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Une première condamnation pour l'assaut du Capitole

La première accusée à recevoir sa sentence dans la foulée de l'invasion du Capitole du 6 janvier n'ira pas en prison, a statué un juge fédéral. Les autres accusés ne doivent toutefois pas penser qu'ils s'en sortiront tous à si bon compte, a-t-il indiqué.

Des partisans de Donald Trump crient à l'extérieur du Capitole, où se trouve un immense drapeau américain.

Des partisans de Donald Trump, lors de l'assaut du Capitole du 6 janvier

Photo : Getty Images / Brent Stirton

Près de six mois après l'invasion du siège du Congrès par des partisans de l'ancien président Donald Trump, la première condamnation est tombée : un juge fédéral a imposé, mercredi, une période de trois ans de probation à une femme de l'Indiana.

Anna Morgan-Lloyd, qui était accusée de délit mineur pour avoir pénétré dans l'enceinte du Capitole, écope également de 40 heures de travaux communautaires et d'une amende de 500 $.

La femme de 49 ans, qui avait reconnu sa culpabilité, évite donc la prison. Le fait qu'elle n'ait pas pris part à des actes violents et ait condamné ceux qui en ont commis a joué en sa faveur, a signalé le juge Royce Lamberth.

La sentence qu'a rendue le magistrat est conforme à l'entente conclue entre la défense et les procureurs.

Plusieurs facteurs justifiaient à leurs yeux le fait qu'ils ne réclament pas l'incarcération de l'accusée.

Anna Morgan-Lloyd n'était restée que 10 minutes dans un couloir, n'avait pas commis de gestes violents et n'avait pas planifié ou coordonné ses actes avec d'autres personnes avant le 6 janvier. De plus, elle n'a pas de casier judiciaire, a exprimé des regrets et a immédiatement coopéré avec les enquêteurs lorsqu'ils se sont présentés chez elle, ont-ils indiqué.

Elle encourait une peine maximale de six mois de prison et une amende de 5000 $.

Avant le prononcé de sa sentence, Mme Morgan-Lloyd a présenté ses excuses à la cour pour avoir pris part à cette journée honteuse. Selon le compte rendu d'ABC News, elle était en pleurs.

Je suis allée là-bas pour manifester mon soutien au président Trump de manière pacifique, et j'ai honte que cela se soit transformé en une démonstration de violence sauvage ce jour-là.

Une citation de :Anna Morgan-Lloyd

Selon les documents présentés en cour, elle s'était vantée sur Facebook de faire partie des 50 premières personnes à prendre d'assaut l'édifice du Capitole, parlant de la meilleure journée de sa vie.

Les procureurs ont indiqué que ce sont d'ailleurs les propos exprimés sur les réseaux sociaux et les photos qu'elle y avait partagées qui avaient attiré l'attention des autorités. Un employé du bureau du shérif d'un comté de l'Iowa, où elle est allée se procurer un permis d'armes à feu le 22 janvier, a pu l'identifier.

Son cas n'est pas unique. Tout au long de l'invasion du Capitole, plusieurs émeutiers ont eux-mêmes documenté leurs actes. Ils ont mis en ligne sur divers réseaux sociaux des images et des vidéos d'eux et des personnes qui les accompagnaient, facilitant ainsi la tâche ultérieure des enquêteurs.

La probation n'arrive qu'une fois dans une vie, a signalé le juge Lamberth. C'est votre seule fois, a-t-il dit à l'accusée.

Selon CNN, Anna Morgan-Lloyd lui avait auparavant dit avoir vécu une vie protégée dans une très petite ville du sud de l'Indiana, ce qui l'avait déconnectée de la réalité vécue par d'autres Américains.

Elle a assuré avoir réalisé une transformation politique après avoir lu des livres et vu des films sur les inégalités raciales sur la recommandation de son avocat.

Elle a par ailleurs affirmé être enregistrée comme démocrate, mais avoir soutenu Donald Trump dès 2016 parce qu'il se battait pour ce en quoi [elle] croyait.

Avertissement aux autres accusés

Le juge Lamberth en a profité pour donner une mise en garde aux autres accusés, les avertissant qu'ils risquaient une peine d'emprisonnement s'ils continuaient à défendre leurs gestes au Capitole. Certains de ces accusés ne vont pas faire ce que vous avez fait, a-t-il dit à Mme Morgan-Lloyd, martelant que l'assaut du Capitole était un un crime grave et une honte pour les États-Unis. Ils ne reconnaîtront pas qu'ils ont mal agi et ils le referaient, a-t-il poursuivi.

Je ne veux pas donner l'impression que l'issue [des procès] sera automatiquement une peine de probation, parce que ce ne sera pas le cas.

Une citation de :Royce Lamberth, juge fédéral à la cour de district du District de Columbia

Près d'une douzaine d'émeutiers ont jusqu'ici plaidé coupables, et des dizaines d'autres sont en pourparlers avec les procureurs, d'après ABC News.

Le procureur général Merrick Garland a précisé il y a quelques jours que plus de 480 personnes des quatre coins du pays avaient été arrêtées relativement à l'assaut.

Qualifiant l'ampleur du dossier de sans précédent, le département de la Justice a déjà indiqué en cour que le nombre de personnes accusées pourrait atteindre 550.

Selon CNN, les accusés sont originaires de 43 États. D'après le réseau, une cinquantaine d'entre eux sont liés à des groupes d'extrême droite. Les médias américains ont en outre rapporté que plusieurs accusés étaient des policiers ou des militaires, retraités ou encore actifs.

Sans les nommer, le juge Lamberth, nommé par l'ex-président républicain Ronald Reagan, a par ailleurs reproché à certains élus républicains de banaliser les événements et de réécrire l'histoire. Je ne sais pas sur quelle planète il vivent, a-t-il lancé.

Comme il l'a rappelé, un élu républicain a par exemple comparé l'émeute à une simple visite touristique du Capitole.

Un autre a accusé le département de la Justice de harceler des patriotes pacifiques, et d'autres élus ont contesté la participation de partisans de Donald Trump à l'émeute.

Des ratés montrés du doigt

D'ex-responsables de la sécurité au Capitole invités à comparaître devant des comités du Congrès ont unanimement montré du doigt les ratés des services de renseignement et la lenteur du Pentagone à déployer des renforts dans l'enceinte du Capitole, envahi par des centaines de partisans de l'ex-président Trump qui refusaient de croire à sa défaite.

Évoquant les éléments les plus radicaux, l'ex-chef de police du Capitole, Steven Sund, avait rapporté avoir vu des insurgés battre des policiers à coups de poing, de tuyaux, de bâtons, de bâtons de baseball, de barricades en métal et de hampes de drapeau. Ces criminels sont venus préparés pour la guerre. Ils sont venus avec des armes, des munitions chimiques et des explosifs, avait-il résumé.

Cinq personnes, dont un policier, ont perdu la vie dans la foulée de l'attaque. De plus, deux policiers se sont suicidés dans les jours qui ont suivi.

Pas de commission d'enquête indépendante

À la fin du mois, les sénateurs républicains ont bloqué la création d'une commission d'enquête indépendante sur les événements du 6 janvier, rejetant ainsi les appels de la famille du policier du Capitole Brian Sicknick, mort au lendemain de l'assaut.

Selon CNN, le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, qui avait accusé l'ex-président d'être « concrètement et moralement responsable » d'avoir provoqué l'assaut du 6 janvier, a demandé à ses collègues de lui accorder une faveur en rejetant le projet de loi.

La commission, qui aurait été composée de cinq démocrates et d'autant de républicains, avait été approuvée par la Chambre des représentants à majorité démocrate quelques jours plus tôt, avec l'appui de 35 républicains.

Ne pas avoir de commission sur le 6 janvier pour examiner ce qui s'est passé exactement constitue une gifle au visage de tous les policiers qui ont fait leur travail ce jour-là, avait écrit aux élus la mère du policier, selon la déclaration obtenue par le site Politico.

Avec les informations de ABC News, et CBS News

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