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Ottawa blâme l'Iran pour la destruction du vol PS752, sans évoquer d'acte terroriste

Un tribunal ontarien a pourtant conclu fin mai qu'il s'agissait d'un acte délibéré de la part de Téhéran.

Des travailleurs du Croissant-Rouge vérifient les débris de l'avion PS752 d'Ukraine International Airlines.

Le reportage de Christian Noël

Photo : Reuters / Nazanin Tabatabaee/WANA

L’Iran est bel et bien responsable de la destruction du vol PS752 d’Ukrainian Airlines du fait d’une « série d’actions et d’omissions dangereuses », conclut Ottawa dans son rapport sur cette tragédie déposé jeudi, sans toutefois déclarer qu’il s’agit d’un acte délibéré.

Bien que l’équipe médico-légale n’ait trouvé aucune preuve que la destruction du vol PS752 était préméditée, cela n’absout en aucun cas l’Iran de sa responsabilité quant à la mort de 176 personnes, peut-on lire dans le rapport.

Le rapport évoque ainsi de la négligence et de l’incompétence, notamment en ce qui concerne le déplacement de matériel militaire, le fait de ne pas avoir avisé les compagnies aériennes du risque qu’elles couraient dans le secteur, et l’incapacité de l’armée iranienne de faire la différence entre une cible militaire et un avion civil sur ses radars.

Faisant échos aux conclusions du rapport, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, a montré l’Iran du doigt lors d’un point de presse jeudi.

Le rapport met en lumière des informations confirmant que les décisions, les actions et les omissions de l’Iran par des responsables civils et militaires au plus haut niveau ont conduit à cette tragédie, et il appuie la détermination du gouvernement du Canada selon laquelle l’Iran est entièrement responsable, a déclaré le ministre Garneau.

Les familles de victimes déçues

Or, nulle part dans le rapport d’une centaine de pages ne se trouve la mention d’un acte délibéré de terrorisme, ce à quoi avait pourtant conclu la Cour supérieure de l’Ontario à la fin du mois de mai.

Ce sont les familles de victimes qui avaient demandé à la Cour de trancher sur la question, évoquant dans leur requête le Code criminel canadien, la loi fédérale sur l'immunité des États et la loi fédérale visant à décourager les actes de terrorisme contre le Canada et les Canadiens.

Ces familles auront maintenant le droit d’être entendues quant à de possibles compensations financières, mais elles réclamaient d’Ottawa qu’il qualifie lui aussi la destruction de l’avion en plein vol d’acte terroriste.

Je suis extrêmement déçu et déprimé de voir ça. Autrement dit, nous maintenant, on doit se battre contre le régime [iranien] et contre le gouvernement du Canada parce qu’on n’a pas le choix, a réagi Ali Gorji, qui a perdu sa nièce dans la catastrophe.

J’ai perdu ma confiance dans le système démocratique du Canada, franchement.

Une citation de :Ali Gorji, proche d'une victime

Ottawa estime cependant que les informations sur lesquelles se base l’enquête ne permettent pas de tirer une telle conclusion pour le moment. Nous voulons bien sûr suivre le processus de négociations, obtenir les autres réponses qui manquent, mais en ce moment, ce n’est pas quelque chose que nous avons décidé de qualifier comme un acte terroriste, basé sur toute l’information que nous avons, a expliqué Marc Garneau.

Le manque de transparence de l’Iran dénoncé

Cette enquête médico-légale qui s’est étendue sur une période de huit mois est basée sur des renseignements de sécurité et les informations fournies par l’aviation civile iranienne, selon Jeff Yaworski, ancien directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), chargé par Ottawa de mener le dossier.

Le rapport précise cependant que seul l’Iran a un accès complet aux preuves, au site de l’accident et aux témoins.

Rappelons qu’au lendemain de la tragédie, l'Iran avait empêché le Canada et l'Ukraine d'envoyer leurs propres enquêteurs pour collaborer à l'enquête sur les lieux de l'écrasement, qui furent d’ailleurs rasés par des bulldozers quelques jours après l'événement.

Les autorités iraniennes ont aussi mis six mois à télécharger et à analyser les données contenues dans les boîtes noires, données auxquelles le Canada n’a jamais eu accès.

Le manque de transparence de l’Iran est profondément troublant, avait d’ailleurs affirmé M. Yaworski le 10 juin dernier, lors d’un témoignage devant un comité parlementaire. Son compte rendu des événements est malhonnête, trompeur et superficiel, et ignore complètement les éléments clés. L’Iran refuse de fournir des réponses aux questions clés.

La publication du rapport d’Ottawa survient trois mois après qu’il eut rejeté catégoriquement celui des autorités iraniennes, qui jetait le blâme sur une erreur humaine pour expliquer que des missiles aient été tirés par les Gardiens de la révolution islamique en direction d'un vol commercial.

L’Iran forcé d’admettre sa faute en raison de vidéos

Abattu le 8 janvier 2020 par un missile près de Téhéran, le vol PS752 comptait 176 personnes à bord. Parmi elles, 85 passagers – soit 55 citoyens canadiens et 30 résidents permanents – devaient décoller de la capitale iranienne et transiter par Kiev avant de se rendre au Canada, leur destination finale.

L'Iran avait d'abord nié sa responsabilité dans ce qui était au départ perçu comme un accident.

Trois jours plus tard, il avait été révélé que le Boeing 737-800 avait été abattu par erreur après avoir été confondu avec un missile américain. L'Iran avait été forcé d'admettre sa faute à la suite de la publication en ligne de vidéos montrant au moins un missile frapper l'avion en plein vol.

La tragédie était survenue à peine quelques heures après que l'Iran eut mené une attaque contre deux bases militaires américaines en Irak. Il s'agissait alors de représailles à la suite de l'assassinat du général Qassem Soleimani par ordre de l'ancien président des États-Unis Donald Trump.

Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC

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