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La musique et la danse sont des outils de propagande politique dans plusieurs pays

Des Ontariens racontent comment la musique et la danse ont servi la propagande politique dans leur pays d’origine.

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De gauche vers la droite, les anciens présidents Mobutu Sese Seko du Congo, Gnassingbé Eyadema du Togo et Nicolas Ceausescu de la Roumanie.

Photo : Getty Images

La musique accompagne nos moments de joie ou de tristesse. Dans certaines sociétés, elle joue aussi un rôle politique pour mobiliser, voire répandre des idéologies et devenir le vecteur d’un discours qui la dépasse.

La Roumanie, le pays d’origine de Gabriela Covaci de Burlington, a connu plus de deux décennies de propagande politique.

« Toute ma vie d'adolescente, j’ai connu ça [ la propagande politique ], car nous n’avions pas d'autre choix que de chanter et danser en l’honneur du dictateur.  »

— Une citation de  Gabriela Covaci
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Gabriela Covaci espère que la Roumanie ne connaîtra plus de propagande politique.

Photo : Fournie par Gabriela Covaci

Gabriela Covaci a quitté la Roumanie à l’âge de 14 ans après la chute du dictateur Nicolas Ceausescu. Elle raconte qu’à l'époque du régime de Ceausescu, il était interdit aux Roumains de jouer d’autres musiques que celles qui glorifiaient le pouvoir. À l'époque communiste, toutes les chansons et danses vénéraient Nicolas Ceausescu. Aussi, aucune musique internationale n'était autorisée dans le pays.

L’Ontarienne affirme que la télévision nationale roumaine diffusait tous les jours jusqu’à trois heures de musique de propagande politique.

Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure de musicologie à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en musique et politique, indique qu'il est très facile d’adjoindre un discours politique à la musique, et par conséquent de l'utiliser comme outil de propagande.

La musique est plus appropriée pour faire passer un discours politique. Comme elle n'a pas nécessairement des textes qui lui sont rattachés, on peut lui faire dire un tas de choses , explique-t-elle.

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Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure agrégée à la Faculté de musique de l'Université de Montréal.

Photo : Fournie par Marie-Hélène Benoit-Otis

D'après la professeure, les experts distinguent deux cas de figure selon lesquels la musique a pu servir un discours politique. Le premier groupe est celui dans lequel la musique est créée spécialement à des fins de propagande politique.

On peut penser par exemple aux interminables chansons chorégraphiques qui étaient diffusées à la télévision du Zaïre (l’actuelle République démocratique du Congo) pendant la présidence de Mobutu Sese Seko, ce sont des chansons qui étaient là vraiment pour chanter les louanges du régime, dit-elle.

Comme nombre de ses compatriotes, Hubert Shimba, Torontois d’origine congolaise, a dansé et chanté à la gloire du président Mobutu à l'époque du parti unique.

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D'après Hubert Shimba, les animateurs et animatrices étaient habillés aux couleurs du pays ou portaient des habits à l'effigie du dictateur.

Photo : Fournie par Hubert Shimba

« On chantait les bienfaits du chef, sa beauté et son honneur. Chaque matin, il y avait une plage horaire après l’hymne national qui était destinée à ces séances de danse et de chant. »

— Une citation de  Hubert Shimba

Hubert Shimba raconte qu’aucune couche sociale zaïroise n’était épargnée de l’animation populaire par la musique et la danse. Tout le monde dansait et chantait pour le grand timonier et grand guide de la nation : gouverneurs de province, professeurs d’université, employés des usines, élèves... , commente-t-il.

Selon Hubert Shimba, certaines chansons à la gloire du dictateur ont connu beaucoup de succès. Un chant comme Djalelo (Nouvelle fenêtre) a failli même supplanter l’hymne national. C’était devenu très populaire, un chant aimé par le chef et qui était entonné à toutes les occasions, c'était spectaculaire, se souvient-il.

D’autres pays africains, dont la Centrafrique et le Togo, avaient aussi adopté le type de propagande politique par la musique, le chant et la danse que Hubert Shimba qualifie de systèmes de vénération politique du guide.

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Max Zoumari regrette que les Togolais aient considéré leur ancien président comme un être suprême.

Photo : Fournie par Max Zoumari

Au Togo, l'ancien président Gnassingbé Eyadema, un proche de Mobutu, obligeait sa population à l’accueillir par des chants et danses chaque fois qu’il rentrait d’un voyage. Le Torontois Max Zoumari dit l’avoir vécu depuis l’école primaire.

Tous les élèves, les professeurs, les enseignants et l'administration se mettaient au bord de la route pour chanter, danser et applaudir le cortège présidentiel à son départ comme à son retour d’un voyage , dit Max Zoumari, qui ajoute qu’ils dansaient et chantaient aussi pour la louange des autorités provinciales.

Comme dans l’ex-Zaïre et en Roumanie, ceux qui refusaient de chanter ou de danser pour le président togolais étaient sanctionnés, selon Max Zoumari.

La professeure Marie-Hélène Benoit-Otis précise que tous les régimes autoritaires du 20e siècle, dont les fascistes, les franquistes et la Russie Soviétique, se sont servis de la musique pour leur propagande politique. Les nazis par exemple ont mis en valeur les grands compositeurs allemands Mozart, Beethoven et Wagner alors que les fascistes italiens ont mis en valeur un compositeur comme Verdi et Puccini , cite-t-elle.

La scientifique fait observer qu’une musique de propagande peut porter un discours radicalement opposé dans un autre contexte, comme dans le cas de la Neuvième symphonie de Beethoven.

Ça été utilisé en 1937 pour fêter l’anniversaire d’Adolphe Hitler dans un contexte complètement nazi, et quelques décennies plus tard, ça été récupéré pour célébrer la réunification allemande, explique madame Benoit-Otis.

Toujours présente dans le contexte électoral

Avec la suppression des modèles de partis uniques, la propagande politique par la musique n’est plus pratiquée dans la plupart des pays où elle fut institutionnalisée. Cependant, la musique est toujours utilisée pour propager des messages électoraux. Cette pratique est même une tradition de longue date aux États-Unis d’Amérique, au Canada et même dans certains pays africains.

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