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Analyse

L'effet néfaste du manque de prévisibilité

Le premier ministre Justin Trudeau.

Justin Trudeau dans les corridors du Parlement.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

S’il déclenche des élections, Justin Trudeau préfère probablement se faire dire qu’il a été trop prudent que trop pressé de rouvrir les frontières. Si, sur le plan politique, il est d’avis que c’est la chose à faire, pour l’industrie touristique et des milliers de travailleurs, c’est catastrophique.

Depuis plus d’un an, les décideurs publics tentent de contrôler la COVID-19 partout au pays. Restrictions, fermetures, limitations de toutes sortes, de nombreuses mesures ont été mises en place. Quinze mois plus tard, force est de constater que les décideurs n’ont pas été capables de fournir un élément essentiel aux entrepreneurs : de la prévisibilité.

Prévoir, réduire les incertitudes, atténuer les irritants, ce sont là des priorités pour les entrepreneurs, qui doivent gérer des commandes, des approvisionnements, les attentes des clients et qui emploient des millions de personnes au pays.

À toutes les étapes de la crise, nous avons constaté depuis le début de la pandémie que les dirigeants ont eu du mal à fournir des indicateurs clairs à la population sur les prochaines étapes à suivre, des repères, des dates précises, des cibles, des indicateurs.

À leur défense, la gestion de la COVID-19 a été extrêmement complexe, sans précédent, et cette aventure n’est pas encore terminée. N’empêche, tant les restaurateurs que les détaillants de toutes sortes, les manufacturiers comme les gestionnaires d’entreprises privées et publiques ont eu du mal à se préparer convenablement aux différents changements qui ont été imposés.

Une incertitude contre-productive

Le premier ministre du Canada affirme qu’il faut agir étape par étape dans la réouverture des frontières et les permissions accordées aux voyageurs. Il veut agir avec prudence, a-t-il dit mardi matin à Ottawa, affirmant que la santé est prioritaire et que d’autres annonces viendront dans les prochaines semaines.

Cette prudence n’est pas remise en question. Bien sûr que la santé est prioritaire! Cependant, l’absence de balises et de calendrier est problématique et ne permet pas aux Canadiens, aux travailleurs et aux gens d’affaires, ainsi qu'à toutes les personnes qui veulent prendre des vacances, se reposer, se changer les idées, retrouver des proches, après 15 mois d’attente, de planifier les prochaines semaines. Cette incertitude est contre-productive et paraît inutilement punitive pour des milliers de travailleurs.

Le gouvernement Trudeau va permettre à partir du 6 juillet aux Canadiens pleinement vaccinés de voyager à l’étranger sans devoir faire une quarantaine au retour. Mais le gouvernement refuse toujours l’accès aux touristes étrangers pleinement vaccinés en sol canadien, une mesure jugée discriminatoire et sans fondement scientifique par l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Pourquoi favoriser les voyages à l’étranger, et donc les dépenses touristiques à l’étranger, et restreindre les voyages au Canada, et donc les dépenses touristiques au Canada? Cette politique manque de cohérence. Pourquoi ne pas fournir, à tout le moins, un plan de retour des touristes étrangers au Canada, toujours pleinement vaccinés?

En supposant qu’il soit trop tôt pour accueillir de tels voyageurs, quelle est donc la date dans le calendrier du gouvernement Trudeau pour le retour des Américains, des Français, des Anglais, des touristes du monde entier, pleinement vaccinés, dans les hôtels et restaurants de Montréal, Toronto, Vancouver?

Et puisque le gouvernement Trudeau tient à maintenir la frontière fermée, ne serait-il pas approprié de ne pas réduire la subvention salariale au fil de l’été pour les entreprises dans le besoin, qui subissent les conséquences de la fermeture de la frontière?

Le premier ministre expliquait mardi matin que le taux de vaccination complète n’est pas assez élevé au Canada pour permettre le retour des étrangers. Très bien. Mais quel est le taux approprié? Et, pouvons-nous faire des projections en termes de vaccination afin de nous donner une idée de la date de reprise? Sommes-nous toujours sur la cible 75 pour rouvrir la frontière, c’est-à-dire 75 % de la population vaccinée entièrement? Ou se peut-il qu’à 40 %, disons, on décide d’ouvrir la frontière aux personnes pleinement vaccinées venues de l’étranger?

N’est-il pas temps de donner des indicateurs précis à la population, quitte à les modifier en cours de route en fonction de l’épidémiologie, de l’évolution des variants et du niveau de vaccination? N’est-il pas temps de se donner un guide afin de favoriser la vaccination ainsi que la reprise des activités économiques trop longtemps arrêtées?

L’annonce du gouvernement fédéral sur les frontières rate sa cible, affirme le président de la Conférence économique de l’industrie touristique québécoise Raymond Bachand dans un communiqué. Depuis des mois, l’industrie touristique réclame un plan clair concernant la réouverture des frontières comme l’ont fait d’autres pays du G7, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

Il est difficile pour les citoyens canadiens de comprendre pourquoi le Canada reste fermé à double tour alors que nous sommes les champions du monde, ou presque, de la vaccination. En effet, 67 % des Canadiens ont reçu au moins une dose de vaccin, contre 64 % au Royaume-Uni, 53 % aux États-Unis et 48 % en France.

Cela dit, nous ne sommes qu’à 21 % de personnes entièrement vaccinées au Canada, contre 26 % en France, 45 % aux États-Unis et 46 % au Royaume-Uni. L’écart se resserre de plus en plus rapidement entre le Canada et les autres grands pays.

Londres vient d’annoncer la tenue de trois matchs de demi-finale et de finale de l’Euro au stade Wembley à 60 000 spectateurs, soit 75 % de la capacité d'accueil du stade. La France a décidé d’ouvrir totalement sa frontière aux touristes canadiens vaccinés ou non vaccinés (avec un test négatif). Et les États-Unis ont abandonné la plupart de leurs restrictions, et la plupart des stades de baseball y sont remplis à pleine (ou presque) capacité.

Il faut des indicateurs clairs, chiffrés, accessibles

Au Québec, depuis 15 mois, la prévisibilité a été déficiente également. Non seulement le gouvernement a fait du yo-yo avec les restrictions, mais il a dû reculer à quelques reprises sur des décisions qui se sont avérées précipitées. Ce fut le cas avec le plan de Noël du premier ministre Legault et le retour du couvre-feu à 20 h à Montréal au printemps.

Plusieurs experts ont souligné que la stratégie de Mylène Drouin, directrice de la santé publique de Montréal, a été efficace lorsqu’elle a augmenté les ressources affectées au traçage des cas. Ce type de mesure s’est avéré beaucoup plus utile que les fermetures de salons de coiffure ou de restaurants, permettant aux autorités de rapidement circonscrire les éclosions.

La fermeture de commerces, à quelques jours d’avis, a été difficile à gérer pour plusieurs entrepreneurs, qui doivent composer avec des denrées périssables, des commandes passées à l’avance et une gestion d’approvisionnement serrée.

En retour, les réouvertures, annoncées souvent quelques jours à l’avance, ne pouvaient pas permettre à certains secteurs, comme la culture, d’être prêts à la reprise. On ne monte pas un spectacle en deux jours, surtout que de nombreux artistes et artisans ont été démobilisés de leurs activités habituelles. Certains ont même quitté le métier ou prévoient de le faire, préférant se réorienter vers d’autres activités moins incertaines.

Souhaitons que pour la suite des choses, les décideurs publics arrivent à mettre en place des indicateurs clairs, chiffrés, accessibles pour les entrepreneurs, les travailleurs, les voyageurs et le grand public. Nous gagnerions ainsi en prévisibilité, une donnée fondamentale en économie.

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Je vous retrouve dans quelques semaines. Je vous remercie sincèrement de participer, depuis 15 ans, à nos échanges riches et nourrissants ici! Merci, à plus tard!

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