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COVID-19 : plusieurs lacunes constatées pendant des éclosions dans le Nord

Le Manoir de la Vallée, à Atholville.

Le Manoir de la Vallée, à Atholville (archives)

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Pascal Raiche-Nogue

Certaines règles ont été enfreintes alors que des éclosions de COVID-19 faisaient rage dans des foyers de soins et un abattoir du nord du Nouveau-Brunswick. C’est ce que révèlent des documents de Travail sécuritaire NB.

Des rapports d’inspection obtenus par CBC en vertu de la Loi sur le droit à l’information font état de lacunes au Manoir de la Vallée, à la Villa des Jardins et chez Nadeau ferme avicole.

Selon Travail sécuritaire NB, la découverte de ces lacunes n’a pas mené à l’imposition de sanction ou de pénalité à ces employeurs.

Manoir de la Vallée : une inspection à la suite d’une plainte

Au cours des premiers mois de la pandémie, au début de 2020, le Nouveau-Brunswick est relativement épargné par la COVID-19. Les foyers de soins sont en état d’alerte, mais s’en tirent à bon compte.

À compter d’avril 2020, une éclosion ravage un complexe de soins d’Halifax, le foyer Northwood. Le virus se propage rapidement et fait des dizaines de victimes. Tous les yeux de la région sont tournés vers cet établissement.

Le Nouveau-Brunswick y goutte quelques semaines plus tard. Le 31 mai, une éclosion est officiellement déclarée au Manoir de la Vallée, un foyer de soins spéciaux situé à Atholville. C’est la première fois que la pandémie frappe de plein fouet ce genre d’établissement dans la province.

Au cours des jours suivants, une plainte anonyme est faite à l’égard de l’établissement. Un agent de Travail sécuritaire NB se rend donc sur les lieux le 16 juin 2020 afin d’effectuer une inspection.

Aucun problème n’est constaté en ce qui a trait aux règles sanitaires, lit-on dans un rapport obtenu par la CBC.

Au cours de l’inspection au Manoir de la Vallée, l’officier note que des mesures de la Santé publique sont appliquées en milieu de travail, affirme l’auteur du document.

L’auteur du rapport ajoute cependant un bémol, vu que l'employeur n’a pas de plan opérationnel relatif à la COVID-19. De plus, le Manoir de la Vallée n’est pas doté d’un comité de santé de sécurité en place, qui est obligatoire puisqu’il compte plus de 20 employés.

Au cours des jours suivants, les gestionnaires du Manoir soumettent un plan opérationnel lié à la COVID-19 qui est jugé adéquat.

Deuxième inspection: des employés qui enlèvent leur masque

Une personne vêtue d'équipement de protection personnelle entre dans le Manoir de la Vallée.

Le Manoir de la Vallée durant l'éclosion de COVID-19, en 2020.

Photo : Radio-Canada

Le 15 juillet, au terme d’une nouvelle inspection effectuée alors que l'éclosion était toujours en cours, un agent de Travail sécuritaire NB écrit dans un rapport que certains membres du personnel ne portent pas de masque lorsqu’ils ne respectent pas le 2 mètres, car c’est trop chaud et (ils) ont de la difficulté à respirer.

Un autre rapport produit ce jour-là parle du fait que les cuisiniers ne portent pas toujours le masque car trop chaud et difficulté à respirer.

L’inspecteur demande alors à l’employeur de s’assurer que ses employés portent une visière lorsque ceux-ci ne sont pas capables de respecter le 2 mètres de distanciation.

Il note aussi que les employés s’auto-évaluent et prennent chacun leur température et que cette pratique doit changer; une personne doit être désignée afin de prendre la température du personnel.

Au cours des mois suivants, divers rapports indiquent que le Manoir de la Vallée respecte les exigences et a apporté les changements nécessaires.

La seule infraction qui perdure est l’absence de comité de santé et de sécurité.

Le 18 décembre 2020, un agent note qu’il a discuté avec une personne responsable au sein du foyer pour l’aviser que ce comité devait être mis sur pied d’ici au 15 janvier.

Dans un rapport daté du 16 février 2021, soit sept mois après la première mention de cette infraction, on peut lire qu’un comité a bel et bien été créé.

Des lacunes à la Villa des Jardins

Le bâtiment en hiver.

La Villa des Jardins, le 2 février 2021 à Edmundston au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Le 24 janvier 2021, une éclosion est déclarée à la Villa des Jardins. Le foyer de soins d’Edmundston doit composer avec plusieurs cas confirmés de COVID-19.

Le 2 février, à la demande de l’équipe provinciale de gestion rapide des éclosions, un agent de Travail sécuritaire NB inspecte l’établissement.

Dans son rapport, il note que l’aile réservée aux résidents atteints du virus n’est pas à pression négative. La pression négative est une technique notamment utilisée dans les hôpitaux qui réduit les chances de propagation de la COVID-19 à l’extérieur d’une zone chaude.

Le document fait aussi état d’un employé de l’entreprise externe Service Master – arrivé le matin même en renfort qui va et vient dans le foyer (présumément dans la zone chaude) – portant un masque de tissu au lieu d’un masque jetable.

Le rapport note que ce qui est difficile à la Villa est qu’il n'y a une seule façon d’y entrer et qu’elle se trouve juste à côté de l’unité COVID-19 et qu’en raison du manque d’espace, tous les chiffons sales et propres, etc. sont dans le couloir.

Une entrée mal identifiée chez Nadeau ferme avicole

Les bâtiments de l'abattoir de poulets.

Nadeau ferme avicole à Saint-François-de-Madawaska (archives).

Photo : Radio-Canada / Étienne Dumont

À la mi-janvier 2021, la COVID-19 s’invite chez Nadeau ferme avicole. Plusieurs cas confirmés sont liés à l’entreprise de Saint-François-de-Madawaska, qui ferme alors ses portes.

La Santé publique demande alors à Travail sécuritaire NB d’inspecter les lieux. Le rapport d’inspection, daté du 22 janvier 2021, note que les salariés n’utilisent pas toujours la bonne porte pour entrer dans l’usine.

Travail sécuritaire NB demande donc à Nadeau ferme avicole d’installer des enseignes sur les portes de l’entreprise pour que les employés ne se croisent pas en entrant et en sortant.

Dans son rapport, l’inspecteur note que de nombreux changements ont été apportés depuis la fermeture afin de réduire les risques de propagation de la COVID-19. Il demande à l’employeur d’amender son plan opérationnel pour refléter ces changements.

Nadeau ferme avicole agit rapidement pour se conformer aux ordres émis par Travail sécuritaire NB. Un rapport daté du 25 janvier 2021, soit trois jours à peine après l’inspection, rapporte que les changements nécessaires ont été apportés et que tout est en ordre.

Aujourd’hui, par courriel, le directeur général de Nadeau ferme avicole affirme qu’il est peu probable que la question des entrées et des sorties ait eu quelque impact que ce soit sur la transmission de la COVID-19 au sein du personnel.

Il n’y a pas eu de preuves que la transmission se faisait dans l’usine, donc c’est peu probable. La majorité de nos employés proviennent tous de la région, d’une communauté tissée serrée. Nous employons 210 personnes à l’usine; il serait donc très difficile d’identifier la source de la transmission, dit Yves Landry.

Il rapporte que 23 cas ont été détectés à l’usine lors de l’éclosion chez Nadeau ferme avicole.

Tout le monde a fait de son mieux.

Le président-directeur général du groupe Lokia, l’entreprise propriétaire du Manoir de la Vallée, le Dr Guy Tremblay, souhaite remettre les choses en perspective.

L'inscription « Ça va bien aller » est peinte sur un poteau devant l'établissement.

Le Manoir de la Vallée, à Atholville

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

En entrevue avec la CBC, il rappelle que ce foyer de soins d’Atholville a été le premier à être frappé par une éclosion, peu après le début de la pandémie. Personne n’était préparé à faire face à cette situation inédite, dit-il.

On tente de trouver des coupables un an plus tard. Mais nous n’étions pas prêts à faire face à une pandémie au Nouveau-Brunswick à l’époque. Personne ne savait à quoi s’attendre, dit-il.

Il note que très rapidement, on a demandé aux employés des foyers de soins et du secteur de la santé en général de porter des masques en tout temps.

En une semaine, quelques jours, si ce n’est pas quelques heures, on a demandé à tout le monde de s’improviser infectiologues et médecins, de tout connaître des masques, des microbes et de la pandémie. Ce n’est pas raisonnable, affirme-t-il.

Le Dr Guy Tremblay trouve qu’au lieu de tenter de mettre en lumière les côtés négatifs de la pandémie, les médias devraient plutôt parler des bons coups réalisés dans les foyers de soins.

Tout le monde a fait de son mieux pendant la pandémie. Nous n’étions pas du tout préparés à ça. Je suis satisfait du travail de mes employés et des ministères. Je suis satisfait du travail de tout le monde, parce qu’on a tous appris en même temps. Et je suis vraiment content que nous ayons passé au travers avec de bons résultats.

Une citation de :Dr Guy Tremblay, président-directeur général du groupe Lokia

Selon lui, les lacunes constatées lors des inspections au Manoir de la Vallée n'ont pas eu d'impact sur l'éclosion de COVID-19.

L’éclosion au Manoir de la Vallée a duré du 31 mai au 22 juillet 2020. Selon le bilan publié par la Santé publique, elle a mené à 23 infections. Deux résidents sont décédés.

La directrice de la Villa des Jardins n’a pas répondu à notre demande d’entrevue avant l’heure de tombée.

– Avec des informations de Karissa Donkin, CBC News

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