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Le meurtrier Paul Bernardo restera en prison

L'assassin de 56 ans demandait pour la seconde fois à être libéré depuis 2018.

Dessin de cour du meurtrier.

Paul Bernardo lors de sa comparution, le 22 juin 2021

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Jean-Philippe Nadeau

La Commission des libérations conditionnelles du Canada rejette la demande de libération conditionnelle du meurtrier Paul Bernardo.

Paul Bernardo aura plaidé sa cause en vain durant plus de deux heures devant la Commission des libérations conditionnelles, qui a refusé mardi après-midi de le relâcher à sa demande dans une maison de transition en Colombie-Britannique.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada rejette la requête du meurtrier Paul Bernardo.

D'entrée de jeu, il a répété que sa priorité consistait à contrôler et à gérer ses déviances sexuelles. Il a affirmé que des médicaments contre sa libido lui seraient en outre bénéfiques, à plus forte raison s'il obtenait une libération conditionnelle.

L'assassin n'aura toutefois pas convaincu les deux commissaires, qui auront pris moins d'une heure pour remettre leur décision. Leurs raisons seront rendues publiques dans environ deux semaines.

Paul Bernardo avait expliqué que son intention de neutraliser sa libido montre qu'il ne souhaite plus avoir des relations sexuelles avec des femmes ou de les exploiter à des fins sexuelles.

Je suis humble, je n'ai plus besoin de cette adoration de ma personne, a-t-il dit.

Le meurtrier a soutenu qu'il arrive aujourd'hui à se contrôler, même s'il n'a eu aucune intervention ni aucune aide au cours des deux dernières années en détention.

Ç'a toutefois provoqué beaucoup de détresse en moi et il m'arrive de pleurer, poursuit-il.

Prières en confinement

Paul Bernardo précise qu'il pense souvent à ses parents, qu'il prie et récite le rosaire tous les jours lorsqu'il est en proie à des pensées perverses. C'est une façon de contrôler mes pulsions, déclare-t-il.

Je parle à Dieu tous les jours dans un geste de contrition, poursuit-il.

Esquisse de l'artiste Pam Davies où on voit Paul Bernardo sur un écran télé.

Paul Bernardo lors d'une audience pour méfait au palais de justice de Napanee le 18 mai 2018.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le prisonnier admet qu'il est une bonne personne lorsqu'il arrive à se contrôler et qu'il n'a jamais rien fait d'inapproprié avec des agents correctionnels du sexe opposé de sa prison.

J'ai cessé d'afficher des déviances depuis deux ans et demi, souligne-t-il. Après avoir chassé des femmes toute ma vie et avoir commis tant d'horreurs, mon objectif consiste à maintenir un faible taux de récidive, a-t-il déclaré.

Paul Bernardo confie qu'il est heureux d'avoir été capturé, car la police l'effrayait à l'époque où il vivait à Scarborough, parce qu'il n'y avait pas [encore] d'alertes Amber.

Il explique d'ailleurs qu'il s'était installé à St. Catharines par peur d'être attrapé.

Autodiagnostic de dépression

Paul Bernardo affirme néanmoins qu'il est dépressif depuis la fin de sa relation avec une femme de l'extérieur.

Il ajoute qu'il souffre d'anxiété et de stress depuis de nombreuses années à cause du confinement auquel il est soumis en détention. Le confinement cellulaire est un châtiment cruel, explique-t-il.

Le prisonnier dit d'ailleurs regretter que la direction du pénitencier n'ait rien fait pour alléger ses conditions de vie carcérales.

Un dessin de cour de Paul Bernardo lors d'une comparution au début d'octobre.

Paul Bernardo lors de sa première comparution devant la Commission des libérations conditionnelles en octobre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Greg Banning

Le meurtrier est notamment revenu sur les déclarations des psychiatres lors du procès en 1995, en mettant en doute les preuves qui avaient été présentées à l'époque sur ses comportements sexuels, de son narcissisme et de son manque d'empathie.

Le commissaire Matt O'Brien relève le fait que le contrevenant n'accepte toujours pas les commentaires qu'on lui formule et qu'il est toujours en porte-à-faux avec les autres.

L'assassin s'en est par ailleurs pris à son ex-épouse Karla Homolka, en disant qu'elle avait menti aux autorités au sujet du rôle réel qu'elle a joué dans le meurtre de Leslie Mahaffy et Kristen French.

Avenir envisagé à Kelowna

Paul Bernardo ajoute qu'il aimerait quitter l'Ontario s'il devait être libéré pour aller vivre dans une maison de transition à Kelowna en Colombie-Britannique afin d'épargner les familles French et Mahaffy ainsi que ses victimes.

Il explique qu'il préférerait aller vivre dans un endroit où il est moins connu qu'en Ontario et qu'il ne veut pas créer de détresse parmi ses victimes et les familles de ses victimes. Il parle de sacrifice.

Une pelle mécanique qui détruit une petite maison

La maison de Paul Bernardo à St. Catharines, où il a violé et torturé deux adolescentes, avait été détruite et reconstruite par le nouveau propriétaire.

Photo : Radio-Canada

Il assure qu'il limiterait son cercle d'amis s'il était libéré et que son environnement ne comprendrait aucun ancien détenu, seulement des gens positifs et engagés dans leur communauté.

Le prisonnier affirme qu'il se voit en train de cueillir des fruits dans la vallée de l'Okanagan, mais il ne sait pas l'effet que cela produirait sur des médicaments contre sa libido.

Déclarations des familles

Les commissaires ont entendu les familles French et Mahaffy ainsi que l'une des victimes de viol de Bernardo. Tous les ont suppliés de laisser Bernardo en prison jusqu'à la fin de ses jours.

Donna French explique que personne ne peut comprendre la douleur de sa famille et que le temps ne cicatrise rien, contrairement à ce que dit l'adage.

Leslie Mahaffy et Kristen French.

Leslie Mahaffy et Kristen French ont été enlevées à 10 mois d’intervalle, en juin 1991 et en avril 1992, dans la région du Niagara.

Photo : Radio-Canada

Notre douleur est une peine à perpétuité que nous avons reçue, affirme-t-elle en décrivant la souffrance que sa famille n'arrive toujours pas à surmonter.

Donna French affirme que Bernardo présente toutes les caractéristiques d'un homme prêt à récidiver après 27 ans passés en détention. Elle rappelle qu'il a été inscrit au registre des dangereux contrevenants.

Un nuage noir nous hante toujours, poursuit-elle. Un psychopathe comme vous ne devrait jamais sortir de prison, ajoute-t-elle en s'adressant directement au prisonnier.

L'avocat des familles French et Mahaffy, Tim Danson, au micro.

L'avocat des familles French et Mahaffy, Tim Danson

Photo : La Presse canadienne / Lars Hagberg

C'est l'avocat des familles French et Mahaffy, Tim Danson, qui a lu la déclaration des parents de Leslie Mahaffy. Il explique que Bernardo est un sadique [qui] ne devrait jamais sortir de prison.

Me Danson rappelle que le prisonnier est incapable d'introspection, de ressentir des sentiments, de contrôler sa colère et ses pulsions sexuelles. Ne vous laissez pas manipuler par ce psychopathe, avertit-il.

L'avocat demande à la Commission de laisser Bernardo en détention jusqu'à sa mort, parce que la sécurité du public est en jeu et que la société ne demande rien de moins.

L'une des survivantes de viol de l'assassin a pour sa part affirmé qu'elle aimerait bien entendre Bernardo afficher ses remords qu'elle semble toutefois mettre en doute. Il a brisé mon âme en morceaux, dit-elle.

Réaction de la défense

L'avocat de Paul Bernardo, Fergus O'Connor, assure au contraire que son client a changé, qu'il a vieilli et qu'il a su garder une attitude positive. Il affirme que son client n'est pas un psychopathe et qu'il affiche le plus faible risque de récidive.

Malgré le fait qu'il est en quasi-confinement depuis 28 ans, il a suivi des programmes en détention, il est heureux d'avoir été arrêté, mais il ne peut donner une explication adéquate à ses crimes, dit-il aux commissaires.

L'avocat de Paul Bernardo, Fergus O'Connor.

L'avocat de Paul Bernardo, Fergus O'Connor

Photo : La Presse canadienne / Colin Perkel

Me O'Connor ajoute que l'assassin a admis la responsabilité de ses crimes, qu'il travaille très fort sur sa personne pour réintégrer éventuellement la société et qu'il s'est toujours bien comporté en détention.

L'agent de probation, qui est chargé du dossier du criminel, a de son côté affirmé que le plaidoyer de Bernardo ne l'avait pas convaincu. Son récit semble être presque dépourvu de véritables sentiments ou peu imprégné de toute valeur, a-t-il déclaré.

Il avait plus tôt déclaré que Bernardo n'avait pas effectué un seul programme de réhabilitation depuis la dernière audience de 2018, qu'il n'avait aucun plan défini de sortie dans l'éventualité de sa libération et que son risque de récidive n'avait pas changé en deux ans et demi.

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