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Rimouski n’a pas 325 ans

Il y a 30 ans, des archéologues découvraient à Rimouski le plus ancien site autochtone du Québec, à l'époque.

Des objets en pierre taillés déposés sur une table.

Quelques artéfacts retrouvés à Rimouski en 1991, qui datent de 9000 ans. Ceux-ci n'ont jamais été exposés dans la région depuis leur découverte. Ils sont toujours sous la garde de l'Université de Montréal, mais seront bientôt transférés à la réserve du gouvernement du Québec, à Québec.

Photo : Radio-Canada

Des humains fréquentaient Rimouski bien avant l'arrivée de René Lepage et de Marie-Madeleine Gagnon en 1696. Personne ne tombera en bas de sa chaise en lisant ceci. Ce qui est un peu plus surprenant, c'est que l'on a retrouvé des traces qui font remonter à 9000 ans l'occupation du territoire, une histoire qui avait fait grand bruit en 1991, mais qui a été vite oubliée.

Il y a 9000 ans, l'Inlandsis laurentidien, une énorme calotte glaciaire, venait de se retirer de la rive sud du Saint-Laurent. Le massif gaspésien formait encore à l'époque un immense glacier inhospitalier.

Les artéfacts retrouvés à Rimouski en 1991 témoignent donc du début du peuplement dans la région.

Le site archéologique DcEd-1, de son petit nom, fait partie d'un riche ensemble de sites qui s'étirent jusqu'à Forillon. Rimouski devait constituer la limite ouest de la zone de peuplement de ces autochtones de cultures Plano.

Un terrain bordant une bretelle d'accès à l'autoroute 20.

Voici une partie du terrain des fouilles de 1991. Des milliers d'automobilistes passent à côté sans se douter qu'ils frôlent un site archéologique important.

Photo : Radio-Canada

Aujourd'hui, le promeneur qui s'aventure, probablement par hasard, sur le terrain des fouilles ne verra, au sud, qu'une bretelle d'accès de l'autoroute et au nord, une vue en plongée sur la ville.

Ce promontoire naturel qui a hébergé un campement d'autochtones se préparant pour l'hiver, 7000 ans avant notre ère, n'a fait l'objet d'aucune mise en valeur. 

UNe carte de la ville de Rimouski

En rouge, le site archéologique qui a dévoilé des traces de la présence humaine vieilles de 9 000 ans. Aujourd'hui, il se situe tout juste à la limite du périmètre urbain de Rimouski, tout juste en bordure de l'autoroute 20.

Photo : Radio-Canada

La découverte tient du hasard, celui du tracé de l'autoroute 20 entre Rimouski et Le Bic. Sans les fouilles archéologiques préalables le long du tracé, un pan important de l'histoire rimouskoise serait encore enfoui dans le sol.

Un homme et son tamis.

Les fouilles de 1991. La bretelle de l'autoroute se trouve aujourd'hui en arrière-plan.

Photo : Radio-Canada

Des artéfacts ignorés

Nous avons retrouvé celui qui était responsable des fouilles il y a trente ans.

L'archéologue Claude Chapdelaine, professeur émérite au département d'anthropologie de l'Université de Montréal, avait en sa possession, chez lui, les objets les plus intéressants retrouvés à Rimouski.

Ceux-ci avaient été prêtés au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke pour une exposition qui vient de prendre fin et l'archéologue attendait la fin des mesures sanitaires pour aller les porter avec les autres dans un laboratoire de l'université.

Des objets en pierre taillés par des amérindiens il y a 9 000 ans.

Quelques artéfacts retrouvés à Rimouski en 1991.

Photo : Radio-Canada

Si ces artéfacts ont été exposés en Estrie, et ailleurs, jamais personne n'a tenté de les rapatrier en sol rimouskois pour les exposer. Là, c'est le temps, lancez un appel, s'exclame le scientifique, mi-blagueur, mi-sérieux, sachant très bien que Rimouski souligne ses 325 ans d'occupation européenne cette année.

« Dans notre histoire, les Autochtones ont toujours été les acteurs de soutien, ceux qui sont dans le fond, en arrière plan, mais toujours dans le prisme de Jacques Cartier et Samuel de Champlain. »

— Une citation de  Claude Chapdelaine, professeur émérite, département d'anthropologie de l'Université de Montréal

Certains croient que ces Autochtones sont les ancêtres des Micmacs qui habitent la Gaspésie aujourd'hui, bien qu'il n'existe aucune preuve scientifique.

Rimouski serait d'ailleurs un mot micmac. Nous, dans nos revendications territoriales, ça va chercher Rimouski, souligne le chef de la communauté de Gespeg, Terry Shaw.

Il exprime lui aussi le souhait que Rimouski mette en valeur cet élément de son histoire.

Aujourd'hui, oui, c'est primordial d'avoir une reconnaissance, de l'importance, parce que c'est notre histoire et [...] si on parle de réconciliation et tout, c'est le moment où on devrait faire sortir la vérité sur la présence des autochtones. On a une belle opportunité pour travailler ensemble et bâtir de belles relations, poursuit le chef.

Un chantier archéologique unique

Ce fut un exploit de pouvoir fouiller sur ce site-là. S'il n'y avait pas eu la loi qui protégeait les biens culturels et si elle n'avait pas été appliquée par un ministère aussi gros que le ministère des Transports, qui devait gérer 1000 projets à l'été 91, on n'aurait rien à regarder aujourd'hui, rappelle Claude Chapdelaine.

Un homme en entrevue pendant des fouilles archéologiques.

L'archéologue Claude Chapdelaine en 1991 sur le site des fouilles, à Rimouski, interrogé par la journaliste Marie Cloutier de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Déjà, à l'époque, les grands travaux devaient être précédés de fouilles archéologiques. Des fouilles préliminaires au lieu projeté de l'échangeur 606, à l'ouest du boulevard Arthur-Buies, avaient permis de trouver quelques objets, des éclats pas très significatifs, dispersés ici et là.

L'un des deux archéologues du ministère, poussé par un pressentiment quasi providentiel, s'est dit qu'il faudrait peut-être s'attarder un peu plus longtemps sur ce promontoire naturel offrant une vue unique des kilomètres à la ronde.

Ça a pris une semaine avant de trouver la première pointe, se souvient Claude Chapdelaine, embauché pour diriger les fouilles malgré son horaire chargé qui aurait dû le retenir à Montréal.

Et tout de suite ça été conférence de presse, le ministère des Transports du Québec le voulait absolument, Radio-Canada est venue filmer, Découverte a fait un reportage et tu vois, tout cela, ça s'oublie aujourd'hui, dit l'archéologue.

Au terme de trois mois de fouilles, 163 outils ont pu être retirés du sol, dont une dizaine de pointes de projectile. Au total, ce sont 24 947 objets, la plupart des fragments, qui ont été déterrés.

Plus important encore, du charbon de bois, vestige d'un feu de cuisson. La découverte de ce rare élément organique a permis la datation au carbone-14.

Des amérindiens chassant le caribou dans une taïga.

Reconstitution du paysage rimouskois il y a 9000 ans. Cette illustration constitue la couverture d'un livre publié en collaboration avec le ministère des Transports du Québec en 1994.

Photo : Recherches amérindiennes au Québec / F.Girard/Vidéanthrop

Rimouski, terre du caribou

À l'époque, le site des fouilles n'était pas bordé par la mer de Goldhwait, comme le présageait pourtant Claude Chapdelaine.

Les travaux de Bernard Hétu de l'Université du Québec à Rimouski ont plutôt démontré que le littoral se trouvait à mi-chemin, environ à la hauteur de la 2e rue.

Le Saint-Laurent n'est qu'une vue panoramique et non pas une mer nourricière, dit Claude Chapdelaine. D'ailleurs, on ne sait même pas si ces groupes circulaient en canot, comme le firent leurs descendants, ajoute l'archéologue.

Ils étaient là pour intercepter le caribou, parce que le caribou [évoluait] dans un climat froid où la végétation était clairsemée, où il y avait plus d'ouvertures pour du lichen. Le troupeau devait traverser la rivière Rimouski qui était à proximité, donc le site devenait un endroit où on venait s'installer après avoir capturé le caribou nécessaire pour se préparer pour l'hiver.

Les objets retrouvés sur le site, ainsi que la présence de bois calciné, attestent la thèse du scientifique.

Un homme assis devant une bilbiothêque

L'archéologue Claude Chapdelaine a travaillé trois ans sur le site de Rimouski au début des années 90.

Photo : Radio-Canada

À savoir maintenant si ces Autochtones étaient les ancêtres des Micmacs, des Wolastoqiyik ou des Innus qui ont fréquenté ensuite le territoire, rien ne permet de le démontrer clairement.

Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'étaient des nomades qui avaient bien apprivoisé le littoral nord du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie et qu'ils s'approvisionnaient en matières lithiques [en pierre] dans la région de Sainte-Anne-des-Monts.

Il aurait fallu trouver des squelettes pour éventuellement retracer l'acide désoxyribonucléique de ces premiers occupants et comparer avec les Autochtones d'aujourd'hui. Mais des squelettes de plus de 7000 ans, on les compte sur les doigts de deux mains en Amérique, conclut Claude Chapdelaine.

On sait toutefois qu'il s'agit des premiers groupes d'humains ayant fréquenté le territoire et qu'aujourd'hui, rien ne rappelle leur présence à Rimouski.

La Société rimouskoise du patrimoine a tout de même réalisé, en 2018, un panneau d’interprétation sur la présence autochtone et sur les fouilles de M. Chapdelaine, dans le circuit Rivière des Circuits Rimouski.

Depuis 30 ans, d'autres sites plus anciens que celui de Rimouski, entre autres à Lac-Mégantic, ont été découverts par Claude Chapdelaine et son équipe.

Mais il y aurait encore beaucoup à trouver à Rimouski et au nord de la Gaspésie, croit le retraité qui n'en est pas vraiment un tant l'appel du terrain reste fort.

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