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Intervenant en soins spirituels : donner un sens à la maladie

La pandémie a mis de l'avant plus que jamais le rôle de la science et de la médecine pour soigner les corps. Parmi ces professionnels se trouvent d'autres intervenants, beaucoup moins connus, qui se penchent pour leur part sur les blessures de l'âme. Réjean Blais présente trois portraits de ces intervenants, qui tentent de soulager les malades en offrant des soins spirituels.

un intervenant en soins spirituels dans un corridor du chus.

Stéphane Rivest est intervenant en soins spirituels au CHUS depuis 10 ans.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Ce matin, Stéphane Rivest est de garde au CHUS Fleurimont. Peu de temps après son arrivée, il reçoit un appel sur son téléavertisseur, indiquant que ses services sont requis au 7e étage pour un homme de 81 ans atteint d’un cancer. Ce dernier va passer de traitements curatifs à des soins palliatifs. Le médecin traitant a signé la requête, jugeant que le patient aura besoin d’un accompagnement dans cette nouvelle étape de la maladie.

Stéphane porte un sarrau blanc, mais il n'est pas médecin. Il est intervenant en soins spirituels. Son rôle : aider les malades à trouver un sens à ce qui leur arrive. En plus des requêtes des équipes soignantes, l’intervenant fait aussi la tournée des patients qui ont besoin d’un suivi.

En moyenne, dans une journée, un patient hospitalisé voit défiler dans sa chambre une quinzaine de professionnels différents. L’intervenant en soins spirituels doit se faufiler entre eux pour trouver le moment propice, et s’assurer que le malade a le niveau d’énergie nécessaire pour s’engager dans un échange.

Ils sont une quinzaine comme lui dans tout le réseau de l'Estrie à se rendre au chevet des malades dans les hôpitaux, les CHSLD, et depuis quelques mois, à domicile. Ils interviennent dans toutes les situations qui viennent chambouler le cours de la vie du patient et de sa famille : la maladie, la fin de vie et la mort.

Moi, comme intervenant, je n’accompagne pas la personne dans des enjeux psychologiques, mais dans ce qu’on appelle les enjeux existentiels, qui sont synonymes de spirituels. Dans le domaine de la santé, les deux termes sont souvent interchangeables.

Une citation de :Stéphane Rivest, intervenant spirituel
un intervenant en soins spirituels discute avec un patient.

Stéphane Rivest discute avec Steve, qui vient de se faire amputer la jambe.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Avant de répondre à la requête reçue plus tôt, Stéphane s'arrête au 4e étage. Il consulte le dossier d'un patient, Steve Dubuc, qui vient de se faire amputer la jambe. En lisant les notes médicales, il voit que ce dernier est diabétique et souffre de problèmes rénaux. Il est âgé d'à peine 50 ans et l'amputation s'avère un bouleversement majeur dans la vie du patient, qui avait une vie active il n'y a pas si longtemps. Il est en arrêt de travail depuis 2 ans à cause de la maladie, mais a toujours son lien d’emploi avec IBM, à Bromont, où il a été embauché il y a 27 ans.

La première préoccupation de Stéphane est de voir comment Steve vit ce deuil et comment il arrive à s’adapter à sa nouvelle réalité. Dès les premiers instants, il constate qu'il est déjà bien engagé dans ce changement de vie.

Je veux pouvoir rester un modèle pour ma famille, mes filleuls, lui confie Steve. Je n’ai pas d’enfant. Pour moi, c’est important de leur apprendre les bons côtés de la vie. Même si c’est une épreuve difficile de perdre une jambe. On s’accroche. Il y a d’autres choses de bien.

Vous n'avez besoin de rien dire, le rassure Stéphane. Juste par votre attitude, dans votre désir d’aller de l'avant malgré cette épreuve-là, vous devenez pour eux un modèle. Quand ils auront des épreuves dans leur vie, peut-être qu’ils vont penser à vous et qu'ils vont dire : "Mon oncle n’a pas lâché".

Dans les différentes étapes du deuil, Steve semble rendu à celle de l’acceptation. Mais pas totalement, précise-t-il. Il doit s’habituer au fait qu’il ne sera plus le même en société, et que la perception des autres à son égard changera. Il aime d'ailleurs que les visites soient limitées, en raison de la COVID, ce qui lui permet d'être à l’écart, pour un moment.

Elle vient d’où, cette force de vous adapter? lui demande l’intervenant en soins spirituels.

Vous pourriez aussi être plus dans la colère, ajoute-t-il. Être plus dans : "Pourquoi ça m’arrive? C’est injuste. Je ne mérite pas ça". Pourquoi n’êtes-vous pas dans ce discours-là?

Je ne me dis pas que c’est injuste parce que c’est un petit peu moi qui ai créé [cette situation], répond Steve. J’ai le diabète depuis plusieurs années. J’ai coupé certaines choses, mais je n’ai pas toujours suivi les règles à la lettre.

Une expertise encore méconnue

Le travail de l’intervenant en soins spirituels est relativement nouveau, donc méconnu. Avant, c'était le prêtre qui se chargeait d'aborder avec les patients les questions plus immatérielles. La pratique s'est élargie à toutes les formes de spiritualité, et s’est professionnalisée graduellement. Elle a un statut officiel depuis une dizaine d’années, et fait partie intégrante de la gamme de soins offerte aux malades. Il faut même avoir réalisé des études universitaires pour obtenir un poste. D'ailleurs, l'Université de Sherbrooke offre un microprogramme de deuxième cycle, qui a formé une quinzaine de professionnels depuis deux ans.

Stéphane Rivest, qui est chargé de cours au Centre d'études du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke et professeur associé à la Faculté de médecine, précise que cette démarche s’appuie par ailleurs sur quelques dizaines d’années de recherche scientifique, surtout venant des États-Unis, où on désigne cette approche par spiritual care.

Moi, dans la formation que je donne aux futurs intervenants en soins spirituels, je leur dis : "Vos propres croyances, vous devez les laisser dans votre sac à dos. Ça ne doit pas s’interposer entre vous et le patient. Votre rôle c’est d’accompagner le patient dans ses croyances à lui."

Stéphane Rivest précise qu'il y a tout un élargissement de la conception de la santé et de la maladie basée sur la science, qui justifie qu’on ne peut plus avoir une approche simplement biomédicale. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que la santé, c’est aussi la dimension spirituelle.

Des études démontrent que le fait de répondre aux besoins spirituels des patients augmente la qualité de vie, diminue l’anxiété et permet de favoriser un décès plus serein, parce que les gens auront cheminé.

Une citation de :Stéphane Rivest, intervenant spirituel
un intervenant en soins spirituels écoute son patient.

Stéphane Rivest écoute les confidences d'un de ses patients.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Si le patient a besoin d’un pasteur, d’un imam ou d’un rabbin parce qu’il est d’une confession religieuse, il lui sera référé. Si j’ai un patient athée qui va mourir, évidemment, je ne ferai pas référence à ce qui suit la mort. Je vais mettre plus l'emphase sur le fait que sa vie a été bien remplie, et sur ce qu’il laisse en héritage. On va plus souligner son histoire de vie. Donc, on adapte notre perspective.

Que les gens soient croyants ou non, ça ne change rien pour nous.

Une citation de :Stéphane Rivest, intervenant spirituel

Tourner son regard vers l'avenir

Justement, à aucun moment des questions religieuses n’ont été abordées avec Steve Dubuc. La mission de l’intervenant en soins spirituels est centrée sur ses besoins. Il s’agit, ici, de parler de sens, d’acceptation et d’autonomie.

Steve a déjà commencé de la physiothérapie afin de renforcer son autre jambe, pour éventuellement porter une prothèse, si cela s’avère possible. Sinon, il gardera le fauteuil roulant pour se déplacer.

un patient discute avec un intervenant en soins spirituels.

Steve doit revoir plusieurs aspects de sa vie après l'amputation qu'il a subie.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Son état général s’améliore. Ses reins semblent aller de mieux en mieux, puisqu’il a cessé la dialyse. Malgré cette difficile épreuve, son objectif est de retourner au travail. Il s'ennuie des collègues et de l’environnement de travail et souhaite même reprendre son emploi un jour, même si c'est en fauteuil roulant. Ce n’est pas un obstacle pour moi, c’est plutôt un nouveau défi, affirme-t-il.

Ce qu’on veut, c’est refléter les forces, nourrir l’espoir et être encourageant.

Une citation de :Stéphane Rivest, intervenant spirituel
Les soins spirituels à la vie, à la mort

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