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Des solutions de rechange à la fête du Canada en solidarité avec les Autochtones

Des drapeaux du Canada suspendus sur une corde.

Certains veulent marquer la fête du Canada différemment, en ces temps de deuil pour les Autochtones.

Photo : iStock

Alors que plusieurs villes ont décidé d’annuler les événements prévus pour la fête du Canada à la suite des récentes découvertes sur les terrains d'anciens pensionnats pour Autochtones, certains se demandent comment souligner le 1er juillet avec empathie et compassion pour les communautés autochtones du pays.

La Ville ne va pas célébrer l'anniversaire du Canada de manière traditionnelle, avec de la musique, des gâteaux, du maquillage et des hotdogs dans l'un des parcs de la ville, explique Sean Kelly, conseiller municipal à Belleville, en Ontario.

Malgré la pandémie, la Municipalité et sa chambre de commerce avaient prévu quelques événements comme un défilé de voitures devant l’hôpital général de Belleville, des foyers de soins de longue durée et les lieux de travail de premiers répondants. Mais mercredi, la Ville a annoncé qu’elle ne célébrera pas la fête du Canada cette année et qu’elle mettra le drapeau de la mairie en berne pour la journée du 1er juillet en soutien aux victimes des pensionnats pour les Autochtones.

Un homme avec des lunettes prend une photo de lui à l'intérieur de la mairie de Belleville.

Sean Kelly est conseiller municipal à la Ville de Belleville depuis 2018, et est également président du comité de l’équité, de la diversité et de l’inclusion de la Ville.

Photo : soumis par Sean Kelly

La décision a été prise après des rencontres avec les communautés autochtones locales, notamment les Mohawks de la Baie de Quinte, rapporte M. Kelly, également président du comité de l’équité, de la diversité et de l’inclusion de la Ville.

Nous avons tenu une réunion spéciale où il a été décidé que cette année, c’est vraiment le moment de faire une pause. Pour le 1er juillet, réfléchissons et pensons à ces jeunes enfants.

Une citation de :Sean Kelly, conseiller municipal, Belleville

 Je pense que c’est correct de faire du 1er juillet un moment de réflexion pour nous tous , explique le conseiller. Plusieurs villes ont décidé d’en faire autant, et certaines communautés autochtones ont également demandé l’annulation des célébrations de la fête du Canada. Pour M. Kelly, on ne parle pas d’annulation, mais plutôt « d’une autre approche ».

Les annulations des festivités de la fête du Canada se multiplient

Redéfinir ce que signifie le 1er juillet

En faire une journée de réflexion est une belle façon de changer la perspective [sur le 1er juillet] et de le faire d'une manière qui peut être accessible à tous, voire de créer un espace de volonté d’engagement et d'apprentissage sur la véritable histoire du Canada, estime Dolly Reno.

Cette mère de famille trentenaire est moitié mi’kmaw par son père et moitié européenne par sa mère. Au cours des 15 dernières années, j'ai travaillé pour renouer avec ma culture, mes origines autochtones et la réflexion morale de ce peuple si fort et si beau , raconte-t-elle.

Plus jeune, elle dit avoir été encouragée à cacher cette part de son identité et ne pas avoir appris la vraie histoire du Canada à l’école.

Je pense que la fête du Canada n'est pas la célébration d'autre chose qu'un génocide, un vol de terres. Et je ne pense pas qu'il y ait un moyen de le dire avec plus de douceur, parce que c'est la vérité.

Une citation de :Dolly Reno

Les mouvements qui réclament l'annulation de la fête du Canada ne datent pas d’hier, rappelle-t-elle. Je ne peux parler qu’en mon nom, mais je pense que nous devrions partager plus d'information sur l'origine de cette journée et ce qu’elle signifie vraiment.

Une jeune femme pose dans un champ.

Dolly Reno estime que l'époque actuelle est enfin une époque où il est plus accepté et moins honteux de revendiquer ses origines autochtones.

Photo :  Photo soumise par Dolly Reno. Crédit : Kevin Robertson

Si se passer de célébration et mieux en comprendre les origines semblent un point de départ en ces temps difficiles pour les communautés autochtones du pays, il faut toutefois aller plus loin, selon Dolly Reno. Et le 1er juillet pourrait bien être l’occasion de faire le premier pas dans cette direction.

Utiliser cette journée autrement

C’est en tout cas l’avis du collectif On Canada Project, qui s’identifie principalement comme non autochtone et compte environ 150 collaborateurs bénévoles.

À l’origine, cette plateforme en ligne qui totalise plus de 100 000 abonnés sur Instagram devait servir à informer la population sur l’évolution de la COVID-19 sur un ton de compassion et à travers une lentille de justice sociale, raconte sa fondatrice Samantha Krishnapillai.

Mais les récentes actualités lui ont fait comprendre que d’autres sujets méritaient la même approche. C’était comme une occasion d’approfondir la discussion, relate la jeune femme. Après la découverte de ce qui semble être les restes d'élèves de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, beaucoup d’utilisateurs ont soulevé la question de célébrer ou non la fête du Canada.

Après avoir consulté sa communauté en ligne, puis ses propres consultants autochtones, On Canada Project a publié une liste de sept actions que les allochtones peuvent entreprendre lors de la fête du Canada (mais pas seulement) pour manifester leur solidarité envers les peuples autochtones du pays.

En deux jours, cette publication a obtenu plus de 56 000 mentions j’aime, en faisant la publication la plus populaire du compte (Nouvelle fenêtre).

Apprendre par quels premiers peuples étaient occupées les terres sur lesquelles nous vivons et en apprendre plus à leur propos sont les deux premières étapes, selon la fondatrice du collectif.

Une jeune femme en entrevue par vidéoconférence.

Samantha Krishnapillai, fondatrice et directrice générale du collectif On Canada Project

Photo : Radio-Canada

L'étape suivante consiste à lire le rapport final de la Commission de Vérité et réconciliation (Nouvelle fenêtre) publié en 2015.

Souvent, lorsqu'il y a un problème, nous ne savons pas quelle est la solution, mais la solution a été écrite ici. Tout est déjà là. C'est comme un aide-mémoire sur la façon de faire mieux, mais nous ne l'utilisons pas.

Une citation de :Samantha Krishnapillai, fondatrice et directrice générale, On Canada Project

Le collectif encourage aussi les citoyens à prendre contact avec leurs élus pour leur demander d'œuvrer au sein de leur parti ou des différents ordres de gouvernement pour aider la mise en place de 94 appels à l’action présentés dans le rapport.

Une autre initiative est aussi le port de vêtements orange ou noirs le 1er juillet, plutôt que les couleurs rouges et blanches du Canada. Orange, en référence à la campagne Chaque enfant compte et noir pour souligner la période de deuil, précise Samantha Krishnapillai.

Enfin, parler de ces sujets, manifester son engagement publiquement sur les réseaux sociaux ou encore réattribuer les dépenses liées à la fête du Canada à des organismes de survivants des pensionnats sont les autres moyens évoqués par le collectif pour démontrer sa solidarité.

Ligne nationale d’écoute téléphonique des pensionnats pour Autochtones

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez souffrez en lisant ce texte, il existe ligne nationale d’écoute téléphonique bilingue d'appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones au 1-866-925-4419.

Un changement dans le temps

Ces exemples d’actions concrètes sont d’excellentes ressources, juge Dolly Reno. Pour elle, tout passe d’abord par l’apprentissage. Ça ne se fait pas en un jour, reconnaît-elle, mais le rapport de la Commission de Vérité et Réconciliation fait un travail de synthèse incroyable, dit-elle. Quelque chose comme 400 ou 500 pages, c’est une lecture rapide pour comprendre cette pièce monumentale de notre histoire.

Le cours de l’Université de l’Alberta, intitulé Indigenous Canada et disponible gratuitement sur la plateforme Coursera (Nouvelle fenêtre), est également une bonne façon d’en apprendre plus sur l’histoire du Canada, indique Mme Reno.

Je pense qu'en apprenant les faits, cela peut changer la façon dont nous partageons et occupons l'espace, et comment nous nous engageons.

Une citation de :Dolly Reno

Pour le conseiller municipal Sean Kelly aussi, l’éducation est la clé, et c’est le moment ou jamais pour le pays de se rassembler et d’écouter les histoires. Je pense qu’à partir de maintenant, le pays va célébrer différemment le 1er juillet, je pense qu’on va assister à un tournant, estime-t-il.

Car pour tous, il est important de comprendre que toute action de solidarité doit s’inscrire dans le temps.

Être un allié et être solidaire c’est un processus. Ce n'est pas quelque chose que l’on fait une fois, une case que l’on coche et on passe à autre chose. L'acte de devenir un allié actif ou l’acte de solidarité implique un engagement continu envers une communauté et un problème.

Une citation de :Samantha Krishnapillai, fondatrice et directrice générale, On Canada Project

L’engagement doit dépasser les circonstances actuelles ou la fête du Canada, insiste Samantha Krishnapillai. Vous ne pouvez pas recycler vos déchets un seul jour dans l’année et dire que vous vous souciez de l'environnement.

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