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Pensionnat pour Autochtones : comment seront identifiées les victimes?

Certaines des tombes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Certaines des tombes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Photo : CBC / Mickey Djuric

Radio-Canada

La découverte la semaine dernière en Saskatchewan de 751 tombes anonymes sur le site de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval obligera les autorités à fouiller le sol pour tenter d’identifier les personnes qui y sont enterrées.

Le projet, complexe, nécessitera plusieurs étapes qu’a brièvement expliquées Isabelle Ribot, professeure d’archéologie à l’Université de Montréal et spécialiste de la bioarchéologie, en entrevue à l’émission 24•60.


Comment fait-on pour identifier des restes humains?

Évidemment, c’est un très gros projet. Je n’ai pas la prétention de connaître toutes les étapes d’un tel projet, parce que ça va impliquer beaucoup de corps de métier différents. Des gens qui vont travailler sur le contexte, retrouver les archives, la liste des décédés, comprendre qui a disparu.

Il n’y a pas un équipement qui sert à repérer les ossements humains?

Oui, bien sûr. De manière rapide, on peut faire une prospection de surface. Ça, c’est déjà en cours. D’ailleurs, il y a des communautés qui l’utilisent, le géoradar. Ça permet de détecter des cimetières qui n’ont plus de pierres tombales à la surface. Ça marche en fait sur le principe des ondes radio, qui sont lancées dans le sous-sol et qui permettent de détecter des structures souterraines. Donc, il n’y a aucun effet destructif.

Comment récupérer les ossements après les avoir détectés?

On va essayer de dégager les restes humains en enregistrant toutes les données qui les entourent pour vraiment bien comprendre ce qui s’est passé. Les gestes funéraires, les gestes qui font que le corps se trouve à cet endroit-là. Donc, on va faire des photos, on va faire des documents, parfois même en 3D, et on va les analyser ensuite.

Anciens pensionnats : la bioarchéologie à l’oeuvre

Qu’est-ce qu’on pense retrouver exactement en ouvrant ces tombes?

Ça dépend évidemment de la date à laquelle le corps a été mis en terre. Si c’était il y a 80 ans, c’est sûr qu’on va trouver principalement des restes osseux, des restes dentaires, et parfois des tissus, des éléments organiques. Mais ça dépend beaucoup de la nature du sol. Si le sol est très acide, il y a des choses qui vont mal se conserver. Si c’est plutôt basique, c’est-à-dire un peu comme le sable, on va avoir tendance à avoir plus d’éléments. Ça peut être utile pour identifier une personne.

Quelle est la technique pour essayer d’identifier quelqu’un?

Sur les restes squelettiques, pour les enfants en particulier, on va regarder beaucoup la dentition. On va avoir des informations sur l’âge au décès directement en fonction du développement dentaire, puis, évidemment, le développement osseux aussi. On va pouvoir confronter un âge dentaire et un âge osseux.

Si la personne a eu des conditions de vie difficiles, son développement osseux sera un peu retardé, donc il y aura des indications de stress par rapport à sa croissance. Ça aussi ça peut être intéressant. On peut avoir des traces du mode de vie sur le squelette. Les carences peuvent laisser des témoignages.

Mais ça vous permet de faire un lien avec l’identité, le nom de la personne?

Pour ça, il y a l’âge, le sexe. C’est plus difficile d’estimer le sexe chez un enfant, mais après, c’est sûr qu’il va falloir demander l’expertise des généticiens pour faire des analyses d’ADN. Ça, c’est ce qu’il y a de plus précis. Il faudra sûrement confronter avec l’ADN des membres de la famille. Mais je ne suis pas généticienne moi-même. Tous ces éléments ensemble peuvent se corréler. Ça permet de corroborer le profil de l’individu.

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