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Archives

Les défilés de la Saint-Jean-Baptiste : vitrines de l’évolution de l’identité québécoise

Commentateurs sur l'estrade et enfants qui regardent le défilé.

Les commentateurs Paul-Émile Tremblay et Roger Mondoloni décrivent le défilé des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste pour la télévision de Radio-Canada le 24 juin 1958.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Radio-Canada

Le traditionnel défilé de la Saint-Jean-Baptiste s’est transformé au gré des bouleversements sociaux qu’a vécus le Québec dans son histoire. À travers nos archives, découvrez quelques changements importants et parades mémorables de la fête nationale.

Une procession qui met en valeur tradition et religion

Avant même l’arrivée du christianisme, dès l’époque païenne, des feux de joie étaient organisés aux alentours du 24 juin pour célébrer le solstice d’été.

En 1834, un sympathisant des patriotes, Ludger Duvernay, décide de fonder une association pour souligner la fête des Canadiens français. L’ancêtre de la Société Saint-Jean-Baptiste se nomme Aide-toi, le Ciel t’aidera. Chaque année, l’organisation prépare un banquet et un grand feu de joie.

Au départ, la fête est un phénomène plus montréalais, mais vers 1880, les festivités deviennent plus nationales et les célébrations s’étendent à la grandeur de la province.

Chars allégoriques, groupes de cadets, fanfares, officiels, notables et représentants de l’Église catholique ont été l’apanage des défilés jusqu’aux années 1960.

Figure emblématique de la parade, le petit saint Jean-Baptiste blond, accompagné sur son char d’un mouton aussi frisé que lui, a longtemps fait la fierté de sa famille.

Le 21 juin 1956, l’animatrice Michelle Tisseyre rencontre l’enfant choisi cette année-là pour incarner saint Jean-Baptiste.

Rendez-vous avec Michelle, 21 juin 1956

En compagnie de Monsieur Lafrance, l’organisateur de la parade pour l’année 1956, le jeune Jean-Marc Linteau ne cache pas sa joie d’être l’élu pour incarner le rôle du patron des Canadiens français.

Mais le petit saint Jean-Baptiste fera l’objet de plus en plus de critiques au tournant des années soixante. Plusieurs voient l’enfant et son mouton comme un symbole de docilité, de passivité et de moutonnerie des Canadiens français. Il sera remplacé d’abord par une statue de saint Jean-Baptiste adulte en 1963, puis disparaîtra totalement du défilé quelques années plus tard.

Une fête de plus en plus revendicatrice

En 1963, les organisateurs décident de présenter le défilé en soirée. S’inspirant de défilés en Europe qui ont lieu le soir, les concepteurs estiment que les lumières produiront un effet plus intéressant.

Le 29 juin 1963 à 20 ans Express, James Bamber présente un reportage sur ce tout premier défilé de nuit.

20 ans express, le 29 juin 1963

Le journaliste s’entretient avec des jeunes qui assistent au défilé. Il les questionne sur leur fierté d’être Canadiens français, sur ce qu’ils pensent de la parade et sur les événements qui les ont le plus marqué au cours de cette année 1963.

Plusieurs mentionnent les actions du Front de libération du Québec (FLQ), qui en mai et en avril précédent avaient commencé à se faire plus violentes.

Le 24 juin 1968, la présence du premier ministre Pierre Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur à un jour de l’élection fédérale est mal acceptée par le public en place.

Le défilé de la Saint-Jean-Baptiste, 24 juin 1968

Les voix des commentateurs Henri Bergeron et Gabi Drouin sont voilées par les sirènes bruyantes des forces de l’ordre et le son des slogans que scandent les manifestants. Le Québec aux Québécois, Québec libre, etc.

J’espère que vous pouvez entendre notre voix présentement, notre estrade est littéralement entourée de manifestants, qui manifestent contre la venue de monsieur Trudeau ici ce soir.

Une citation de :Henri Bergeron

Une émeute se déclenche et certains fêtards se mettent à lancer des projectiles en direction de l’estrade, mais Pierre Elliott Trudeau refuse de quitter les lieux.

Les manifestants sont poursuivis en tous sens par des policiers, l’événement est baptisé le lundi de la matraque.

L’année suivante en 1969, le défilé est commenté par les cinéastes Bernard Gosselin et Pierre Perrault qui y vont de commentaires acerbes à propos de la présentation du défilé, des choix politiques des Québécois et de leur manque de fierté. Au cours de la présentation, les deux commentateurs sont priés de se retirer et sont remplacés par Michel Pelland qui termine la description.

Vers des festivités plus populaires

Durant les années 1970, les fêtes prennent une tournure plus populaire avec des fêtes de rue, des concerts improvisés et des marches citoyennes.

C’est aussi dans les années 1970 que les Québécois assisteront à de grands rassemblements musicaux, comme la Saint-Jean sur le Mont-Royal en 1975 et le spectacle 1 fois 5 sur les Plaines d’Abraham et sur le Mont-Royal l’année suivante.

Les grandes parades feront relâche durant près de vingt ans entre les années 1970 et 1990.

Le 24 juin 1990, quelques jours après le rejet de l’Accord du Lac Meech par le Canada anglais, un grand défilé est organisé à Montréal.

Montréal Ce soir, 25 juin 1990

Au Montréal Ce soir du 25 juin 1990, les journalistes Ghislaine Bouffard et Alain Picard présentent des reportages qui dressent un bilan du défilé de la Saint-Jean-Baptiste.

À l’invitation des organisateurs, des milliers de Québécois se rassemblent à Montréal. La rue Sherbrooke se transforme en une mer de fleurdelisés.

Le défilé s’ouvre avec un mouton de Troie remplie de jeunes appartenant à différentes communautés culturelles. Les spectateurs interprètent à leur façon ce symbole traditionnel mis au goût du jour.

La Saint-Jean-Baptiste en quelques dates

  • 24 juin 1834, l’imprimeur et homme politique Ludger Duvernay organise un banquet et un feu de joie pour souligner la fête des Canadiens français.
  • 1866, un tailleur de Montréal décide de représenter saint Jean-Baptiste par un enfant blond vêtu d’une peau de mouton sur un char allégorique.
  • 1908, à la suite d’une bulle papale, saint Jean-Baptiste devient le patron des Canadiens français.
  • 1925, le 24 juin devient un jour férié.
  • 1977, le premier ministre René Lévesque déclare officiellement le 24 juin fête nationale du Québec.
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