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La Chine a raison du dernier organe de presse prodémocratie de Hong Kong

Un journaliste devant son écran d'ordinateur.

Une descente policière dans les bureaux du journal Apple Daily, le 17 juin dernier, a sonné le glas de l'organe de presse.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Agence France-Presse

Le quotidien de Hong Kong critique du pouvoir chinois Apple Daily a annoncé que son dernier numéro paraîtrait jeudi, à la suite de pressions croissantes des autorités qui se retranchent derrière une loi sur la sécurité nationale promulguée par Pékin il y a un an.

L'annonce mercredi de la fermeture de l'Apple Daily est le dernier coup en date porté aux libertés dont jouissait l'ancienne colonie britannique. À terme, cela pourrait conduire certains médias internationaux à y remettre en cause leur présence.

La fermeture du quotidien intervient après que cette loi draconienne destinée à éradiquer toute dissidence à Hong Kong a été imposée en juin 2020.

Apple Daily a décidé que le journal cesserait ses activités à partir de minuit et que le 24 juin serait son dernier jour de publication, peut-on lire sur son site Internet – qui ne sera lui-même plus mis à jour à partir de minuit –, avec, à la clé, la perte d'un millier d'emplois.

De petits groupes se sont rassemblés mercredi soir devant le siège du quotidien pour lui exprimer leur soutien.

Les journalistes d'Apple Daily ont quant à eux fait part de leur intention d'en imprimer un million d'exemplaires au cours de la nuit, une quantité considérable compte tenu du fait que la population de Hong Kong s'élève à 7,5 millions d'habitants.

J'ai des dizaines de milliers de mots dans mon cœur, mais je suis sans voix à cet instant, a confié à l'AFP Ip Yut-kin, le président de Next Digital, le siège social du journal.

Ryan Law est entouré de trois policiers alors qu'il marche à l'extérieur.

Une vaste opération avait été menée le 17 juin contre ce quotidien que les autorités entendaient réduire au silence depuis longtemps.

Plus de 500 policiers avaient débarqué dans la salle de rédaction pour procéder à une perquisition. Ils avaient arrêté cinq de ses dirigeants en raison d'une série d'articles qui, selon la police, appelaient à des sanctions internationales contre la Chine.

Atteinte à la liberté d'expression

Les Hongkongais ont perdu un média qui osait dire ce qu'il pensait et défendait avec insistance la vérité, ont commenté huit associations locales de journalistes dans un communiqué commun, appelant les membres de cette profession à s'habiller en noir jeudi.

Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a qualifié cette fermeture de démonstration glaçante de la campagne pour faire taire toutes les voix d'opposition orchestrée par les autorités locales.

Le rédacteur en chef d'Apple Daily Ryan Law et son directeur général Cheung Kim-hung avaient été officiellement inculpés le 18 juin de collusion avec une puissance étrangère. Ils sont depuis détenus et encourent une peine de prison à vie.

Les autorités ont également gelé 18 millions de dollars de Hong Kong (2,9 millions de dollars canadiens) d'actifs, empêchant ainsi le quotidien, fondé en 1995 par le magnat de la presse Jimmy Lai, présentement en détention, de poursuivre ses activités. Pour cela, elles ont invoqué la nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Jimmy Lai est bloqué par un agent de sécurité.

Le magnat de la presse Jimmy Lai (gauche) quitte le palais de justice de Hong Kong le 9 février 2021.

Photo : Reuters / TYRONE SIU

Mercredi, le principal éditorialiste du journal, qui signait ses papiers sous le nom de Li Ping, a été arrêté, également pour collusion avec des puissances étrangères.

Jimmy Lai s'est vu infliger plusieurs peines de prison pour son implication dans des manifestations en 2019 en faveur de la démocratie. Il a lui aussi été inculpé en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

C'est la première fois que des opinions politiques publiées par un organe de presse de Hong Kong entraînent des poursuites en vertu de cette loi controversée. Son entrée en vigueur a cependant d'ores et déjà radicalement changé le paysage politique et judiciaire.

Un procès qui change la donne

Le premier procès d'une personne poursuivie pour l'avoir enfreinte s'est ouvert mercredi, sans jury, ce qui marque un tournant pour le système judiciaire de ce territoire.

Tong Ying-kit, âgé de 24 ans – qui comparaît notamment pour terrorisme et incitation à la sécession – avait été le premier Hongkongais à être inculpé, l'été dernier, en vertu de cette loi devenue le premier instrument juridique de la reprise en main de Hong Kong par le pouvoir communiste chinois.

Il est accusé d'avoir, le 1er juillet 2020, quelques heures après l'entrée en vigueur de ce texte, délibérément percuté avec sa moto un groupe de policiers, dont trois ont été blessés.

La présence d'un jury était obligatoire pour juger des crimes d'une telle gravité jusqu'à l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale.

Cette dernière s'attaque aux infractions relevant de la sécession, de la subversion, du terrorisme et de la collusion avec les forces étrangères. Dans les faits, sa formulation très floue a permis de réprimer toute voix dissidente.

Plus de soixante personnes ont été inculpées pour avoir enfreint cette loi, dont de nombreuses figures de proue du mouvement pour la démocratie. La plupart sont actuellement en détention provisoire.

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