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Chronique

Fête nationale : tissés serrés, mais distanciés

Marjo chante sur scène, entourée à sa gauche de Pierre Lapointe et, à sa droite, de Daniel Boucher.

Marjo, entouré de Pierre Lapointe et de Daniel Boucher, a chanté Illégal.

Photo : Fête nationale / YAN TURCOTTE

Tissé serré. Ce fut le lot de millions de Québécois et Québécoises depuis 15 mois et l’arrivée de la pandémie sur notre territoire. Ce fut aussi, fort à propos, le thème du spectacle de la Fête nationale de cette année.

Comme l’an dernier, lors de la première vague du coronavirus, le spectacle de la Fête nationale 2021 a été présenté sans public. L’an dernier, un événement télévisé simultanément sur les quatre chaînes de télévision francophones généralistes, sans public, c’était du jamais-vu. Cette année, c’est presque devenu banal tant nous avons, collectivement, appris à vivre dans un monde dans lequel aucun d’entre nous n’avait jamais vécu.

En 2020, l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières avait été retenu. Cette année, ce fut le Manoir Richelieu, dans la région de Charlevoix, qui fut le site principal de l’événement.

Préenregistrement assumé

S’il y a un élément qui distingue le spectacle de cette année de celui de l’an dernier, c’est son parti pris assumé pour le différé. Contrairement à 2020, où le grand concert était présenté comme s’il s’agissait d’un événement en direct d’un bout à l’autre, cette fois, tout le monde savait que la diffusion était intégralement enregistrée.

Dans les faits, la captation a été faite le 22 juin. Personne ne pouvait être dupe de toute façon. Dès le premier numéro devant le Manoir Richelieu, à 20 h 05, la nuit était tombée, ce qui n’était évidemment pas le cas dans la réalité.

Si cette décision éditoriale enlevait le charme du direct, cela permettait au réalisateur Jean-François Blais de créer de superbes liens. On pense à l’ouverture du spectacle où Alexandra Stréliski (Îles-de-la-Madeleine), Gregory Charles (Gaspésie) et Pierre Lapointe (Tadoussac) se sont succédé au piano dans des lieux différents. Ou, vers la fin de l’événement, quand Vincent Vallières (filmé en fin après-midi, à Montréal) et les autres artistes (filmés en soirée, à Charlevoix) ont partagé Homme de rien. En 2021, la technologie doit être aux services des artistes.

Revers de la médaille : on a beaucoup moins ressenti à l’écran la complicité entre les artistes comme ce fut le cas l’an dernier tellement les blocs de chansons semblaient s’insérer entre les pauses publicitaires. L’an dernier, j’avais vraiment l’impression de voir un spectacle filmé en direct à la télévision. Cette année, j’ai vu un spectacle filmé pour la télévision. Pas pareil.

Louis-Jean Cormier, au piano, et chantant.

Louis-Jean Cormier, au piano.

Photo : Fête nationale / YAN TURCOTTE

Louis-Jean Cormier, Marie Mai, Sarahmée, Cœur de Pirate, Charlotte Cardin, Samian et Corneille ont formé une mosaïque bien actuelle du Québec de présentateurs qui ont lié les introductions, les chansons, les thèmes et les hommages durant la soirée.

D’entrée de jeu, l’isolement, le confinement et la distanciation ont été évoqués par le biais de chansons significatives. Le doublé formé par Ça fait du bien et Un musicien parmi tant d’autres était tout indiqué. Sinon, comme l’a souligné Louis-Jean Cornier, cette Saint-Jean était l’occasion de libérer les bulles.

Dont acte, avec Robert Charlebois et Le violent seul (chu tanné). Il fallait libérer le méchant d’entrée de jeu. Dans la foulée, Les Trois Accords (Tout le monde capote) – filmés à Trois-Rivières – ainsi que Stefie Shock, avec Marie Mai et Sarahmée (Tout le monde est triste) ont suivi, accompagnés des membres du Cirque Éloize, de nombreux danseurs et des dizaines de drapeaux du Québec plantés devant la scène installée au Manoir Richelieu.

L’exode des villes vers les régions a aussi été à l’ordre du jour avec Loin, loin de la ville, de Boule Noire, et Voyager, de Jean Leloup, interprétées par Corneille et Guylaine Tanguay, qui nous a aussi donné l’occasion de voir la vedette internationale du web Damien Robitaille s’éclater sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Hubert. Bon clin d’œil.

Les – nombreuses – disparitions

Un feu d'artifice illumine le ciel.

Le spectacle s'est terminé sur un feu d'artifice.

Photo : Fête nationale / YAN TURCOTTE

En dépit de l’envie réelle de festoyer, le spectacle a été grandement axé sur les disparus et les disparitions. Parfois, il s’agissait d’un lieu, comme Les 2 Pierrots, légendaire établissement montréalais dédié à la chanson québécoise, qui a servi de mise en contexte pour le segment des boîtes à chansons où Guylaine Tanguay (Dans ma petite maison dans ma vallée), 2Frères (À tous les vents), Johanne Blouin (Dors Caroline) et France d’Amour (Viens danser) se sont succédé.

Tantôt, l’occasion était de souligner le départ d’un grand, comme ce fut le cas pour Raymond Lévesque avec un étonnant duo (Johanne Blouin et La Bronze) pour Quand les hommes vivront d’amour, ainsi que Michel Louvain, quand une demi-douzaine d’artistes ont repris La Dame en bleu. Mario Pelchat, c’est logique. Pierre Lapointe, c’est presque de la filiation. Mais Daniel Boucher? Wow! C’était génial. D’autant plus que Louvain, lui-même, a été mis à contribution.

11 000 étoiles

Rayon disparition, les artistes n’avaient pas oublié non plus les plus de 11 000 Québécois morts de la COVID-19, comme l’ont rappelé Samian et Charlotte Cardin. Une version piano-cuivres de L’ironie du sort de Louis-Jean-Cormier et le concours de Fred Pellerin ont ponctué ce moment.

Daniel Boucher, Janette Bertrand, Kim Thuy, Mylène Paquette, Stanley Vollant et Fabrice Vil ont prononcé le discours de la fierté nationale, mais on a aussi eu droit à l’intervention de Raôul Duguay dont la veste et le nœud papillon étaient, disons, spectaculaires.

Daniel Boucher, guitare à la main, chante.

Daniel Boucher

Photo : Fête nationale / YAN TURCOTTE

La France avait Johnny. Nous, on a Marjo, a lancé Cœur de Pirate pour annoncer la venue – par hélicoptère – de la rockeuse qui est venue chanter Illégal avec Pierre Lapointe et Daniel Boucher. Une arrivée qui a dynamisé le spectacle au moment où mon fil Twitter a explosé à la suite du but de Cole Caufield en deuxième période du match du Canadien. À ce moment précis, c’était la fête partout au Québec peu importe si votre téléviseur était syntonisé à ICI Télé, TVA, Noovo, Télé-Québec, TVA Sports ou CBC. La totale!

Au fil d’arrivée, ce spectacle de la Fête nationale aura été concluant sur le plan artistique, quoique moins émouvant que celui de l’an dernier. Encore une fois, nous avons droit au cœur des artistes, mais pas à la sueur des spectateurs.

La scène du spectacle était aménagée devant le Manoir Richelieu.

Le Manoir Richelieu, dans Charlevoix, a été le principal site du spectacle 2021 de la Fête nationale du Québec.

Photo : Fête nationale / YAN TURCOTTE

Souhaitons-nous en 2022 d’être des milliers sur les plaines d’Abraham, à Québec, à la place des Festivals, à Montréal et partout ailleurs dans la province.

La musique est une chose magnifique, touchante et rassembleuse. Mais dans un contexte de fête – nationale, en plus –, ça prend aussi l’effervescence d’un peuple.

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