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Exécuté à tort? Un documentaire pour influencer Joe Biden sur la peine de mort

Photos d'identification judiciaire d'un jeune homme.

Carlos DeLuna avait 20 ans lorsqu'il a été arrêté pour le meurtre de Wanda Lopez, en 1983. Il a été exécuté en 1989.

Photo : Capture d'écran YouTube / Greenwich Entertainment

Agence France-Presse

Le réalisateur Patrick Forbes espère que son documentaire The Phantom (Le fantôme) sera l'étincelle qui fera bouger le président américain Joe Biden sur la peine de mort grâce à son message « très clair : un innocent a été exécuté ».

Le film, qui sortira en salle le 2 juillet aux États-Unis, retrace le meurtre de Wanda Lopez, poignardée un soir de 1983 dans une station-service de Corpus Christi, au Texas, où elle travaillait comme caissière.

Juste avant de mourir, la jeune femme appelle la police pour signaler la présence d'un homme suspect. Le documentaire, une reconstitution minutieuse et glaçante des événements, s'ouvre sur l'enregistrement de ses derniers mots : Tu les veux? Prends-les, je te les donne. Je ne vais rien te faire, s'il te plaît!

Arrivée trop tard pour la sauver, la police se lance à la poursuite du coupable, que des témoins ont vu fuir à pied. Quarante minutes plus tard, les autorités arrêtent Carlos DeLuna, un homme de 20 ans au casier déjà lourd, qui se cache sous une voiture.

Convaincue de tenir le meurtrier, l’équipe d’enquête ne cherche pas plus loin, même si le prévenu clame son innocence et ne présente aucune tache de sang.

Lors de son procès, Carlos DeLuna explique avoir fui par peur d'être mis en cause et assure connaître le coupable : un certain Carlos Hernandez, qu'il dit avoir connu en prison.

Mais lorsqu'on lui présente des photos de plusieurs hommes portant ce nom, il n'est pas en mesure de l'identifier. Et des mensonges à la barre fragilisent sa crédibilité. Le procureur conclut que ce Carlos Hernandez est le fruit de son imagination, un fantôme, et il est condamné à mort.

Après le rejet de tous ses recours, il est exécuté en 1989.

Erreur sur la personne

À partir de là, la vérité a lentement commencé à jaillir, raconte à l'Agence France-Presse le Britannique Patrick Forbes, qui a notamment réalisé Wikileaks : secrets et mensonges (2011).

En 2004, le professeur de droit James Liebman de l'Université Columbia, lance une contre-enquête avec l'aide de ses étudiants et étudiantes et d'un détective privé.

Ils découvrent que Carlos Hernandez a bel et bien existé. Mort en prison en 1999, alors qu'il purgeait une peine pour avoir agressé une femme avec un couteau, cet homme ressemblait comme deux gouttes d'eau à Carlos DeLuna.

En 2012, le professeur Liebman, ses étudiants et ses étudiantes publient un long article dans une revue juridique, titré Les deux Carlos : anatomie d'une erreur judiciaire, qui sert de base au film.

Patrick Forbes assure toutefois avoir entamé ses recherches sans opinion arrêtée. Si mon film était un clip de campagne contre la peine de mort, il serait mauvais, dit-il.

Méthodiquement, il a cherché les protagonistes de l'affaire et met à l'écran membres du corps policier, gens du tribunal, témoins... Mais aussi des femmes qui ont été victimes de Carlos Hernandez et qui restent traumatisées par les violences qu'il leur a infligées.

L'une raconte qu'il s'est vanté auprès d'elle d'avoir tué Wanda Lopez et d'avoir échappé à la justice grâce à son tocayo, un mot espagnol qui signifie « homonyme ».

Une vérité horrible, mais humaine

Aujourd'hui, Patrick Forbes pense détenir la vérité : Elle est horrible, mais elle est aussi très humaine : les gens font des erreurs. Selon lui, dans ce dossier, toutes les erreurs qui pouvaient être commises ont été commises.

Mais elles s'inscrivent selon lui dans un système judiciaire qui ne donne pas de chances égales aux personnes pauvres et aux minorités : Le coupable est un homme pauvre hispanique, l'innocent exécuté est un homme pauvre hispanique; ils ne pouvaient pas être traités équitablement.

Il espère que son film aidera à réhabiliter Carlos DeLuna, mais aussi à apporter des changements plus larges.

Pour ce faire, il a accepté que The Phantom soit mis au service d'une pétition qui demande au président démocrate Joe Biden de commuer la peine des personnes condamnées à mort par la justice fédérale.

Le démocrate a dit pendant la campagne être opposé à la peine capitale, mais n'a pris aucune décision en ce sens depuis son entrée en fonction. Au contraire, son ministre de la Justice a demandé récemment la peine de mort pour l'auteur de l'attentat du marathon de Boston, Djokhar Tsarnaev.

Patrick Forbes espère que le cas de Carlos DeLuna le poussera à changer. [...] Ne serait-ce pas fantastique qu'un film amène un changement concret?

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