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Doit-on craindre le variant Delta au Canada?

Des sphères tachetées.

Représentation du coronavirus SRAS-CoV-2

Photo : iStock / borchee

Au Royaume-Uni, le nombre de cas de COVID-19 explose de nouveau et le variant Delta (d’abord identifié en Inde) est en cause. Des experts en santé publique disent qu’on peut éviter une nouvelle vague, mais qu’il faut, pour ce faire, vacciner au plus vite les Canadiens avec une deuxième dose.

Le variant a pris son envol dans plusieurs pays. Il n’y a aucune raison de croire que ça ne pourrait pas arriver ici, ajoute le Dr Jesse Shapiro, professeur agrégé au Centre de génomique de McGill et l'un des auteurs d'une étude génomique sur l'origine de la COVID-19 au Québec.

On compte désormais plus de 10 000 nouveaux cas par jour au Royaume-Uni, alors qu’on avait atteint un plateau de 2000 cas quotidiens en avril et mai. Le variant Delta est désormais responsable de 99 % des nouveaux cas.

Pourtant, le pays a l’un des taux de vaccination les plus élevés :

  • 46 % de la population a reçu deux doses; 

  • 17 % a reçu une seule dose;

  • 37 % de la population n’a reçu aucune vaccination contre la COVID-19.

En comparaison, au Canada :

  • 18 % ont reçu deux doses;
  • 48 % de la population a reçu une dose;
  • 34 % de la population n’a reçu aucune vaccination contre la COVID-19.

Vendredi dernier, l’Agence de la santé publique du Canada indiquait que le nombre de cas confirmés de COVID-19 attribués au variant Delta avait bondi de 66 % au pays en une semaine.

Est-ce que le Canada risque de se retrouver dans la même situation que le Royaume-Uni?

Le Royaume-Uni, c'est un peu comme notre canari dans la mine, dit Benoît Masse, professeur de médecine sociale et préventive à l'​École de Santé publique de l'Université de Montréal. Il prévient qu’il ne faut pas se montrer complaisant à l'égard de ce variant – et des autres –, parce qu’il peut facilement nous prendre par surprise. C'est une question de temps à mon avis avant qu'un variant du type Delta [ou autre] nous frappe.

Le variant Delta en voie de remplacer le variant Alpha

Le variant Delta, d’abord détecté en Inde en octobre 2020 – et qui est responsable de l’immense vague dans ce pays au printemps – est maintenant présent dans plus de 80 pays.

Ce n’est que le 16 avril que le Royaume-Uni a confirmé ses premiers cas du variant Delta. En date du 18 juin, soit deux mois plus tard, 99 % des nouveaux cas sont liés à ce variant.

Aux États-Unis, la proportion de cas liés au variant Delta est passée de 6 % à 30 % en deux semaines. Près de 100 % des cas détectés en Russie et au Portugal sont désormais issus du variant Delta.

Au Canada, les premiers cas liés au variant ont été détectés à la fin d'avril.

Selon les données colligées par CBC, un peu plus de 2400 cas ont été directement associés à ce variant en date du 21 juin 2021. Le nombre de cas a doublé en l’espace de 10 jours.

Plus de 30 % des nouveaux cas en Ontario concernent le variant Delta. Selon des experts, ce variant pourrait devenir dominant d’ici la fin de juillet.

Ce variant est-il plus dangereux?

Ce variant est considéré comme un double mutant, parce qu'il est notamment porteur de deux mutations préoccupantes dans les zones clés de la protéine de spicule (protéine S ou spike en anglais) du virus SRAS-CoV-2. Une de ces mutations a été observée sur les variants sud-africain et brésilien; elle réduit l’efficacité des vaccins et augmente le risque de réinfection. La seconde mutation, qui augmente la transmission, a aussi été repérée en Californie.

Le variant Delta, et potentiellement les autres qui vont suivre, sont nettement plus contagieux et potentiellement plus virulents, dit Benoît Masse.

Une étude montre que le variant Delta est 6,8 fois plus infectieux que la souche originale du SRAS-CoV-2. Si c'était le variant Delta qui avait frappé le Québec en mars 2020, ça aurait été beaucoup plus catastrophique. Vraiment plus, précise M. Masse.

Selon les données britanniques, les hospitalisations sont également en hausse. On ne sait pas encore à quel point le variant est vraiment plus mortel. Est-ce [qu’il y a moins de décès] parce que ceux qui sont infectés sont des jeunes qui sont généralement plus en santé et vont s’en sortir plus facilement?, dit le Dr Shapiro. Toutefois, plus il y aura d’infections, plus le nombre d’hospitalisations et de décès risque d’augmenter.

Les symptômes sont-ils les mêmes?

Selon les premières données du Royaume-Uni, les maux de tête et de gorge ainsi que l’écoulement nasal sont les symptômes les plus couramment signalés dans le cas du variant Delta.

Mais les symptômes classiques de COVID-19 – soit la toux, la fièvre et la perte d’odorat – sont toujours présents. La perte d’odorat semble être un peu moins fréquente avec ce variant.

Il existe une longue liste de symptômes associés à la maladie :

  • frissons;

  • perte d'appétit;

  • maux de tête;

  • douleurs musculaires.

Les vaccins sont-ils efficaces?

Ce variant semble toucher davantage les personnes qui ont reçu une seule ou aucune dose du vaccin contre la COVID-19. Mais on recense aussi des cas de réinfection et des cas chez des personnes ayant reçu deux doses de vaccin.

La bonne nouvelle est que les vaccins semblent efficaces contre le variant Delta, surtout pour prévenir les cas sévères de la maladie. Par contre, une dose n’est pas suffisante.

Efficacité pour prévenir la maladie  (Nouvelle fenêtre)causée par le variant Delta :

  • Pfizer-BioNTech : 33 %, 88 % après deux doses;
  • AstraZeneca : 33 % après une dose; 60 % après deux doses.

Efficacité pour réduire les hospitalisations (Nouvelle fenêtre) causées par le variant Delta :

  • Pfizer-BioNTech : 94 % après une dose, 96 % après deux doses;
  • AstraZeneca : 71 % après une dose, 92 % après deux doses.

Puisque le variant Delta est beaucoup plus transmissible, des experts croient qu’il faudrait atteindre un taux de vaccination de 90 % pour venir à bout de ce variant.

Quel risque pour le Canada?

Les deux experts disent que le Canada doit continuer de vacciner le maximum de personnes possible avant que le variant ne devienne dominant au Canada.

Nous savons quelle est la solution [à ce variant]. Deux doses du vaccin sont très efficaces.

Une citation de :Jesse Shapiro, Université de McGill

Benoît Masse précise qu'il faudrait au variant plusieurs semaines avant de prendre le dessus au Canada, ce qui donne la chance de vacciner un maximum de personnes. Peut-être que nous allons avoir encore plus d'options en termes de vaccins à ce moment [et d'autres traitements efficaces pour les cas graves d'infections].

Il garde espoir que le Canada pourra éviter une vague causée par le variant Delta cet été, mais il ajoute qu’il y a encore beaucoup d'incertitudes pour cet automne. Si vous me demandez le meilleur moyen de générer une vague à l'automne de 2021 : déconfiner [presque] pleinement et ouvrir les frontières, dit-il, tout en ajoutant qu’il comprend qu’il est difficile du point de vue humanitaire de justifier un confinement partiel compte tenu de la bonne situation épidémiologique.

Il souligne que la situation est préoccupante dans plusieurs pays où de nouveaux variants sont en progression. En attendant de pouvoir vacciner tout le monde adéquatement, on doit faire très attention que le variant Delta et les autres qui vont suivre restent à l'extérieur du pays. C'est une décision très difficile, car il y a d'énormes pressions pour ouvrir les frontières.

Toutefois, puisque le nombre de cas est désormais très bas au Canada, les autorités doivent utiliser tous les outils à leur disposition pour réduire la propagation du variant.

Ce qu'on sait, c'est qu'une fois qu'on perd le contrôle, c'est excessivement difficile de reprendre le contrôle.

Une citation de :Benoît Masse, École de Santé publique de l'Université de Montréal

Il croit que le gouvernement devrait utiliser davantage les tests rapides (p. ex., tester tous les employés d’une entreprise une fois par semaine) pour détecter les cas asymptomatiques et prévenir une éclosion. De plus en plus de Canadiens ont reçu une dose du vaccin. Et s’ils sont infectés, leurs symptômes seront probablement plus légers et ils n’iront pas se faire tester, mais ils peuvent continuer de propager le virus, rappelle-t-il.

Le Dr Shapiro ajoute que l’analyse des eaux usées est une excellente méthode pour suivre la propagation du virus même si les gens ne vont pas se faire tester. Nous pouvons ainsi voir s’il y a une recrudescence et attraper les cas et les contacts, sans nécessairement tout fermer.

Selon lui, le Canada doit surveiller de près la situation au Royaume-Uni pour éviter une autre vague.

Nous sommes chanceux au Canada. Comme avec le variant Alpha [originaire du Royaume-Uni], nous avons un aperçu de ce qui peut arriver et ça permet de se préparer. Nous ne l’avons pas fait la dernière fois, mais nous pouvons, cette fois, prendre les précautions.

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