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Ottawa aura fort à faire pour atteindre ses cibles environnementales, dit un rapport

Un drapeau canadien avec, en arrière-plan, de la fumée qui sort d'une cheminée.

Le reportage de Christian Noël

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ottawa se donne des cibles environnementales particulièrement ambitieuses, mais un nouveau rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB) indique que les moyens pourraient venir à manquer pour atteindre la dernière tranche de réduction des émissions polluantes mise de l'avant par le gouvernement libéral.

Dans le document intitulé Au-delà de Paris : Réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada d'ici 2030, le DPB s'intéresse donc aux démarches du fédéral pour non seulement atteindre les cibles de l'Accord de Paris sur le climat, mais les dépasser au cours des neuf prochaines années. L'Accord de Paris vise à restreindre à 2 voire, si possible, à 1,5 degré Celsius la hausse moyenne de la température planétaire, pour limiter les impacts des changements climatiques.

Cet objectif de Paris, qui équivaut à des émissions de CO2 de 511 mégatonnes par an au pays, sera atteint, voire dépassé si le gouvernement fédéral respecte les engagements énoncés en décembre 2020, notamment en faisant passer la tarification carbone de 50 $ à 170 $ la tonne d'ici 2030, et en investissant 15 milliards de dollars, entre autres pour améliorer l'efficacité énergétique et faire construire des bâtiments plus verts.

Selon le rapport du DPB, les mesures annoncées en décembre dernier permettront, à terme, de ramener les émissions canadiennes à 503 mégatonnes par an, soit 8 mégatonnes sous l'objectif de Paris. Cela représentait une baisse de 32 à 40 % des émissions par rapport à 2005.

Lors de la présentation de son plus récent budget, à la fin avril, le gouvernement Trudeau a appuyé un peu plus sur l'accélérateur climatique, en visant plutôt l'objectif de 468 mégatonnes par an d'ici la fin de la décennie, le tout accompagné d'une enveloppe de 17 milliards pour promouvoir une « reprise verte » et créer des emplois post-pandémie. Cette cible est elle aussi atteignable, écrit le DPB, même si certaines mesures réglementaires n'ont pas encore été annoncées par le fédéral.

Trop d'ambition?

Là où le bât blesse, c'est que durant ce même mois, Ottawa est allé encore un peu plus loin, en s'astreignant à ramener les émissions à un maximum de 438 mégatonnes – 30 mégatonnes sous l'objectif déjà ambitieux du budget. Cette nouvelle cible pourrait même passer à 402 mégatonnes, ou 60 mégatonnes sous l'objectif du budget 2021.

Cette réduction supplémentaire exigera des mesures additionnelles, écrit simplement le DPB dans son rapport, avant d'ajouter que le gouvernement n'a pas encore annoncé de mesures visant à atteindre cette réduction supplémentaire des émissions.

À titre d'exemple, pour respecter l'objectif d'une réduction supplémentaire de 30 mégatonnes, il faudra retirer six millions de véhicules de promenade à essence de plus du parc automobile canadien et les remplacer par des modèles électriques.

Respecter la date butoir de 2030, cela veut dire qu'à partir de l'an prochain, environ la moitié des véhicules neufs vendus devront être des véhicules zéro émission... et ils devraient être rechargés avec de l'électricité non polluante, souligne le DPB.

En fait, la cible est atteignable, lit-on dans le rapport. Mais le défi réside toutefois dans la rapidité et l'ampleur de la mise en œuvre des technologies mises de l'avant pour atteindre les objectifs environnementaux, écrivent ces mêmes experts.

Une autre étape à franchir pour atteindre l'objectif de la réduction de 30 mégatonnes consiste à réduire, de 50 % en plus, le CO2 émis par la combustion du pétrole et du gaz pour le chauffage des bâtiments.

Et s'il existe déjà une technologie pour y parvenir – les thermopompes – leur installation ne se fera que si les propriétaires de bâtiments sont convaincus qu'il est avantageux d'aller de l'avant en ce sens. Ainsi, comme l'écrit le DPB, le secteur privé n'ira pas de l'avant de son propre chef.

Si le gouvernement utilise des subventions plutôt que la tarification du carbone pour atteindre son objectif, le coût de la dernière réduction de 30 mégatonnes risque de se révéler prohibitif pour les finances publiques.

Une citation de :Extrait du rapport du DPB

Assûmer des coûts... pour sauver l'espèce?

Outre les possibles dépenses gouvernementales, si le fédéral se tourne vers les subventions pour faciliter l'adoption de technologies vertes, le rapport indique que l'adoption d'une tarification carbone à 170 $ la tonne, en plus des autres mesures réglementaires, réduira d'environ 1,4 % le PIB national d'ici 2030.

Cette légère contraction semble toutefois bien peu importante, comparativement à l'impact plus que désastreux des changements climatiques sur notre espèce et notre planète si les divers gouvernements n'agissent pas immédiatement, et vigoureusement, pour réduire les émissions polluantes.

Dans un rapport de 4000 pages dont le résumé technique a été publié à l'avance, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) note que la vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L'humanité ne le peut pas.

Le GIEC estime par ailleurs que dépasser un réchauffement mondial de 1,5 °C pourrait déjà entraîner progressivement des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles.

Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre, dit le GIEC, alors que la prise de conscience sur la crise climatique n'a jamais été aussi étendue.

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