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Rendre les résidences pour aînés plus ouvertes aux personnes âgées LGBTQ+

Les personnes âgées appartenant à la communauté LGBTQ+ sont quasi invisibles dans les milieux de vie pour aînés.

Un groupe de personnes âgées marchent dans un défilé de la Fierté à Amsterdam en 2016.

Une très grande majorité de personnes âgées LGBTQ+, à cause de la criminalisation de l'homosexualité il y a plusieurs décennies, préfèrent cacher leur orientation sexuelle par peur de représailles.

Photo : Getty Images / Cloud-Mine-Amsterdam

Une formation pour aider à comprendre les réalités des aînés appartenant au groupe des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, autres (LGBTQ+) sera offerte mardi à des organismes et des milieux de vie pour aînés de la région.

Environ 10 % de la population appartiendrait au groupe des LGBTQ+, selon la Fondation Émergence qui organise la formation Pour que vieillir soit gai. Cette proportion est tout aussi réelle chez les personnes âgées.

Or, les aînés LGBTQ+ vivent leur orientation sexuelle en grande majorité dans l’ombre par peur d’être discriminés. Certains retournent même dans le placard lorsqu’ils emménagent dans une résidence.

Il y a beaucoup d’études sur le sujet. Cette invisibilité a beaucoup de conséquences négatives sur [ces personnes] parce que ça les isole socialement, ça les expose davantage à la maltraitance, ça a un impact très négatif sur leur santé mentale. Je pense notamment à tout ce qui est dépression et idéation suicidaire, rapporte Julien Rougerie, chargé de programmes, Fondation Émergence qui donnera la formation.

De nombreuses recherches ont d’ailleurs relevé que les personnes aînées LGBTQ+ sont plus vulnérables, notamment en raison du manque de connaissances des intervenants dans la vie de ces personnes.

À la résidence Laliberté à Trois-Rivières, l’enjeu est abordé sans tabous. En 2014, la résidence privée pour aînés a adhéré à la Charte de bientraitance en faveur des personnes aînées homosexuelles et transsexuelles. La charte, dont l’adhésion est volontaire, a vu le jour en 2011 pour sensibiliser les intervenants des milieux de vie pour aînés aux réalités des membres âgés de la communauté LGBTQ+.

L’idée d’adhérer à la charte est venue après le décès d’un résident. Sa nécrologie mentionnait un amoureux que les employés de la résidence n’ont jamais rencontré. Ça a soulevé l’importance de faire en sorte que les résidents LGBTQ+ se sentent en sécurité.

Annie Blouin devant l'enseigne de la résidence.

Annie Blouin, directrice des soins à la Résidence Laliberté

Photo : Radio-Canada

On veut créer un climat qui est propice à l’ouverture si les gens ont envie de sortir du placard, de faire leur coming out, de savoir que c’est un endroit qui est sécuritaire pour le faire [...] s’ils décident de ne pas le faire, bien leur laisser ce choix-là et les respecter là-dedans, explique Annie Blouin, infirmière clinicienne et directrice des soins à la résidence Laliberté.

C’est quand même des personnes qui ont vécu au moment où l’homosexualité était criminalisée, où la religion avait quand même une grande emprise, rappelle-t-elle.

C’est sûr que c’est moins tentant de faire un coming out quand on pense qu’on peut aller en enfer.

Une citation de :Annie Blouin, directrice des soins, Résidence Laliberté

Sujet autrefois tabou et interdit, la réalité des LGBTQ+ est abordée avec plus d’aisance, mais demeure mal comprise dans certains contextes, comme c’est le cas dans les résidences pour personnes âgées.

La façade avant de la Résidence Laliberté.

La Résidence Laliberté sensibilise activement ses employés à la réalité des personnes aînées LGBTQ+ depuis qu'elle a adhéré à la Charte de bientraitance en faveur des personnes aînées homosexuelles et transsexuelles en 2014.

Photo : Radio-Canada

Il y a certes de la sensibilisation à faire auprès des résidents hétérosexuels, mais le personnel joue un rôle important dans le bien-être des aînés LGBTQ+.

Par exemple, au lieu de présumer qu’une femme a un conjoint ou qu’un homme a une conjointe, bien on dit : "Est-ce que vous partagez votre vie avec quelqu’un?" Ce sont de petites choses qui [montrent une ouverture] où la personne va se sentir davantage accueillie, illustre Annie Blouin.

La présence de personnel s’affichant comme étant LGBTQ+ offre bien souvent un grand soulagement aux aînés qui vivent dans le placard, témoigne-t-elle.

Au Centre-du-Québec, Simon Charest participera à la formation mardi. Le directeur général de la Résidence Provencher à Laurierville et de la Résidence Dublin à Inverness prévoit que les aînés LGBTQ+ seront de plus en plus visibles au fil du temps.

Simon Charest à l'écran.

Simon Charest, directeur général des résidences Provencher et Dublin, est d'avis que les mœurs vont évoluer en faveur des personnes âgées LGBTQ+ au fil des années, mais qu'il reste encore beaucoup de travail de sensibilisation à accomplir dans les milieux de vie pour aînés.

Photo : Radio-Canada

Je pense qu’à travers les années, on va en voir de plus en plus, parce que la communauté sort des grands centres pour s’en aller vivre en région, prédit-il.

Les résidences, juge-t-il, doivent davantage se préparer à cette réalité. Il y a des organismes comme la Fondation Émergence [...] qui donnent des formations pour les employés [des résidences]. Chez nous, on encourage à suivre ces formations, dit celui qui s’affiche ouvertement comme étant gai et qui se fait un devoir d’embaucher des employés sensibles à la réalité LGBTQ+.

D'après lui, ces formations sont une question de connaître les attentes des personnes âgées LGBTQ+ et de savoir ce qui les rassurerait avant qu’elles n’emménagent dans une résidence dite hétérosexuelle.

Plus d’action demandée des gouvernements

Simon Charest appelle les gouvernements à agir pour assurer des milieux sécuritaires aux personnes aînées LGBTQ+.

Dans le fond, c’est d’éliminer les étiquettes au maximum, quelle que soit la personne [...] puis qu’à travers les années, le CIUSSS et la haute direction encouragent ça, expose-t-il.

Dans son Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2017-2022, le gouvernement du Québec indique que la maltraitance vécue par les aînés LGBTQ+ fera l’objet d’une attention particulière. Il reconnaît du même coup que peu d’études documentent ce problème.

On peut notamment y lire que Québec veut sensibiliser et former les travailleurs de la santé, des services sociaux et des milieux de vie des personnes âgées aux réalités des aînés LGBTQ+.

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