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Réconciliation avec les Autochtones : « prendre conscience de ses choix » comme citoyen

Un Autochtone tient une canne traditionnelle lors du dépôt du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation.

Un participant lors du dépôt du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Comment établir une meilleure relation avec les communautés autochtones dans l'esprit de la réconciliation? Certains Canadiens y réfléchissent, mais sont freinés dans leurs démarches par la crainte de faire de faux pas, déplorent des intervenants autochtones qui encouragent au quotidien chaque personne à faire sa part par divers moyens.

Le Métis Christian Pilon parcourt le Canada depuis plusieurs années pour faire découvrir son héritage culturel autochtone.

Il déplore que malgré toute l’information qui est sortie, il y [ait] des gens qui ne connaissent toujours pas [l’]histoire des [peuples autochtones], la vérité ou juste possiblement un brin de vérité.

Il y a bien des gens qui ne connaissent pas nos noms originaux, ne savent pas comment séparer Premières Nations, Métis et Inuit, ils pensent que c’est la même chose et ce ne l’est pas même si on est tous Autochtones, relate-t-il.

Et cette ignorance ne s’explique pas toujours par un manque d’intérêt, selon le conférencier, qui remet en cause des stéréotypes extrêmement négatifs véhiculés par certains médias.

C’est toujours le côté négatif, c’est très rarement le côté positif, et c’est ça la perception qu’ont les gens qui fait en sorte qu’ils ont encore plus peur de nous, ils ont tellement peur de dire les mauvaises choses, de poser les mauvaises questions, explique M. Pilon.

La première des choses que je leur dis, c’est "n’ayez pas peur, [...], si on doit avoir une vraie discussion, il ne faut pas avoir peur, il faut qu’on soit prêt à savoir qu’on va faire des fautes et c’est correct".

Une citation de :Christian Pilon, conférencier métis

Ces fausses représentations mettent à mal la réconciliation, regrette-t-il.

Christian Pilon est dans un canot sur un lac

Christian Pilon, originaire du Grand Sudbury, est conférencier métis.

Photo : Kathy Lapointe

En 2015, la Commission de vérité et réconciliation a émis 94 appels à l’action (Nouvelle fenêtre) qui s’adressent largement aux gouvernements et institutions.

Leur mise en place requiert donc des changements systémiques, reconnaît Christian Pilon, qui rappelle tout de même qu’il y a bien des choses accessibles par lesquelles quiconque peut fournir sa part d'efforts.

Prendre conscience de la façon dont tu penses et tu parles, l’utilisation de tes mots puis l’importance du respect. Quand quelqu’un parle négativement à propos des Autochtones [...], prendre et dire "non je n’accepte plus ça. Ce n’est pas agréable, ce n’est pas acceptable". Parle, dis de quoi même si ça te fait peur, indique M. Pilon.

Il ajoute que les citoyens devraient s’efforcer de soigner leur relation avec la nature, extrêmement importante pour les Autochtones.

Si t’es capable de te respecter, de respecter la nature et de toujours faire une prise de conscience de tes choix. T’as le libre arbitre, mais cette conscience-là [...] autant au niveau environnemental et relationnel, ça c’est accessible, facile et atteignable pour monsieur et madame Tout-le-Monde.

Une citation de :Christian Pilon, conférencier métis

Dans le cadre de ses activités, Richard Meilleur, aîné au Centre d'éducation autochtone Louis-Riel du Collège Boréal de Sudbury, dit aussi parfois rencontrer des personnes qui disent vouloir tisser des liens avec des membres de communautés autochtones, mais qui ne savent pas comment s’y prendre.

À mesure que le monde dit ça, je les amène avec moi dans une réserve, je leur dis "n’ayez pas peur de leur parler, parce qu’à chaque fois que quelqu’un pose une question, on leur répond la vérité et on ne les empêche pas de parler avec nous", fait-il savoir.

Il recommande la participation aux activités culturelles comme les pow-wow, les cercles autochtones ou les rendez-vous de Métis, tout en reconnaissant que le virage virtuel qu’ont adopté ces événements en raison de la pandémie complique les rencontres.

Le problème... c’est le manque d’éducation

Lee Anne Adams, une jeune Anichinabée de Sudbury, a choisi d’effectuer son travail de sensibilisation au sein du mouvement Black Lives Matter (BLM) de Sudbury.

Elle estime que les luttes des communautés noires ont beaucoup [...] en commun avec celles des communautés autochtones et croit donc qu'il faut travailler ensemble pour établir des solutions.

Lee Anne Adams sourit face à la caméra.

Lee Anne Adams porte la voix des Premières Nations au sein du mouvement Black Lives Matter de Sudbury.

Photo : Lee Anne Adams

Mais le problème le plus pertinent, c’est le manque d’éducation, a-t-elle rapidement conclu après s’être rendu compte que la moitié des gens avec qui elle travaillait ne savaient même pas ce qu’étaient les pensionnats autochtones et ne pouvaient pas nommer plus de deux Premières Nations.

Si nous enseignons aux gens les pensionnats autochtones de la même façon que nous enseignons l’Holocauste, nous pourrions éviter l’ignorance et le manque de sensibilité culturelle, souligne Lee Anne Adams.

Au lieu de demander comment on peut aider les Autochtones, il faut que nous demandions de quoi vous avez besoin pour qu’on puisse vous aider? Et pour aider, les petites choses aident beaucoup, comme s’exposer aux cultures autochtones, aller dans les musées, lire des livres et des journaux, regarder des spectacles et des films autochtones, ça fait partie du travail qu’on fait à BLM.

Une citation de :Lee Anne Adams, consultante autochtone à Black Lives Matter Sudbury

Pour sa part, Christian Pilon indique qu’en raison notamment de la grande médiatisation récente de la découverte des restes de 215 enfants enterrés sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Colombie-Britannique, bien des gens commencent à s’informer et à s’éduquer.

Mais il choisit de leur lancer un défi. Nous autres, on pense toujours à sept générations plus tard. Dans 50 ans, il y a des gens qui vont être assis exactement là où vous êtes et qui vont vous regarder et vous juger.

Une fois que vous avez eu toute cette information-là, vous avez fait quoi avec ça? Comment est-ce que vous avez changé, amélioré votre relation avec la terre et les peuples sur la terre? Ça, ça commence à la maison, dans notre quartier, notre école, et cetera...on a tous du travail à faire.

Les Canadiens et la protection des langues autochtones

La Commission de vérité et réconciliation appelait aussi les gouvernements à mettre en place des mesures pour enseigner l’histoire des peuples autochtones dans les écoles et assurer la vitalité des langues autochtones.

Le rythme auquel avancent les efforts pour protéger ces dernières déçoit l’artiste et activiste anichinabé William Morin, qui était jusqu’à tout récemment professeur d’études autochtones à l’Université de Sudbury.

William Morin regarde la caméra.

Le professeur William Morin estime que l'éducation autochtone pour les personnes autochtones permettrait d'affirmer leur souveraineté.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Il insiste sur le fait que la balle ne se trouve pas dans le camp des communautés autochtones, car il faut, à son avis, un effort concerté de tous les Canadiens de reconnaître les territoires ancestraux sur lesquels ils vivent, les langues de ces territoires parlent pour éviter leur extinction.

[Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation] était un éveil pour tout le monde, mais il comprenait 94 appels à l’action pour les Canadiens et seuls les peuples autochtones font le travail nécessaire.

Une citation de :William Morin, artiste et activiste anichinabé

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a nommé un tout premier commissaire aux langues autochtones du Canada dont le rôle sera de soutenir les peuples autochtones dans leurs efforts visant à se réapproprier, à revitaliser, à maintenir et à renforcer leurs langues.

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