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Les Hongkongais s'arrachent la dernière édition du journal Apple Daily

Une femme tient une pile de journaux. Devant elle, une dizaine de personnes attendent en file.

Des Hongkongais font la file devant un kiosque de Central, le quartier financier, afin de se procurer le dernier numéro du quotidien Apple Daily>/em>.

Photo : Getty Images / Ivan Abreu/SOPA Images/LightRocket

Agence France-Presse

De longues files se sont formées jeudi matin devant les kiosques de Hong Kong, beaucoup d'habitants espérant pouvoir acheter le dernier numéro de l'Apple Daily, quotidien prodémocratie contraint de cesser de paraître, près d'un an après la promulgation de la loi sur la sécurité nationale impulsée par Pékin.

Pour sa dernière une, l'Apple Daily a choisi d'afficher une large photo d'un journaliste qui, depuis la salle de rédaction, salue les centaines de personnes rassemblées mercredi devant le siège du quotidien pour lui faire ses adieux.

L'Apple Daily est mort, a écrit le rédacteur en chef adjoint Chan Pui-man, arrêté la semaine dernière pour atteinte à la sécurité nationale, dans une lettre d'adieu adressée aux lecteurs. La liberté de la presse est devenue la victime de la tyrannie, a-t-il déclaré.

La disparition soudaine de ce journal est le dernier coup porté à la liberté dont jouissaient jusqu'à présent les Hongkongais. Elle fait craindre qu'à terme les nombreux médias internationaux qui y ont établi leur siège ne quittent le centre financier.

Dans le quartier populaire de Mongkok, aux premières heures du jour, des centaines de personnes ont attendu, certaines en chantant Apple Daily, nous nous retrouverons, d'avoir la dernière édition entre les mains.

Parmi eux, Candy, qui n'a souhaité donner que son prénom, juge que ces événements sont choquants. En deux semaines, les autorités peuvent utiliser cette loi de sécurité nationale pour démanteler un groupe coté en Bourse, a-t-elle déploré.

Quelques heures plus tard, les kiosques de Central, le quartier financier de la ville, ne désemplissaient pas. Tout cela est si soudain, regrettait un étudiant, Tim, inquiet que Hong Kong ne soit entré dans une sombre période.

Une personne tient dans ses mains une pile de journaux.

Après 26 ans d'existence, l'Apple Daily, populaire quotidien prodémocratie de Hong Kong, a publié jeudi son dernier numéro.

Photo : Getty Images / Ivan Abreu/SOPA Images/LightRocket

Le tabloïd était depuis longtemps dans le collimateur de Pékin pour son soutien au mouvement prodémocratie et ses critiques récurrentes des dirigeants chinois. Ces derniers n'ont donc pas hésité à mettre à profit la loi sur la sécurité nationale pour le contraindre à disparaître.

Son propriétaire, le magnat de la presse Jimmy Lai, est en détention pour son implication dans des manifestations en 2019 en faveur de la démocratie. Il est également inculpé en vertu de la loi sur la sécurité nationale, passible de la prison à vie.

Plus de 1000 mises à pied

C'est la semaine dernière qu'un coup fatal a été porté au journal.

La salle de rédaction a fait l'objet d'une perquisition, cinq de ses dirigeants ont été arrêtés et les avoirs du journal, gelés. Dans l'impossibilité de payer ses salariés et ses fournisseurs, le groupe de presse n'a pas eu d'autre choix que de jeter l'éponge et d'annoncer que l'édition de jeudi, tirée à un million d'exemplaires pour 7,5 millions d'habitants, serait la dernière.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il a supprimé ses comptes Twitter et Facebook. Le site Internet restera toutefois en activité, a annoncé la maison-mère du quotidien. Toutes les filiales de Next Digital sont financièrement indépendantes. Le fonctionnement du site Internet de l'Apple Daily à Taïwan n'est pas affecté, a déclaré le groupe de presse dans un avis aux lecteurs.

Plus d'un millier de personnes, parmi lesquelles 700 journalistes, sont désormais sans emploi.

Les Hongkongais ont perdu un média qui a osé s'exprimer et qui s'est battu pour défendre la vérité, ont déclaré dans un communiqué commun huit associations de journalistes, appelant les personnes travaillant pour des médias à s'habiller en noir.

La Chine a imposé l'an passé la loi sur la sécurité nationale pour reprendre en main le territoire après le vaste mouvement prodémocratie de 2019.

Une série d'articles et d'éditoriaux qui, selon la police, appelaient à des sanctions internationales contre la Chine et Hong Kong sont à l'origine des poursuites engagées contre l'Apple Daily.

Outre M. Lai, le rédacteur en chef Ryan Law et le directeur général Cheung Kim-hung sont en détention. Ils ont été inculpés pour collusion avec une puissance étrangère.

Mercredi, un des éditorialistes, Yeung Ching-kee, a été arrêté et fait l'objet des mêmes chefs d'inculpation.

La décision de geler les actifs de l'Apple Daily a montré l'étendue des pouvoirs dont disposent les autorités pourpoursuivre toute société qui, à leurs yeux, menacerait la sécurité nationale.

Le paysage politique bouleversé par la loi nationale

Depuis des décennies, de nombreux médias internationaux ont fait de Hong Kong leur siège régional, attirés par une réglementation favorable et une liberté d'expression garantie par sa mini-constitution.

Mais depuis quelques mois, beaucoup s'interrogent sur leur avenir à long terme dans la ville.

Hong Kong ne cesse de glisser vers le bas du classement annuel de l'ONG Reporters sans Frontières sur la liberté de la presse, passant de la 18e place en 2002 à la 80e cette année.

Mardi, la cheffe de l'exécutif, Carrie Lam, a dit que critiquer le gouvernement n'était pas un problème, mais que la ligne rouge à ne pas franchir était d'organiser des actions incitant à la subversion.

Au départ, les autorités avaient affirmé que la loi imposée par Pékin, qui visait à mettre fin à toute dissidence, ne concernait qu'une infime minorité.

Près d'un an plus tard, elle a radicalement changé le paysage politique et judiciaire de la ville. Plus d'une soixantaine de personnes ont été inculpées pour l'avoir enfreinte, dont de nombreuses figures du mouvement pour la démocratie.

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