•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Annick Charette poursuit Gilbert Rozon pour 1,3 million de dollars

Annick Charette regarde attentivement l'intervieweuse.

Annick Charette

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Six mois après avoir difficilement encaissé l'acquittement de Gilbert Rozon à son procès pour viol et attentat à la pudeur, la victime alléguée Annick Charette le poursuit pour 1,3 million de dollars.

Estimant avoir été salie et dégradée lors du procès criminel, Annick Charette reproche à Gilbert Rozon d'avoir inventé une histoire sordide dans son témoignage à la Cour, au point où elle a eu l'impression de subir un deuxième viol. C'est ce qu'on peut lire dans la demande introductive d'instance déposée au palais de justice de Montréal mercredi.

Elle est la quatrième femme à poursuivre le fondateur de Juste pour rire pour des allégations d'agression sexuelle.

Annick Charette affirme avoir été violée par Gilbert Rozon en juin 1980, alors qu'elle était une étudiante de 20 ans.

Après une soirée dans une discothèque, il l'aurait entraînée dans une résidence de Saint-Sauveur, où il se serait jeté sur elle en mettant sa main dans son décolleté et en tentant de lui enlever sa culotte.

La jeune femme se serait débattue et il aurait arrêté. Par la suite, il aurait refusé de la reconduire chez elle et lui aurait suggéré de dormir séparément dans des chambres de la maison.

Quelques heures plus tard, lorsqu'elle se serait réveillée, le défendeur est sur elle, déterminé à avoir une relation sexuelle. La femme se serait sentie contrainte, dominée et oppressée et ne l'aurait pas repoussé, se disant qu'il s'agit de la façon la plus rapide que ça se termine.

Un scénario grotesque

Lors du procès, Gilbert Rozon a nié cette version des faits en inventant de toutes pièces un scénario qui inversait les rôles, un scénario grotesque dans lequel c'est la demanderesse qui était l'agresseur et Rozon la victime.

Arrivée de Gilbert Rozon sous les huées d’une trentaine de manifestants.

Arrivée au tribunal de Gilbert Rozon sous les huées d’une trentaine de manifestants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le fondateur de Juste pour rire avait affirmé que la nuit des événements, il était allé se coucher seul dans une chambre, après avoir embrassé la jeune femme et senti qu'elle ne voulait pas aller plus loin. Quelques heures plus tard, il disait s'être réveillé avec Annick Charette assise sur lui.

J'avais mademoiselle à califourchon sur moi en train de me faire l'amour, avait-il témoigné. J'ai trouvé ça étrange. Est-ce qu'elle veut dominer? Elle a changé d'idée pendant la nuit? Elle regardait au loin et je me demande si elle se faisait l’amour. Gilbert Rozon avait soutenu s'être laissé faire.

Selon Annick Charette, il s'agit d'un scénario imaginaire, abracadabrant et humiliant. Elle s'est sentie mise en scène dans un fantasme de Gilbert Rozon.

Les insinuations de la défense

Annick Charette souligne que l'avocat de la défense Pierre Poupart l'a traitée de délurée et affirme que certaines insinuations au procès ont renforcé un sentiment de culpabilité développé après l'agression.

La défense de Gilbert Rozon l'avait beaucoup questionnée sur les raisons qui ont fait qu'elle n'a pas pris de taxi pour rentrer chez elle cette nuit-là, qu'elle ne s'est pas défendue lors du viol ou qu'elle attendu près de 40 ans pour porter plainte.

En acquittant Gilbert Rozon le 15 décembre dernier, la juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec a souligné que le Tribunal ne peut pas priver monsieur Rozon du doute raisonnable sur la question de la crédibilité, et ce, même si sa version apparaît moins plausible que celle de [la plaignante].

Depuis 1980, Annick Charette affirme vivre avec une cicatrice à l'intérieur d'elle-même. Elle réclame 1 million de dollars en dommages-intérêts punitifs et 300 000 $ en dommages-intérêts compensatoires.

Trois autres femmes poursuivent Rozon

Portrait de Patricia Tulasne

La comédienne montréalaise Patricia Tulasne affirme avoir été agressée sexuellement par le producteur Gilbert Rozon en 1994, après une soirée dans un restaurant de la métropole en sa compagnie.

Photo : Radio-Canada

En 2017, dans la foulée du mouvement de dénonciations #MoiAussi, une dizaine de femmes ont porté plainte contre Gilbert Rozon au Service de police de la Ville de Montréal. Seule la plainte d'Annick Charette a mené à des accusations criminelles.

En avril et mai, trois femmes, dont les plaintes n'ont pas été retenues, ont intenté des poursuites civiles contre l'homme d'affaires. La comédienne Patricia Tulasne le poursuit pour 1,6 million de dollars. La réalisatrice Lyne Charlebois réclame 1,7 million de dollars et l'artiste Danie Frenette, 2,2 millions de dollars.

Toutes les femmes sont représentées par le cabinet d’avocats Trudel, Johnston & Lespérance et leurs poursuites contiennent plusieurs allégations similaires. Dans les derniers mois, Gilbert Rozon, 66 ans, a refusé de commenter les dossiers.

Tel que je l'ai déjà indiqué, je ne ferai aucun commentaire sur les poursuites déposées. Mes avocats ont le mandat de prendre les mesures appropriées pour assurer ma défense, a-t-il déclaré par écrit.

Les Courageuses, un collectif d'une vingtaine de femmes qui affirment avoir été agressées sexuellement par Gilbert Rozon entre 1982 et 2016, ont voulu intenter un recours collectif contre celui qu'elles qualifient de prédateur.

L'an dernier, la Cour d'appel du Québec a bloqué leur recours, car elle estimait qu'il n'était pas le véhicule procédural approprié. La Cour suprême a ensuite refusé d'entendre l'appel des Courageuses. Celles-ci reprochaient à Gilbert Rozon d'avoir utilisé sa position de pouvoir et d'influence pour piéger plusieurs victimes.

En 1998, il avait obtenu une absolution inconditionnelle après avoir plaidé coupable à une accusation d'agression sexuelle lors d'une réception au Manoir Rouville-Campbell, à Mont-Saint-Hilaire.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.