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Des archéologues du Nouveau-Brunswick dénoncent un climat de travail toxique

Des fouilles archéologiques.

Une équipe d'archéologues et de techniciens mettent au jour des milliers d'objets dans un ancien campement de chasse des Autochtones, dans la région de Sussex, au Nouveau-Brunswick en juin 2019 (archives).

Photo : Radio-Canada

Sophie Désautels

Des archéologues du Nouveau-Brunswick sortent du silence pour dénoncer un climat de travail toxique au service d’archéologie, un département du ministère du Tourisme, Patrimoine et Culture du Nouveau-Brunswick. Ce climat a un impact négatif sur leur vie professionnelle et personnelle, en plus de nuire à la qualité du travail archéologique effectué par la province selon eux.

Après avoir déposé une plainte de harcèlement psychologique pour tenter de mettre fin à ce qu’il considère de l’abus de pouvoir, un archéologue a vu son contrat résilié prématurément au printemps 2020.

Christian Thériault cumule 15 ans d’expérience en tant qu’archéologue. Il a notamment travaillé au Québec et en Colombie-Britannique. Il y a deux ans, il a été embauché pour un contrat par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Responsable de plusieurs sites de fouilles, il a peu à peu réalisé que le climat de travail était malsain.

Christian Theriault.

Le contrat de Christian Thériault n'a pas été renouvellé. Il pense que c'est parce qu'il a dénoncé le climat toxique dans le service d'archéologie du ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Sophie Desautels

Il estime que le principal responsable de ce climat toxique est le directeur du département d’archéologie, Brent Suttie.

Il y a eu un incident avec une des archéologues où il s’est mis à lui crier après genre, juste parce qu’elle lui a répondu à un de ses commentaires, il lui a dit va réfléchir dans la voiture comme un enfant, décrit Christian Thériault.

Le 23 septembre 2019, quatre archéologues et 15 techniciens effectuent des fouilles d’une journée dans un parc de Fredericton pour déterminer s’il y avait un potentiel archéologique, avant de procéder à l’installation de statues. Christian et un autre archéologue ont la responsabilité de ces fouilles. Brent Suttie se présente sur les lieux et les insulte. Il s’est présenté sur le site, s’est énervé, nous a crié après : "quels genres d’incompétents vous êtes au Québec, quelle sorte d’archéologie vous faites"?

Une situation similaire se produit sur un autre site où on a retrouvé des artefacts qui remontent à plusieurs milliers d’années dans la région de Sussex. Les archéologues se font invectiver parce que les travaux n’avancent pas au rythme voulu, le directeur fait des pressions pour qu’on sorte les artefacts de la terre avant l’hiver.

Ils ont utilisé des chaufferettes au fuel et il y en a 4 ou 5 dans une tente, dans un enclos qui sont tombés malades, qui ont porté plainte, mais on leur a dit il faut finir avant que l’hiver arrive, décrit l’archéologue.

Brent Suttie.

Brent Suttie est directeur du département d’archéologie. Selon des archéologues, il est responsable d'un climat de travail toxique.

Photo : Radio-Canada

Le harcèlement psychologique se transporte durant les réunions quotidiennes avec la direction comme le décrit Christian Thériault. Des fois j’en dormais presque pas parce qu’on avait la réunion, une heure sur zoom à se faire dire qu’on est incompétent, alors que tu as passé la nuit à essayer de terminer un rapport, tu dors 2 heures tu te réveilles, et tu te fais dire qu’il faut que tu fasses mieux, que tu ailles plus vite, raconte M. Thériault.

Se sentant incapable de poursuivre son travail, l’archéologue décide de déposer une plainte aux ressources humaines. Dans sa plainte, Christian Thériault reproche à Brent Suttie de l’avoir harcelé psychologiquement, d’avoir remis en question ses compétences et de l’avoir critiqué devant d’autres employés. Il dénonce également le fait que l’employeur exige qu’il travaille le soir et les fins de semaine, et ce, sans rémunération.

Peu de réponses du gouvernement

Le directeur du service d’archéologie ne donnera pas sa version des faits, car il ne peut dévoiler d’informations concernant les employés du ministère. Mais selon nos informations une enquête a été déclenchée. Un inspecteur indépendant a interviewé une vingtaine de personnes, et le rapport a été déposé à la mi-août 2020. Entre-temps le contrat de Christian Thériault a été écourté de quelques mois. La raison invoquée par le gestionnaire est le manque de travail en raison de la pandémie et des règles sanitaires. Il s’agit selon lui d’un congédiement déguisé.

Ils m’ont dit quand j’ai commencé la plainte, c’est légal pour eux de me congédier pendant l’enquête. En se servant de la COVID, en disant qu’il n’y avait pas de travail, mais ce n’est pas vrai. Ils ont travaillé pendant presque tout l’été à Officer’s Square, lance Christian Thériault qui n’a pu obtenir le résultat de l’enquête n’étant plus à l’emploi du ministère.

Un autre archéologue, dont le contrat n’a pas été renouvelé à sa demande, a confirmé à Radio-Canada que de ce climat de travail malsain existe et perdure au service d’archéologie, et que c’est pour cette raison qu’il ne travaille plus pour le gouvernement. 

Sous le couvert de l’anonymat, il décrit des situations similaires où il a subi de l’intimidation, du dénigrement et de l’abus de pouvoir.

Une politique claire

La politique et les directives en matière de harcèlement dans les lieux de travail du gouvernement du Nouveau-Brunswick sont pourtant claires. Chaque employé a le droit de travailler dans un milieu de travail respectueux qui est libre de harcèlement.

Le directeur général du patrimoine, sport et culture, Thierry Arseneau, réitère sa confiance envers l’équipe et dit que le milieu de travail est sain. Il a refusé de répondre à nos questions en lien avec le comportement du directeur, Brent Suttie.

Pourtant, l’Association des archéologues du Nouveau-Brunswick a également eu des échos du traitement réservé à certains archéologues, par le directeur du service de la province.

Il semble y avoir une façon de traiter certains employés qui se répète et qui a des répercussions sur la vie professionnelle et personnelle des gens dans ce bureau , explique le président de l’association Trevor Dow.

Trevor Dow .

Trevor Dow est président de l’Association des archéologues du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Ce dernier confirme que quatre plaintes ont été déposées à l’association contre le directeur du service d’archéologie Brent Suttie. L’une d’entre elles pour dénoncer une atteinte à la réputation.

M. Suttie a envoyé une lettre [au plaignant] l’accusant d’avoir enfoui des artefacts pour faire croire qu'il s'agissait d'un site archéologique et de ne pas respecter les règles de pratiques de l’archéologie de la province, l'empêchant d'obtenir un permis de fouille au Nouveau-Brunswick, détaille M. Dow.

Depuis 2012, le ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, exige que tous les archéologues qui travaillent pour le gouvernement soient membres du Registre des archéologues professionnels (RPA). Toutefois, l'Association des archéologues professionnels du Nouveau-Brunswick n'est pas reconnue comme un organisme d'autoréglementation par le gouvernement provincial.

Cependant, si l'association ou tout autre membre du public souhaite déposer une plainte contre le personnel ou la façon de faire du gouvernement du Nouveau-Brunswick, cette dernière fera l'objet d'une enquête appropriée a indiqué Thierry Arseneau, le directeur général culture, patrimoine et sports, au ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture.

Au Nouveau-Brunswick, les archéologues sont embauchés par des compagnies qui soumissionnent pour faire du travail d’exploration.

Les archéologues doivent chaque fois obtenir un permis de la province pour participer à un projet. Des personnes qui ne sont plus dans les bonnes grâces du directeur ont confié que l’accès à ces permis leur a été refusé.

ll y a plein d’archéologues du Nouveau-Brunswick qui sont soit partis travailler ailleurs, comme en Colombie-Britannique comme je l’ai fait l’année dernière, ou ont abandonné l’archéologie pour faire autre chose, vu l’atmosphère qui règne dans le milieu archéologique, explique Christian Thériault qui a déniché un contrat dans l'ouest du pays après avoir perdu son emploi au sein du service d'archéologie du Nouveau-Brunswick.

Un climat malsain qui, aux dires d’anciens employés du service d’archéologie, nuit aux individus et à la poursuite de leur carrière d’archéologue dans la province et que Christian Thériault souhaite voir changer.

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