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Au tour du ministère fédéral de l'Environnement d'émettre des doutes sur GNL Québec

Une centrale alimentée au charbon et une raffinerie dégagent des volutes de fumée aux côtés d'une éolienne.

En Allemagne, une centrale alimentée au charbon de la compagnie Uniper et une raffinerie de BP sont visibles dans la ville de Gelsenkirchen. GNL Québec mise beaucoup sur ce marché allemand dans son calcul de baisse des gaz à effet de serre amené par son projet de liquéfaction de gaz naturel.

Photo : Associated Press / Martin Meissner

Radio-Canada

Après Parcs Canada ainsi que Pêches et Océans Canada, voici qu'Environnement et Changement climatique Canada critique à son tour le projet d'Énergie Saguenay.

Dans son avis final remis le 21 juin à l'Agence d'évaluation d'impact du Canada (AEIC), le ministère fédéral remet en doute le fondement même du projet de construction d'une usine de liquéfaction de gaz naturel, celui selon lequel GNL Québec ferait diminuer la quantité globale de gaz à effet de serre de la planète en remplaçant des sources d'énergie plus nocives.

Les experts fédéraux rappellent les prétentions du promoteur selon lesquels environ 60 pour cent du gaz naturel liquéfié produit par GNL Québec remplacerait du charbon, principalement dans les marchés émergents d'Asie [...] mais également en Europe. Ils notent toutefois que sans engagements plus ferme d'acheteurs ou de certitude quant à l'endroit où le GNL sera utilisé, le scénario de GNL Québec comporte un haut niveau d'incertitude.

Le ministère rappelle aussi que l'usine aurait une durée de vie de 25 à 50 ans. Les émissions provenant du projet et les émissions en amont pourrait avoir un effet négatif sur le plan du Canada d'atteindre des émissions nettes nulles d'ici 2050, ajoute le document. Si les experts fédéraux saluent les efforts pour rendre l'usine de liquéfaction carboneutre, ils rappellent qu'Ottawa doit prendre en compte les émissions en amont du projet, soit sur les sites d'exploitation du gaz naturel.

L'apport du marché allemand

Le président de GNL Québec, Tony Le Verger, accueille favorablement le dernier avis d'Environnement et Changement climatique Canada remis à l'Agence d'évaluation d'impact fédérale même si ce rapport se fait dur à l'égard du projet d'usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay.

Tony Le Verger demeure aussi convaincu qu'il pourra démontrer à Ottawa que le gaz naturel liquéfié (GNL) remplacera effectivement le charbon en Asie et en Europe, contrairement aux doutes exprimés par Environnement et Changement climatique Canada.

Il a rappelé l'entente récente annoncée au début du mois de juin avec le distributeur gazier allemand Hanseatic Energy Hub, qui est aussi à l'état de projet alors qu'un terminal de regazéification serait construit près de Hambourg. L'accord qu'on a rendu public avec ce joueur allemand est une des preuves justement qu'il y a une volonté d'amener du gaz naturel sur les marchés internationaux pour sortir du charbon. On rappelle que l'Allemagne c'est 30 à 40 % de l'électricité qui vient du charbon, a plaidé Tony Le Verger, en ciblant les centrales électriques alimentées au charbon.

Dans un récent communiqué, GNL Québec avait indiqué avoir mis en place un système de traçabilité de son approvisionnement permettant de fournir l’empreinte carbone complète du gaz naturel liquéfié produit par Énergie Saguenay, entre le lieu de production et le site de regazéification sur le marché de destination.

Lorsque le ministère note qu'une hausse de la quantité de gaz à effet de serre induite par le projet pourrait empêcher le Canada d'atteindre sa cible de zéro émission en 2050, Tony Le Verger réplique qu'il faut calculer autant la réduction des gaz à l'échelle planétaire que l'augmentation des gaz émis par les champs gaziers de l'Ouest canadien et des États-Unis dans ce calcul. Rien que cette semaine, le Japon a décidé d'investir 10 milliards de dollars en Asie du sud-est pour faire de la conversion du charbon vers le gaz. Ça c'est des éléments concrets. Donc, moi ce que je vois sur les marchés, c'est que ce qu'on explique par rapport à notre rôle dans les changements climatiques est réel, a-t-il ajouté.

Le méthanier brise-glace « Christophe de Margerie » dans le port de Sabetta, en Russie.

GNL Québec prétend que les méthaniers qu'il utilisera auront des technologies novatrices pour réduire le bruit, nuisible au béluga.

Photo : Reuters / Olga Maltseva

Les environnementalistes satisfaits

La Coalition Fjord, Greenpeace, Nature Québec, Équiterre et la SNAP Québec se disent satisfait de l'avis défavorable au projet GNL Québec. Ces organismes soulignent qu'Environnement et Changement climatique Canada va dans le même sens que les conclusions du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) en indiquant l’ajout de sept millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) à l'étape de l'extraction du gaz naturel. Les groupes environnementaux rappellent que l’une des conditions fixées par le gouvernement du Québec pour donner son aval au projet était justement de faire diminuer mondialement les émissions de GES. Ils croient que cet avis d’expert vient donc confirmer le non-respect de cette condition.

Selon la co-porte-parole de la Coalition Fjord, Camille-Amélie Koziej Lévesque, GNL Québec n'a pas réussi à prouver son scénario de réduction de gaz à effet de serre. Donc, notre impression c'est que le gouvernement s'il se prononce pour une autorisation du projet, il se met vraiment en porte-à-faux avec ses propres objectifs pour limiter les gaz à effet de serre, a-t-elle pointé, quant à la décision finale que devra rendre d'ici la fin de l'été le ministre québécois de l'Environnement, Benoit Charette.

Deux autres avis favorables

Le président de GNL Québec, Tony Leverger, apprécie deux avis finaux émis par l'Administration de pilotage des Laurentides et Transports Canada au sujet de la possibilité d'utiliser des méthaniers plus silencieux sur la rivière Saguenay. Alors que Pêches et Océans Canada doutait de l'utilité de tels équipements dans son avis remis au gouvernement fédéral et jugeait que les méthaniers menacent l'habitat des bélugas, ces deux entités admettent que de telles technologies de réduction de bruit existent.

En gros, ils partent du principe que ces systèmes-là peuvent avoir une réduction significative du bruit, mais demandent d'en avoir des preuves supplémentaires. Ils ont vu ce qui se faisait ailleurs avec des résultats positifs, donc pour eux c'est indéniable. C'est juste qu'il faut continuer à travailler, à les mettre sur les bateaux, à les mettre tous ensemble dans le même moment, ce qui n'a jamais été fait avant, de telle façon qu'on puisse réduire le bruit encore plus, s'est-il réjoui.

Lors de sa réplique à Pêches et Océans, GNL Québec avait estimé que ce ministère nuisait à l'innovation maritime en refusant d'admettre le rôle des nouvelles technologies sur la réduction du bruit.

D'après un reportage de Gilles Munger

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