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Réfugiés LGBTQIA+ : des voyages compliqués par la pandémie

Drapeau au couleurs LGBT et une personne en ombre chinoise chinoise.

Des départs et des arrivées compliqués par la pandémie pour les personnes LGBTQIA+ qui doivent quitter leur pays.

Photo : La Presse canadienne / Canadian Press

Pour certains membres de la communauté LGBTQIA+, quitter le pays est parfois la seule manière de sauver sa vie. Si la pandémie n’a pas freiné les déplacements forcés dans le monde, elle en a compliqué certains, en raison des restrictions de voyage notamment.

Amin Dzhabrailov a fui la Tchétchénie en 2017.

J’étais coiffeur et je travaillais ce jour-là lorsque des hommes habillés en uniformes sont venus me chercher et m’ont kidnappé parce que j’étais gai, raconte-t-il.

J’ai été kidnappé, torturé et gardé dans une prison secrète pendant deux semaines parce que j'étais homosexuel, et quand mes ravisseurs m’ont relâché, je n’avais qu’une seule échappatoire : quitter mon pays.

Une citation de :Amin Dzhabrailov
Amin Dzhabrailov

Amin Dzhabrailov

Photo : Amin Dzhabrailov

Amin s'est enfui vers la Russie, puis s'est envolé vers Toronto pour y trouver refuge, grâce à l'aide de l'organisme Rainbow Railroad.

Rainbow Railroad est un organisme canadien à but non lucratif qui aide les gens issus de la communauté LTGBTQIA+ à fuir leur pays lorsqu'ils sont en danger et à les emmener dans des pays sûrs avec lesquels l'organisation a des partenariats.

Mais depuis un an, ces départs en urgence ont été compliqués par la pandémie et toutes les restrictions de vols et de fermetures de frontières, explique le chargé de communication de Rainbow Railroad, Eric Wright.

En 2019, Rainbow Railroad avait pu déplacer plus de 200 personnes LGBTQIA+ vers des pays considérés comme sûrs, comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou le Canada.

Ça a été vraiment dur, mais on a déménagé plus de 70 personnes durant la pandémie. On a aussi aidé les gens dans leur pays. Ça a été du travail qu’on a fait en amont et on a fait avancer ce travail-là à cause de la COVID-19, en donnant du soutien financier et en faisant plus de partenariats avec des organismes sur place, décrit-il.

L'Ouganda a notamment fait les manchettes pour des arrestations d'hommes homosexuels. L'organisme a pu envoyer un soutien financier afin d'aider les accusés à se défendre en justice.

Un homme pose devant un fond rose. Il est brun et a une légère barbe. Il sourit.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chargé de communications de Rainbow Railroad, Eric Wright

Photo : Eric Wright

Internet, planche de salut

Aleks Dughman Manzur dirige la programmation de l’organisme Rainbow Refugee Society, une organisation de Vancouver qui aide les demandeurs d'asile LGBTQIA+ au Canada. Aleks reconnaît que l’année n’a pas été simple pour les personnes qui sont toujours dans l’attente d’être réinstallées.

Lorsque l’interdiction de voyager est entrée en vigueur et que les frontières ont fermé, beaucoup de personnes étaient prêtes à partir. Elles avaient reçu un visa pour voyager. Certaines se sont retrouvées coincées et dans l’incertitude.

Une citation de :Aleks Dughman Manzur, Rainbow Refugee Society

Les conséquences qui en découlent ne sont jamais simples : préavis de départ au travail, fin de bail. Certains se sont retrouvés incapables de subvenir à leurs besoins essentiels.

Pour les personnes tout juste arrivées au Canada, là aussi, cela n’a pas été évident. Certains étaient très excités de commencer un nouveau chapitre de leur vie, ils ont eu moins de possibilités professionnelles, ont été confrontés à l’isolement social et n’ont pas vraiment eu la chance de recevoir le soutien nécessaire à leur bien-être financier et émotionnel. Tout ce soutien est passé en ligne.

Nous avons pu aider des personnes qui étaient déjà en transit au moment où la frontière fermait, mais ensuite il n’y a presque plus eu d’arrivées au Canada, sauf pour des personnes vivant une situation à très haut risque pour leur sécurité.

Une citation de :Aleks Dughman Manzur, Rainbow Refugee Society
Aleks Dughman Manzur.

Aleks Dughman Manzur, Rainbow Refugee Society

Photo : (MCC Toronto)

Actuellement, l’organisme Rainbow Refugee Society attend l’arrivée de 12 personnes d’Iran, du Liberia, de la Syrie, d’Égypte, de l'Ouganda et de la Bosnie et qui sont, en attendant, au Kenya, en Turquie, en Jordanie ou encore au Liban.

Nous recevons des centaines de courriels, précise Aleks, et cela nous permet de leur fournir des informations pour recevoir de l’aide.

Les défis de la pandémie

Eric Wright explique que c'est grâce à un réseau construit avec des organismes dans les pays que de l'aide peut être déployée. Nos partenaires nous donnent des informations sur des gens qui sont menacés, dit-il.

L'organisme travaille étroitement avec les gouvernements des pays dans lesquels les transferts des personnes menacées ont lieu. Avec la pandémie, quelques défis se sont ajoutés. Elles [les personnes en danger] ne vont pas avoir de vaccin, le fait de se rendre à l’avion est déjà difficile, il y a des difficultés ajoutées, mais ce n’est pas la même procédure que pour ceux qui voyagent pour des raisons de tourisme ou personnelles.

Des personnes tiennent le drapeau arc-en-ciel.

Des personnes tiennent le drapeau arc-en-ciel.

Photo : iStock

Du côté du ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, la chargée de communications Isabelle Dubois précise que, début mai, il y avait 9865 demandes d'asile (toutes catégories confondues) en attente d'une décision. C'est sans compter les demandes de parrainage en cours. Nous devrions venir à bout de l’arriéré de travail au cours des prochains mois, ajoute-t-elle.

Mme Dubois reconnaît que les restrictions de voyage généralisées et les contraintes imposées, de même que le télétravail des employés, ont eu des répercussions considérables sur le système d’immigration. Nous avons également lancé récemment un projet pilote d’entretiens virtuels pour permettre aux demandeurs d’asile d’effectuer des entretiens à distance, précise-t-elle dans le courriel.

Les départs urgents sont toutefois restés prioritaires et le gouvernement fédéral prend en charge les services d'hébergement de quarantaine et de soutien temporaire à l'arrivée, lorsque c'est nécessaire.

Les services en personne pour la collecte de renseignements biométriques et d’autres procédures reprennent maintenant enfin, comme les entrevues en personne. En ce moment, les choses redémarrent, les entretiens, on va voir des gens recommencer à arriver, se réjouit Aleks.

Une nouvelle vie

Quatre ans après son arrivée au Canada, Amin ne regrette pas son choix. Après avoir passé la majeure partie de sa vie entre culpabilité et peur de représailles, il dit s’être enfin libéré du poids moral, de la religion et de la société pour avancer plus sereinement.

Il faut imaginer toute une enfance vécue à penser que Dieu n’acceptait pas ce genre de chose [l’homosexualité], à vivre dans la honte et la peur. Arriver ici m’a permis de comprendre que même si vous êtes gai, lesbienne, transgenre, vous serez toujours aimé de Dieu.

Une citation de :Amin Dzhabrailov
Amin Dzhabrailov

Amin Dzhabrailov

Photo : Amin Dzhabrailov

Un long chemin de guérison, pour soigner le petit garçon blessé en moi, raconte Amin. Il utilise les deux pronoms, il et elle, en fonction de ce qu’il sent le jour même. Parfois, j’aime porter des robes, je sens ma féminité plus forte; d’autres jours, je porte un pantalon et je me sens plus masculin, raconte-t-il.

Son espoir? Que la prochaine génération n’ait pas à vivre ce par quoi il est passé. Après des années vécues dans la paranoïa de se faire agresser, il peut enfin souffler et ne plus avoir à se retourner dans la rue dans la peur d'être suivi. Il n’a aujourd’hui plus de contacts avec les gens de son passé et laisse pousser, fièrement, ses cheveux.

L'organisme Rainbow Railroad espère quant à lui aider plus de 200 personnes en situation d'urgence à traverser les frontières internationales cette année.

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