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La carte de vaccination du Yukon n’est pas une preuve de vaccination

Une Carte de vaccination du Yukon où il est entre autres inscrit : «Veuillez la conserver dans vos dossiers. Il s'agit d'un registre officiel.»

À leur retour au territoire, les Yukonnais pleinement vaccinés doivent le prouver pour éviter la quarantaine, mais la carte de vaccination n'est pas acceptée en guise de preuve.

Photo : Radio-Canada

Le 25 mai dernier marquait la fin de la quarantaine obligatoire pour les Yukonnais complètement vaccinés depuis au moins deux semaines. Toutefois pour éviter l'isolement, ils doivent accepter que le gouvernement vérifie leur statut vaccinal, car, non, la carte de vaccination n’est pas une preuve de vaccination.

Ne vous y trompez pas, si elle porte dans sa traduction française le terme registre officiel, elle n’a malgré tout rien d’une preuve officielle de vaccination. Le processus de vérification est différent de la carte, confirme le premier ministre Sandy Silver.

C’est plus ou moins pour un rappel, un souvenir, mais ce n’est pas une vérification.

Une citation de :Brendan Hanley, médecin hygiéniste en chef du Yukon

Cette nuance a failli être plus que problématique pour un couple franco-yukonnais. Emmanuelle Praprotnik a reçu un diagnostic de cancer et, avec son mari Philippe, elle s’est rendue à Victoria pour un examen médical. Lors d'une escale à Vancouver, ils ont reçu un formulaire en anglais qu’ils ont demandé à avoir en français à leur arrivée au Yukon. Ce document leur permet d'être dispensés d’isolement comme ils y ont le droit, puisqu’ils sont pleinement vaccinés depuis le mois d’avril.

Mais pour ce faire il faut cocher quatre cases dans la partie consentement. Ce faisant, ils autorisent le gouvernement à vérifier leur statut vaccinal et acceptent de fournir tout autre renseignement nécessaire à la confirmation de ce statut.

C’est comme signer un chèque en blanc.

Une citation de :Emmanuelle Praprotnik

C’est très vaste, s’exclame Emmanuelle Praprotnik. Le couple qui s'inquiète de savoir jusqu'où vont les vérifications, à quoi le gouvernement peut avoir accès, qui effectue les vérifications et pour combien de temps l’autorisation est valable décide donc de ne pas cocher les cases en question. C’est soit on consent, soit rien, constate Emmanuelle Praprotnik alors qu’un consentement c’est tout sauf obligatoire, c’est oui ou c’est non.

À l'arrivée, ils présentent leur carte de vaccination et leur permis de conduire qui prouve leur résidence au Yukon. Ces documents sont ignorés et leur document est posé sur un tas. Ils rentrent chez eux.

Les répercussions ne se font pas attendre : ils apprennent qu’ils sont assignés à résidence et reçoivent 575 $ d’amende chacun. Une quarantaine forcée impossible, puisque Emmanuelle doit effectuer un traitement de chimiothérapie quelques jours plus tard.

Après avoir communiqué avec une multitude de personnes au gouvernement et ailleurs, la quarantaine de la Franco-Yukonnaise est levée et elle peut se rendre à l'hôpital pour son traitement.

La peur pour la santé d’Emmanuelle est dissipée, mais les inquiétudes pour la sécurité des informations personnelles de ceux qui donnent leur consentement sur le document restent.

Emmanuelle et Philippe Praprotnik montrent leur carte de vaccination devant leur domicile.

Emmanuelle et Philippe Praprotnik estiment avoir fait leur devoir de citoyen en se faisant vacciner, mais que leurs droits, eux, ont été bafoués.

Photo : Radio-Canada

On va débattre en cour de cette histoire. On n’est pas les seuls, on n’est pas les premiers, affirme Philippe Praprotnik. Ils ont entrepris plusieurs démarches, dont une auprès de l'ombudsman, qui n’a pas souhaité répondre à notre demande d’entrevue.

La section consentement dénoncée

Pour Michel Bergeron, consultant en éthique de recherche et en conduite responsable et professeur associé à l’École de santé publique, au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal, le document lui semble adéquat en termes de possibilité de traçage. La procédure lui semble correspondre à ce qui pourrait exister ailleurs, mais en revanche il pointe du doigt la même section que les époux Praprotnik : celle sur le consentement.

On indique que vous devez consentir à tous les énoncés. Je ne considère que c’est pas un consentement, c'est une obligation.

Une citation de :Michel Bergeron, consultant en éthique de recherche et en conduite responsable

Le premier ministre Sandy Silver l’assure, la vérification nécessaire est simple, rapide et ne consiste qu'à consulter le registre informatique rempli lors de votre vaccination au Yukon et qui est partagé avec la Colombie-Britannique. C’est ce que vous autorisez en cochant ces cases de la section consentement.

Concernant les tournures de phrase qui pourraient inquiéter ou rester évasives et l'utilisation du mot officiel sur le côté en français de la carte de vaccination qui ne fait pourtant pas office de preuve officielle, il affirme que l’énoncé de la déclaration et de la carte sera examiné de plus près prochainement.

Mais Emmanuelle et Phillippe Praprotnik ne sont pas les seuls à s'inquiéter. Des clients de Maître Vincent Larochelle, avocat à Whitehorse, ont intenté un recours contre le gouvernement du Yukon demandant que certains aspects de la loi sur les mesures d'urgence soient déclarés inconstitutionnels ou incompatibles avec la Charte canadienne des doits et libertés.

La préoccupation centrale c’est que le processus qui est suivi pour l’édit des lois ou des règlements à travers la loi sur les mesures d'urgence ne permet pas un dialogue, dit-il.

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