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Intervenant en soins spirituels : une deuxième carrière pour un prêtre

La pandémie a mis de l'avant plus que jamais le rôle de la science et de la médecine pour soigner les corps. Parmi ces professionnels se trouvent d'autres intervenants, beaucoup moins connus, qui se penchent pour leur part sur les blessures de l'âme. Réjean Blais présente trois portraits de ces intervenants, qui tentent de soulager les malades en offrant des soins spirituels.

un intervenant en soins spirituels dans le corridor d'un chsld.

Martin Proulx, intervenant en soins spirituels CHSLD d'Youville.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Le prêtre Martin Proulx rêvait de travailler au soutien aux malades. L'appel de cette deuxième vocation a été assez fort pour qu'il décide de retourner sur les bancs d'école au milieu de la quarantaine. Aujourd'hui, ce n'est plus dans le confessionnal qu'il recueille les confidences des croyants, mais plutôt dans un CHSLD.

Au pavillon D’Youville du CIUSSS de l’Estrie - CHUS, l’intervention en soins spirituels prend une autre dimension qu’en milieu hospitalier. Le CHSLD est un milieu de vie où le rythme effréné laisse place à plus de quiétude. L'endroit offre une ambiance propice au recueillement et aux confidences pour les patients âgés en moyenne de 85 ans, qui sont en grande majorité croyants et pratiquants.

Martin Proulx intervient auprès des aînés du centre d'hébergement depuis l'automne dernier. Il a obtenu cet emploi après avoir complété le microprogramme de deuxième cycle en soins spirituels à l’Université de Sherbrooke. Ils sont 4 religieux sur les 14 intervenants en soins spirituels à oeuvrer au sein du réseau de la santé de l’Estrie.

Un intervenant en soins spirituels discute avec un résident d'un CHSLD.

L'intervenant en soins spirituels reçoit les confidences d'un résident du CHSLD D'Youville.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Martin se présente d'abord à eux comme intervenant en soins spirituels, puisque c’est à ce titre qu’il a été engagé. Cependant, il peut, quand cela s’avère nécessaire, offrir des services religieux, comme l’onction des malades, l’eucharistie, ou encore présider des messes à la chapelle.

Les résidents arrivent avec leur bibliothèque intérieure. Les confidences sont par milliers, parce que les personnes âgées apportent leur bilan de vie, explique Martin. L'accompagnement leur permet de faire l'inventaire des beaux moments, comme des plus douloureux.

Vieillir, c’est faire des deuils

L'intervenant en soins spirituels accompagne des résidents comme Roland Beaudin, un homme de 83 ans qui a intégré le CHSLD il y a 15 mois. Ce dernier n’a pas eu le temps de se préparer à élire domicile au pavillon D'Youville, comme c’est le cas pour la majorité des bénéficiaires. Après avoir eu un problème de santé soudain, il a dû accepter de se faire amputer, s'il voulait survivre. J'ai pas pensé que je quittais ma maison pour aller vivre ailleurs. Je partais pour aller à l’hôpital avec l'intention d'y retourner dans une heure, mais je ne suis jamais retourné chez moi.

D'autres, comme Yvonne Delorme, y sont depuis une dizaine d’années. La doyenne du CHSLD a 111 ans, et ne sait pas si [elle en a] encore pour longtemps, pense toujours, de jour en jour, que ça va finir, mais ça continue.

J’ai jamais été malade, dit-elle avec fierté.

Pour elle, Dieu est au coeur de sa vie. Son besoin spirituel est dans les gestes religieux, ajoute Martin Proulx. Dans sa chambre, les préposés lui donnent son chapelet le matin. Elle a sa routine de prières.

une femme âgée assise dans un chaise roulante.

La spiritualité est un élément central dans la vie d'Yvonne Delorme, âgée de 111 ans.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Roland Beaudin est aussi croyant. La prière vient apaiser ses souffrances, même si de son propre aveu, il est moins pratiquant qu’avant.

C’est quand on a des problèmes qu’on pense au bon Dieu.

Une citation de :Roland Beaudin, résident du pavillon D'Youville

Des problèmes, il en a eu. L'adaptation a la vie en CHSLD a été une rude épreuve pour lui. Martin Proulx le constate également : Roland Beaudin a connu des changements majeurs dans sa vie, sa famille aussi. L'homme a fait face à des deuils importants. En plus de faire une croix sur sa vie à domicile, il a perdu son autonomie. C'est ma jambe coupée qui a changé ma vie. Je ne peux plus rien faire, déplore-t-il. Je ne suis même pas capable d'aller aux toilettes tout seul.

un homme assis dans une chaise roulante.

La spiritualité aide Roland Beaudin à traverser les épreuves de la vie.

Photo : Radio-Canada

Malgré tout, monsieur Beaudin se considère chanceux. Il a trois enfants qui viennent le voir régulièrement, au moins trois fois par semaine. Leur présence dans sa vie apparaît comme son plus grand réconfort. Les journées où les enfants viennent me voir sont de bonnes journées pour moi, précise-t-il.

Autrement, il cherche toujours un sens à l’existence. Je me demande des fois, quand je suis dans ma chambre, si la vie vaut la peine d’être vécue. Si [le choix de l'amputation] était à recommencer, je pense que je n'aurais pas le même raisonnement. Il faut le vivre pour le voir.

Accompagner la solitude

Les valeurs d'aider son prochain n'ont jamais quittées Martin Proulx, lui qui souhaite être une présence humaine pour les gens délaissés. Une réalité encore plus grande que ce qu'il avait imaginé. Je savais qu'il y avait de la solitude, mais peut-être pas à ce point-là, déplore-t-il.

L'intervenant en soins spirituels est souvent appelé à consoler dans les moments de tristesse, ou à accompagner lorsque la solitude pèse. En CHSLD, il y aussi tout l'enjeu de la santé neurocognitive. Même si le résident a perdu contact avec la réalité, une présence humaine réconfortante demeure pertinente et indiquée, croit Martin Proulx. Souvent, même dans les cas d’Alzheimer même très avancés, même s'il n'y a pas d'échanges, on sent qu’il y a une pacification.

On a besoin de l’autre même dans cet état. C’est une intervention spirituelle parce que ça fait du bien en dedans

Une citation de :Martin Proulx, intervenant en soins spirituels
Les soins spirituels à la vie, à la mort

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