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Une étude se penchera sur le cannabis comme moyen de soulager l’arthrite

Une personne âgée se tient le genou.

L'arthrite se caractérise notamment par une inflammation des articulations.

Photo : iStock

Émilie Javeri

De plus en plus de personnes atteintes d'arthrite consomment du cannabis pour soulager leurs symptômes. Cet usage inquiète certains professionnels de la santé et fera l’objet d’une étude de l’Université de l’Alberta.

On voit de plus en plus de personnes dans nos cliniques qui nous signalent qu’elles consomment des produits à base de cannabis, raconte Cheryl Sadowski, professeure au sein de la Faculté de pharmacie de l'Université de l’Alberta.

C’est de plus en plus fréquent, dit-elle, car depuis que le cannabis récréatif a été légalisé en 2018, il est possible de s’en procurer sans ordonnance.

C’est de là qu’est venue l’idée de l’étude qu’elle va codiriger.

L’arthrite est un terme qui regroupe plus de 100 maladies caractérisées par l’inflammation des articulations et d’autres parties du corps , peut-on lire sur le site Internet de la Société de l’arthrite. Cela concerne un Canadien sur cinq.

Toutes les formes d'arthrite causent des douleurs et, pour combattre ces douleurs, les gens vont parfois consommer du cannabis, explique Cheryl Sadowski.

Les personnes souffrant d'arthrite peuvent également développer des troubles du sommeil, d’anxiété ou de dépression, contre lesquels elles vont lutter en ayant aussi recours au cannabis, selon elle.

Judith Tresidder, 71 ans, souffre d’arthrite depuis une trentaine d’années, en plus d’autres problèmes de santé.

J’ai de très forts maux de tête, presque tous les jours. J’ai aussi des douleurs au niveau du cou et une sensation de brûlure qui descend dans un de mes bras, raconte-t-elle. Cela touche aussi le bas de mon dos et, à cause de cela, j’ai du mal à marcher.

C’est certain que cela se répercute sur ma qualité de vie. Je passe beaucoup de temps à gérer la douleur.

Une citation de :Judith Tresidder, atteinte d’arthrite

Durant plus de 10 ans, elle a pris des médicaments contre la douleur, combinés à du fentanyl. Toutefois, elle devait sans cesse augmenter le dosage de ce dernier. Il y a quelques années, elle a donc décidé de remplacer l'opioïde par du cannabis médicinal.

Je suis arrivée au même niveau de soulagement qu’avec le fentanyl, assure-t-elle. Mais je continue chaque jour d'avoir des douleurs très intenses.

Il y a de nombreuses personnes qui consomment du cannabis et qui constatent que cela améliore leur état de santé ou leur gestion de la douleur, souligne Sian Bevan, directrice scientifique de la Société de l’arthrite.

Une efficacité à démontrer

Mais, en réalité, ajoute-t-elle, nous avons besoin de faire plus de recherches pour comprendre exactement comment le cannabis agit, pour comprendre, comme pour tout autre médicament, quel type est efficace, sur quel patient, quand il faut en prendre, quand il ne faut pas.

Il y a quelques recherches préliminaires qui nous indiquent que, chez certains patients, cela pourrait aider à soulager les douleurs, confirme Cheryl Sadowski.

Pour l'instant, nous sommes incapables de dire aux patients quel produit utiliser et à quelle fréquence en fonction de leurs symptômes.

Une citation de :Cheryl Sadowski, professeure à la Faculté de pharmacie de l'Université de l’Alberta

Judith Tresidder raconte que, lorsqu’elle s'est rendue pour la première fois dans une clinique de cannabis médicinal, personne n’était en mesure de répondre à ses questions concernant les interactions possibles avec ses autres médicaments ou le dosage, par exemple.

On m’a dit de commencer bas et d’augmenter jusqu’à ce que j’atteigne le niveau de soulagement voulu, relate-t-elle. Elle dit avoir trouvé cela effrayant.

Cheryl Sadowski craint également que certains patients qui décident d'eux-mêmes de consommer du cannabis n'arrêtent de prendre les médicaments qui leur ont été prescrits. Or, ce sont des médicaments qui ont fait leurs preuves, qui ont fait l’objet de recherches, rappelle-t-elle. Non seulement ils soulagent la douleur, mais ils aident à prévenir les dommages au niveau des articulations.

Cheryl Sadowski.

Cheryl Sadowski espère mettre au point un outil qui notamment facilitera la discussion entre les patients et les professionnels de santé.

Photo : Université de l'Alberta

Cet été, une équipe pluridisciplinaire de l’Université de l’Alberta lancera donc étude qui durera deux ans.

Un sondage sera effectué auprès de personnes souffrant d'arthrite dans la province. Des groupes de discussion seront également organisés avec des patients. Enfin, des données seront recueillies auprès de Services de santé Alberta, et des experts (rhumatologues, médecins et pharmaciens de partout au Canada) seront consultés.

Cheryl Sadowski précise que l’objectif est de mettre au point un outil qui aidera les patients à déterminer si le cannabis peut les soulager. Cet outil servira également aux professionnels de santé.

Au programme des facultés

Nous savons que la plupart [des professionnels de la santé] ont du mal à répondre aux questions des patients, déplore Cheryl Sadowski.

Pour les aider, il faut qu’il y ait davantage de recherches concernant le cannabis et que le sujet soit inclus dans les programmes pour les étudiants en médecine et en pharmacie, dit-elle.

On sait que beaucoup de personnes qui envisagent le cannabis médicinal ont du mal à trouver un professionnel de santé qui accepte d'en parler avec elles.

Une citation de :Sian Bevan, directrice scientifique de la Société de l’arthrite

Judith Tresidder en a fait l’expérience. Quand elle a annoncé à sa médecin traitant qu’elle avait arrêté le fentanyl pour se tourner vers le cannabis médicinal, elle a bien senti que celle-ci désapprouvait son choix. Elle a reconnu qu’elle n’y connaissait rien, ajoute Mme Tresidder, qui est malgré tout repartie avec une référence pour se rendre dans une clinique spécialisée.

Il y a quelques semaines, Judith Tresidder a enfin trouvé un médecin qui accepte de l’accompagner dans sa consommation de cannabis. Pour elle, c’est un énorme soulagement.

Cheryl Sadowski tient à rappeler que le cannabis est un produit légal et que les personnes qui en consomment ne devraient pas être stigmatisées. Il est important qu’elles ne cachent pas leur consommation à leur médecin ou à leur pharmacien, surtout si elles prennent d’autres médicaments.

Sian Bevan insiste pour sa part sur la différence entre le cannabis médicinal et le cannabis à usage récréatif. Pour les personnes souffrant d’arthrite, il est important que le cannabis soit prescrit par un professionnel de santé, conclut-elle.

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