jusqu'ici.

Le changement d'attitude d'Abiy Ahmed, de pacifiste lauréat du Nobel de la paix à va-t-en-guerre, a consterné les observateurs dans la région. Depuis le déclenchement du conflit dans le Tigré, la communauté internationale n'a eu que très peu d'accès à la région pour enquêter sur des allégations d'atrocités, notamment des viols et des famines forcées.

D'après l'expert de l'Université Carleton Tag Elkhazin, le premier ministre Ahmed est plus défié que jamais, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu'il va perdre le pouvoir alors que le pays attend les résultats des élections nationales.

Tag Elkhazin croit que les voix de plus en plus fortes en faveur de l'autonomie du Tigré risquent de créer une nouvelle dynamique pouvant mener à nouveau à une escalade de la violence dans la région.

Pour faire pression sur l'Éthiopie et forcer l'État à résoudre le conflit, la communauté internationale peut agir en cessant de financer le gouvernement fédéral et en imposant des sanctions à ceux qui dirigent les campagnes militaires, dont le premier ministre Ahmed, analyse M. Elkhazin.

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