•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'humanité à l'aube de retombées climatiques cataclysmiques

La vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique dans 30 ans, voire plus tôt, alerte un projet de rapport des experts climat de l'ONU.

Des arbres brûlés, entourés de fumée.

Un incendie a ravagé une partie de la forêt amazonienne près de Porto Velho, au Brésil, le 10 septembre 2019.

Photo : Reuters / Bruno Kelly

Agence France-Presse

Pénurie d'eau, exode, malnutrition, extinction d'espèces... Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l'humanité qui en dépend vont s'accélérer, assure le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), et devenir douloureusement palpables bien avant 2050.

La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes, note le résumé technique de 137 pages. L'humanité ne le peut pas.

Le projet de rapport rédigé par des centaines de scientifiques, qui fait autorité en la matière, oscille entre un ton apocalyptique et l'espoir de changer le destin de l’humanité par des mesures immédiates et draconiennes.

Une publication prévue en 2022

Le rapport d'évaluation complet de 4000 pages, bien plus alarmiste que le précédent de 2014, a pour vocation d'éclairer les décisions politiques. Même si ses principales conclusions ne changeront pas, il ne sera officiellement publié qu'en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 États membres.

Trop tard cependant pour les cruciales réunions internationales sur le climat et la biodiversité prévues fin 2021, notent certains scientifiques.

Parmi ses conclusions les plus importantes figure l’abaissement du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable.

En signant l'Accord de Paris en 2015, le monde s'est engagé à limiter le réchauffement à 2 °C par rapport à l'ère préindustrielle, si possible 1,5 °C.

Désormais, le GIEC estime que dépasser 1,5 °C pourrait déjà entraîner progressivement des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles.

Et selon l'Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de 1,5 °C sur une année soit dépassé dès 2025 est déjà de 40 %.

Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre, dit le GIEC, alors que la prise de conscience sur la crise climatique n'a jamais été aussi étendue.

Le climat a déjà changé. Comme la hausse des températures moyennes depuis le milieu du 19e siècle atteint 1,1 °C, les effets sont déjà graves et seront de plus en plus violents, même si les émissions de CO2 sont freinées.

Et les êtres vivants – humains ou non – les moins à blâmer pour ces émissions sont, ironiquement, ceux qui en souffriront le plus.

Déjà trop tard pour certaines espèces

Pour certains animaux et certaines variétés de plantes, il est peut-être déjà trop tard. Même à 1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s'adapter, souligne le rapport, citant les récifs coralliens dont un demi-milliard de personnes dépendent.

Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l'Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne. Sur place, des modes de vie ancestraux de peuples vivant en lien étroit avec la glace pourraient aussi disparaître.

Un ours polaire mange un morceau de viande de baleine à la baie d'Hudson, au Manitoba, le 23 août 2010.

Le réchauffement climatique, qui cause la disparition progressive de l'habitat des ours polaires, pourrait signer leur quasi-extinction d'ici la fin du siècle.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Agriculture, élevage, pêche, aquaculture... Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s'accroissent, observe aussi le rapport, pointant les aléas climatiques comme principal moteur.

Or, l'humanité n'est à ce stade pas armée pour faire face à la dégradation certaine de la situation. Les niveaux actuels d'adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques, prévient le GIEC.

Pauvreté, migration et sécheresse

Même en limitant la hausse à 2 °C, jusqu'à 80 millions de personnes supplémentaires auront faim d'ici 2050, et 130 millions pourraient tomber dans la pauvreté extrême d'ici 10 ans.

En 2050, des centaines de millions d'habitants de villes côtières seront menacés par des vagues plus fréquentes, provoquées par la hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes.

À 1,5 °C, dans les villes, 350 millions d'habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d'eau, 400 millions à 2 °C. Et avec ce demi-degré supplémentaire, 420 millions de personnes de plus seront menacées par des canicules extrêmes.

Les coûts d'adaptation pour l'Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars par an au-delà de 2 °C, prédit le rapport. Encore faut-il trouver cet argent.

Une voiture écrasée par des branches d'arbre.

Le cyclone Tauktae, la tempête la plus puissante à avoir frappé la côte ouest de l'Inde depuis plus de deux décennies, a ravagé la région en mai.

Photo : AP / Rajanish Kakade

Le texte souligne d'autre part le danger des effets en cascade. Dans certaines régions, comme l’est du Brésil, l’Asie du Sud-Est et la Chine centrale, en plus des zones côtières, pourraient être frappées par trois ou quatre catastrophes météorologiques simultanées, voire plus : canicule, sécheresse, cyclone, incendies, inondation, maladies transportées par les moustiques…

Et il faut de surcroît prendre en compte les effets amplificateurs d'autres activités humaines néfastes pour la planète, comme la destruction des habitats, la surexploitation des ressources, la pollution et la propagation des maladies…

Le monde fait face à des défis entremêlés complexes, affirme Nicholas Stern, spécialiste de l'économie du climat, pas coauteur de ce rapport. À moins de les affronter en même temps, nous n'allons en relever aucun, estime-t-il.

Un possible point de non-retour

Sans oublier les incertitudes autour des points de bascule, éléments clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement violent et irrémédiable.

Au-delà de 2 °C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique de l'Ouest (qui contiennent assez d'eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 mètres) pourrait par exemple entraîner un point de non -retour, selon de récents travaux.

C'est pour cela que chaque fraction d'un degré compte, insiste le GIEC, alors qu'un autre point de rupture pourrait voir l'Amazonie – un des poumons de la planète avec les océans – transformée en savane.

Face à ces problèmes systémiques, aucun remède miracle unique. En revanche, une seule action peut avoir des effets positifs en cascade.

Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de kelp, qualifiées de puits de carbone bleu, accroissent le stockage du carbone, mais protègent aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières.

En dépit de ses conclusions alarmantes, le rapport offre ainsi une note d'espoir. L'humanité peut encore orienter sa destinée vers un avenir meilleur en prenant aujourd'hui des mesures fortes pour freiner l'emballement de la deuxième moitié du siècle.

Nous avons besoin d'une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement, plaide le rapport. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !