•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

En France, la peur de l’extrême droite comme argument électoral

Des millions de Français ne devraient pas se présenter aux urnes dimanche pour le 2e tour des élections régionales et départementales. Le premier tour a été marqué par une abstention historique, même là où l’extrême droite est en position de l’emporter.

Journée à la plage par un ciel nuageux.

À La Ciotat, moins d'un électeur sur trois s'est présenté aux urnes lors du premier tour des élections régionales et départementales.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Le coffre de la voiture noire est rempli de matériel électoral : tracts à distribuer, affiches pour les murs, banderoles à suspendre aux ronds-points. Il y a même des vaporisateurs de colle.

Je m’arrête au bord de la route quand il y en a une [affiche] qui n’est plus collée, explique Emmy Font, candidate pour le Rassemblement national (RN) dans une région rurale au nord-est de Marseille.

À 28 ans, elle consacre beaucoup d’énergie à cette campagne. Après tout, le parti populiste de Marine Le Pen pourrait l’emporter et, pour la première fois, diriger l’une des 13 régions françaises.

Au premier tour, les électeurs de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur ont placé en tête le candidat du RN, cinq points devant le candidat sortant, un politicien de droite plus centriste.

Emmy Font évoque les bouleversements qui ébranlent la droite française ces temps-ci, les trahisons, les déceptions de ceux qui ont voté pour Les Républicains (LR), le principal parti de droite.

Les élus LR construisent des mosquées, font de l’islamo-clientélisme pour obtenir des voix et être réélus, affirme-t-elle. Petit à petit, les gens comprennent que LR n’est plus un parti de droite.

Tout sourire, dans une rue étroite de Provence

Emmy Font, candidate du Rassemblement national dans le canton de Trets, au nord-est de Marseille.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Comment convaincre?

Malgré l’enthousiasme, Emmy Font sait que la victoire n’est pas acquise. Premier obstacle : le très faible intérêt pour le scrutin.

Le creux est historique et touche l’ensemble des partis politiques : deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés vers l’isoloir au premier tour de ces élections.

Ce mauvais bilan a bouleversé la classe politique et a déclenché une véritable chasse aux abstentionnistes. Un exercice dans lequel l'expression faire sortir le vote trouve sa pertinence.

Emmy Font s’explique mal pourquoi les partisans du Rassemblement national se sont abstenus en si grand nombre.

J'entends les gens révoltés, qui en ont marre de toutes les agressions. J’entends tout le temps les gens se plaindre. Et puis ils ne vont pas voter. Se plaindre c’est bien, voter c’est mieux.

Une citation de :Emmy Font, candidate RN

Elle rappelle que certaines idées du RN ont aujourd’hui été adoptées par ses concurrents. Elle y voit un signe d’inquiétude chez ses adversaires.

Ils savent qu’on va être meilleurs qu’eux une fois élus, avance Emmy Font. On va enfin démontrer qu’on est capables de gérer une grande collectivité.

Un étal de légumes : frisées, artichauts, bottes de carottes,...

Scène générale du marché de La Ciotat.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

La peur, ce vieil argument électoral

Contre le RN, ses opposants disposent d’une tactique bien éprouvée. C’est ce que les Français appellent le Front républicain. Les Allemands, eux, évoquent un cordon sanitaire.

À chaque fois que le RN s’est approché du pouvoir, ses adversaires ont demandé aux Français de mettre de côté leurs allégeances politiques. De faire bloc contre ce parti associé à la xénophobie, au repli sur soi.

Une tactique à l'œuvre cette fois-ci encore. Notamment au marché de La Ciotat, une petite cité portuaire à l’est de Marseille visitée par une dizaine de candidats et de bénévoles du parti Les Républicains.

Vous avez vu les résultats?, demande Karine Henry à une dame achetant des légumes. L’élue municipale poursuit : Faut se battre, là. C’est le Rassemblement national…

La politicienne ne complète pas sa phrase. Le sous-entendu semble suffire. La cliente hoche la tête, promet de voter.

Elle interpelle un passant d'un signe de la main.

La candidate de droite Karine Henry (Les Républicains) à la rencontre d'électeurs au marché de La Ciotat.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Durant une bonne heure, ces militants déambulent entre les étals de fruits frais, les vêtements suspendus. Sur leur liste d’emplettes : des abstentionnistes, des gens à convaincre de voter au second tour.

Devant une grande paëlla, ils retrouvent une cuisinière qui n’a pas voté au premier tour. Vous allez venir voter, parce que sinon, je vais venir me fâcher, lance une bénévole. Le ton est ferme, un peu à la blague.

Je sais, je sais, proteste la dame. Dimanche, je suis rentrée, j’avais pris la pluie. Elle aussi promet de se reprendre au second tour, dans l’intérêt de tous, contre le Rassemblement national.

Difficile d’évaluer l’efficacité de cet appel à faire bloc contre le RN. Après leur passage, certains électeurs assurent avoir dit oui simplement pour mettre fin à la conversation, plusieurs ont carrément refusé d’engager la discussion avec les militants.

Et puis il y a ceux qui réagissent comme cet électeur de gauche, plutôt du côté des travailleurs, des ouvriers. Un homme bien déçu que le seul candidat écolo se soit retiré de la course après avoir terminé troisième.

Entre un parti de droite et un parti extrême, je prends le parti de droite. Je n’ai plus de choix, se désole-t-il. Ça me fait de la peine.

Quelque chose mijote d'appétissant.

Cuisine locale au marché de La Ciotat

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’ombre présidentielle

L’ombre du président Emmanuel Macron plane aussi sur cette élection. D’abord, plusieurs ministres importants ont fait campagne. Et en Provence, son parti a choisi de ne présenter que quelques candidats… mais pas sous sa propre bannière.

Les politiciens associés à La République en marche (LaREM) ont plutôt été inscrits sur la liste du principal parti de droite en position de force dans la région, Les Républicains.

Une entente singulière. Le signe d’une défaite anticipée pour un parti toujours impopulaire? Pas du tout, assure le responsable de LaREM dans les Bouches-du-Rhône.

Le docteur Bertrand Mas-Fraissinet préfère parler d’un choix de responsabilité : s’effacer pour empêcher un adversaire de l’emporter.

La Provence, c’est connu dans le monde entier. Voir cette région basculer dans le camp des populistes, de l’extrême droite, des trumpistes on pourrait presque dire, ça serait une catastrophe.

Une citation de :Le docteur Bertrand Mas-Fraissinet, responsable LaREM
En habit de travail.

Le docteur Bertrand Mas-Fraissinet, candidat et responsable du parti La République en Marche dans le département des Bouches-du-Rhône.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’entente a cependant déchiré les partisans de la droite. Certains y ont vu une tactique pour affaiblir LR, le parti de Nicolas Sarkozy et François Fillon, en vue des élections présidentielles de l’an prochain.

D’autres y ont perçu de l’opportunisme électoral et même de la trahison de la part des Républicains, un parti qui peut sérieusement prétendre à la présidence du pays l’an prochain.

Je suis dégoûté! Je suis écœuré!, lance le Marseillais Patrick Mulatero, un garagiste qui vote à droite.

Il accuse les politiciens de vendre leur père et leur mère pour avoir le pouvoir. Quand un gars fait ça en politique, ça s’appelle un traître!

Ce garagiste assure qu’il changera de camp, qu’il appuiera dorénavant le Rassemblement national. Pour lui, Emmanuel Macron aurait choisi de parler avec le langage de Marine Le Pen uniquement pour s’attirer des voix.

Un changement de position qui plaît à Emmy Font, la candidate du RN. À condition, bien sûr, que ces critiques se transforment réellement en bulletins dans les urnes...

L'eau bleue de la mer, le ciel clair

Dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, à peine un électeur sur trois a voté au premier tour. Le candidat appuyé par le Rassemblement national est favori pour devenir le prochain dirigeant de la région.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Un texte de Yanik Dumont Baron, correspondant en Europe

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !