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Des directeurs de santé appuient un modèle de décriminalisation de la possession de drogue

Deux mains tiennent un petit plat de carton avec tous les objets stérilisés nécessaires à l'injection de drogue, comme une seringue.

Une trousse d'injection distribuée aux usagers d'un site de prévention des surdoses. Photo prise à Vancouver. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Emy Lafortune

Une dizaine de directeurs régionaux de la santé publique du Québec, dont celui de l’Estrie, ont signé des lettres en appui à un modèle de décriminalisation de la possession simple de drogues.

Ces lettres étaient destinées à différents ministères des gouvernements provincial et fédéral. Les directeurs régionaux de santé publique y avancent notamment l’importance du projet fédéral de loi C-22.

Sans aller jusqu'à la décriminalisation, ce projet vise notamment à abroger certaines peines afin d'éviter l'emprisonnement automatique des consommateurs lorsqu'ils sont arrêtés en possession de drogues illégales.

Les lettres des directeurs soulignent toutefois l’importance d’aller plus loin et d’intégrer ce projet de loi dans une approche plus complète de réduction des méfaits, explique le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique en Estrie.

On leur dit “bonne idée, mais on peut aller plus loin.

Une citation de :Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique en Estrie

Là où ils [le gouvernement et le projet de loi] vont, c’est "pourquoi envoyer en prison quelqu’un qui se retrouve avec un peu de drogue s’il n’est pas en train d'en faire le commerce". Le commerce resterait illégal, mais la première étape c’est de dire "si vous consommez, vous n’avez pas besoin de vous cacher, parce que vous pouvez avoir besoin d’aide". Si tu possèdes pour ta propre consommation, tu ne vas plus en prison, tu n’as plus un dossier judiciaire, tu as moins de problèmes avec les douanes, avec ton emploi, il y a toutes sortes de méfaits causés par la criminalisation, explique-t-il.

Nous, on dit qu’il faut aller un peu plus loin que ça, car derrière la consommation, il y a toutes sortes de choses. De la pauvreté, des populations déjà stigmatisées [...] Il faut avoir une réflexion plus globale. L’argent qu’on va économiser en arrêtant de criminaliser et de remplir nos prisons en arrêtant des gens qui font juste posséder un peu de substances psychoactives, on peut le mettre en prévention, en services, en sites d’injection supervisée, ajoute-t-il.

Il souligne aussi l’importance d’inclure les consommateurs de drogues et les organismes qui les aident dans ces réflexions.

Un grand pas

Julie Christine Cotton, professeure dans le programme d’études et de recherche en toxicomanie de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, voit d’un bon œil la lettre des directeurs de la santé.

Dès qu’on déjudiciarise les personnes qui consomment des substances, c’est toujours avantageux. C’est un grand pas à différents égards. On pense au pouvoir discrétionnaire qui vient souvent avec la judiciarisation des personnes, ça fait en sorte qu’il y a une surreprésentation des personnes racisées et autochtones qui sont dans le système judiciaire et carcéral, souligne-t-elle notamment.

La judiciarisation consiste à mettre des mesures en place sans nécessairement régler le problème de fond, ajoute-t-elle. Ce n’est pas toutes les personnes consommatrices que leur consommation va être problématique, mais certaines personnes qui consomment ont besoin d’aide.

Au lieu d’entrer dans le système judiciaire, ces dernières gagneraient à avoir accès à plus de ressources adaptées à leur réalité et à leurs besoins spécifiques, indique-t-elle.

Elle croit également que la santé publique devrait lutter contre la stigmatisation des consommateurs et offrir plus de services de réduction des méfaits, à l’image des organismes communautaires, qui travaillent à bout de bras pour porter de telles initiatives.

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