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ONU : Bachelet dénonce « les plus vastes et sévères » reculs des droits de l'homme

Michelle Bachelet derrière un énorme pupitre en bois à l'effigie de l'ONU.

La haute-commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet, en décembre 2020

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Agence France-Presse

La haute-commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a appelé à un sursaut lundi face aux « plus vastes et plus sévères reculs » des droits de la personne qu'elle ait jamais vus, dans un discours devant la plus haute instance de l'ONU dans ce domaine.

Pour nous remettre des plus vastes et des plus sévères reculs des droits de l'homme que nous n'avons jamais vus, nous devons avoir une vision qui change la vie et une action concertée pour la mettre en œuvre, a déclaré Mme Bachelet à l'égard des membres du Conseil des droits de l'homme.

À l'occasion de sa 47e session (jusqu'au 13 juillet), le Conseil des droits de l'homme va se pencher sur de multiples crises, dont le Myanmar, le Bélarus et le Nicaragua.

Autres points forts : la publication du rapport de Mme Bachelet sur le racisme systémique et les violences policières envers les personnes de descendance africaine, et des projets de résolution sur la région éthiopienne du Tigré et les Rohingyas au Myanmar.

Cette session se tient une fois de plus en ligne en raison de la COVID-19, ce qui fait monter la grogne parmi les ONG et les pays, tandis que les problèmes techniques entravent la fluidité des débats, des délégués ne parvenant pas à se connecter, d'autres étant inaudibles.

À l'occasion de son traditionnel tour d'horizon, Mme Bachelet s'est dite profondément perturbée par les graves violations des droits de la personne au Tigré, sur fond de famine, où le pouvoir central a lancé une offensive militaire en novembre.

Alors que se sont déroulées des élections nationales en Éthiopie lundi, Mme Bachelet a dénoncé les abus commis contre les civils par toutes les parties au conflit.

Mme Bachelet a énuméré les exécutions extrajudiciaires, les arrestations et détentions arbitraires, les violences sexuelles contre les enfants ainsi que les adultes, et les déplacements forcés.

Des hommes armés à bord d'un camion.

Des membres de la milice de la région d'Amhara en Éthiopie montent dans leur camion pour se diriger vers Sanja, près d'une frontière avec le Tigré.

Photo : Reuters / TIKSA NEGERI

Des rapports crédibles indiquent que des soldats érythréens opèrent toujours dans le Tigré et continuent de perpétrer des violations des droits de l'homme et du droit humanitaire, a-t-elle ajouté.

Elle a également fait état, dans de nombreuses autres régions d'Éthiopie, d'incidents alarmants de violences ethniques et intercommunautaires et de déplacements de populations. Le déploiement actuel des forces militaires n'est pas une solution durable, a-t-elle dit.

La Chine dans la ligne de mire

La haute-commissaire a également dit espérer obtenir cette année un accès significatif à la région chinoise du Xinjiang, d'où des informations sur de graves violations des droits de l'homme continuent de sortir.

Plusieurs organisations de défense des droits de la personne ont accusé la Chine d'avoir interné au Xinjiang au moins un million de musulmans dans des camps de rééducation. Pékin dément ce chiffre et affirme qu'il s'agit de centres de formation professionnelle pour soutenir l'emploi et combattre l'extrémisme religieux.

Une clôture avec des barbelés et des miradors.

Une clôture surmontée de barbelés et de miradors ceinture le centre de formation professionnelle de Dabancheng dans le territoire du Xinjiang, en Chine.

Photo : Reuters / Thomas Peter

À Genève, Mme Bachelet a réclamé plusieurs fois de Pékin un accès total au Xinjiang. À la fin de février, elle a réitéré son appel à une évaluation complète et indépendante de la situation des droits de la personne dans cette région.

Mais les défenseurs des droits de la personne demandent à l'ONU de durcir le ton.

Toujours concernant la Chine, Mme Bachelet a également souligné qu'un an s'est écoulé depuis l'adoption de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, à propos de laquelle ses services ont fait part de sérieuses préoccupations.

À Genève, Liu Yuyin, porte-parole de la mission chinoise, a dénoncé dans un courriel envoyé aux médias les propos erronés de Mme Bachelet sur Hong Kong et le Xinjiang, ce qui constitue une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine.

Nous invitons la haute-commissaire à se rendre en Chine, y compris au Xinjiang. Nous avons exprimé très clairement notre position à plusieurs reprises : cette visite doit être amicale et viser à promouvoir les échanges et la coopération, plutôt que d'être une "enquête" basée sur le principe de la présomption de culpabilité, a-t-elle ajouté.

Mme Bachelet a par ailleurs appelé la Russie à faire respecter les droits civils et politiques en vue des élections législatives de septembre. Citant le cas de l'opposant russe emprisonné Alexeï Navalny, elle s'est dite consternée par les mesures récentes qui sapent encore davantage le droit des gens à exprimer des opinions critiques et leur capacité à prendre part aux élections en septembre.

À l'issue d'un procès à huis clos, un tribunal de Moscou a classé il y a quelques jours comme extrémistes les trois organisations de M. Navalny, dont son important réseau régional, ce qui a entraîné leur interdiction.

La législation restreignant les libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association doit être mise en conformité avec les normes et standards internationaux en matière de droits de l'homme, a souligné Mme Bachelet, exhortant par ailleurs Moscou à mettre fin à la pratique arbitraire consistant à qualifier des individus, des journalistes et des ONG d'extrémistes, d'agents étrangers ou d'organisations indésirables.

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