•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un consulat indien veut censurer des cours sur la mobilisation des fermiers en Inde

Le consulat a exhorté la province à enquêter sur ce qu'il prétend être une menace à la sécurité.

Manifestation d'agriculteurs brandissant des drapeaux et le poing.

Des milliers de fermiers indiens manifestent depuis novembre contre la libéralisation du secteur agricole. Plusieurs journalistes qui ont couvert le conflit se disent victimes d’intimidation de la part du gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Radio-Canada

Le consulat indien estime que les leçons des enseignants sur les manifestations des agriculteurs pourraient « empoisonner » les relations avec le Canada.

Le consulat indien de Toronto tente d'empêcher les enseignants du Grand Toronto de donner des cours sur les manifestations des agriculteurs qui ont lieu depuis des mois en Inde, estimant que ces leçons constituent une menace à la sécurité et peuvent empoisonner les relations entre l'Inde et le Canada.

Dans une lettre datée du 11 mars, le consulat général de l'Inde, qui représente le gouvernement indien, affirme que ce que les élèves de l'élémentaire et du secondaire de Toronto et des régions de Peel et de York apprennent sur cette mobilisation pourrait perturber les relations pacifiques entre les communautés indiennes de l'Ontario.

Le consulat a exhorté le Bureau des relations internationales et du protocole de l'Ontario à alerter les autorités canadiennes […] afin qu’elles enquêtent sur ce qui est enseigné et à sensibiliser les conseils scolaires afin qu'ils retirent immédiatement ce matériel haineux et factuellement incorrect.

Le consulat général aimerait en outre déclarer qu'il considère cette situation comme extrêmement grave et comme un complot visant à saboter la bonne volonté et les relations amicales et chaleureuses entre l'Inde et le Canada créé par des entités hostiles pour faire avancer leurs propre intérêts infâmes, peut-on lire dans la lettre.

Simmi Jaswal, enseignante au secondaire à Brampton, a intégré des discussions sur les manifestations des agriculteurs dans ses cours de géographie et de justice sociale cette année.

Mme Jaswal est sikhe et, comme beaucoup de ses élèves, a des membres de sa famille en Inde qui participent aux manifestations depuis l'automne dernier. Ce n'est pas seulement un lien distant. Il s'agit des expériences vécues par nos élèves, rapporte-t-elle.

Cela soulage un peu leur douleur et leur anxiété d'être reconnus, de se sentir vus et d'en discuter.

Une citation de :Simmi Jaswal, enseignante

Une lettre terrifiante, selon la WSO

La note diplomatique officielle a été obtenue par l'Organisation mondiale des sikhs du Canada (WSO) grâce à une demande d'accès à l'information faite au conseil scolaire public de Peel, et une copie en a été fournie à CBC News.

Je pense que la lettre est assez ridicule, a commenté Balpreet Singh, conseiller juridique du WSO, qui défend les intérêts sikhs et les droits de la personne. Les accusations portées sont totalement infondées.

Balpreet Singh, porte-parole de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada, écoute une question en entrevue.

Balpreet Singh, porte-parole de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada

Photo : Radio-Canada / Martin Trainor

Elle est également terrifiante, selon lui.

Le gouvernement du premier ministre Narendra Modi a tenté de faire taire les voix dissidentes en Inde en utilisant des tactiques alarmistes et il semble que ces tentatives se poursuivent ici au Canada, estime M. Singh.

Cela montre qu'ils [les membres du gouvernement indien] n'ont pas peur d'essayer de s'ingérer dans les affaires canadiennes.

Une citation de :Balpreet Singh, conseiller juridique, Organisation mondiale des sikhs du Canada

Le consulat indien a refusé de commenter, mais a reconnu avoir envoyé la lettre à la province et dit attendre une réponse.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce, a rencontré des parents inquiets ce mois-ci pour réaffirmer son engagement envers les droits de la personne et s'assurer que tous les élèves se sentent respectés, a déclaré la porte-parole du ministère, Caitlin Clark.

Le ministère s'attend à de l'impartialité et de la sensibilité lorsqu'il est question des événements mondiaux. Nous insistons pour que les enfants tirent leurs propres conclusions, dans un environnement sans préjugés, a déclaré Mme Clark.

Pourquoi le sujet est-il important?

Les agriculteurs indiens disent qu'ils n'ont pas été consultés sur les nouvelles lois qui encadrent leurs activités. Ces lois favorisent les entreprises et font baisser les prix des récoltes, selon eux.

Le gouvernement Modi affirme que le changement est nécessaire pour le développement de l'Inde et que les agriculteurs auront plus de liberté pour vendre leurs produits directement aux marchands.

Les autorités ont tenté de bloquer les manifestants en coupant l’accès à Internet là où campent les agriculteurs à New Delhi, en érigeant des barricades autour de la ville et en accusant les journalistes de prendre parti dans leur couverture des événements.

Des femmes manifestent en levant les bras.

Des femmes se sont mobilisées en Inde pour dénoncer les politiques agricoles du gouvernement qui acculeront, selon elles, les agriculteurs du pays à la faillite au profit des grandes corporations.

Photo : afp via getty images / NARINDER NANU

La police et les manifestants se sont violemment affrontés en janvier, faisant un mort et des centaines de blessés.

Le gouvernement a tenté de fermer les comptes Twitter critiquant la gestion des manifestations et a critiqué des célébrités, telle Rihanna, qui ont exprimé leur soutien aux agriculteurs.

Lorsque le premier ministre canadien Justin Trudeau a déclaré en novembre dernier que la situation était préoccupante, le ministère indien des Affaires étrangères a qualifié ses propos d'ingérence.

Les enseignants maintiennent leurs cours

L'enseignante Simmi Jaswal dit qu'elle se sent responsable de décrypter la politique entourant les événements avec ses élèves, car ceux-ci en parlent déjà sur les réseaux sociaux. Elle base ses cours sur des reportages diffusés dans les médias.

Je dis très franchement à mes élèves qu'à mon avis, ce que nous observons est une forme d'oppression, confesse Mme Jaswal. Ma préférence est de me concentrer sur les voix et les identités marginalisées, mais si vous avez l'impression de ne pas entendre un point de vue particulier, alors nous pouvons avoir cette conversation.

L'oppresseur, selon elle, n'est pas le peuple indien, qui comprend les hindous, les musulmans et les sikhs ainsi que de nombreuses autres minorités religieuses, mais plutôt l'État.

Le conseil scolaire public de Peel, qui a reçu la lettre du consulat indien, a déclaré dans un communiqué être au courant que des agriculteurs, en Inde, exercent leurs droits à la liberté d'expression et à se rassembler pacifiquement. Le conseil, dont le territoire englobe Mississauga, Brampton et Caledon, n'a pas découragé les enseignants de discuter du sujet avec leurs élèves.

Les éducateurs et les chefs d'établissement sont encouragés à aborder ces discussions avec des considérations équitables pour stimuler la recherche et la réflexion, et pour assurer l'inclusion et le bien-être de leurs élèves, a indiqué dans un courriel le porte-parole du conseil, Malon Edwards.

Le consulat affirme que des élèves sont victimes d'intimidation

CBC News a obtenu une leçon que le consulat qualifie de polarisée, affirmant qu'elle a attisé la haine envers les Indiens et l'intimidation envers des élèves.

La leçon demande aux élèves de réfléchir aux raisons pour lesquelles les agriculteurs protestent, à ce que signifie protester, et d'expliquer la situation sous différents angles.

Le cours demande également aux jeunes pourquoi le gouvernement essaie de faire taire les manifestants et comprend une lettre d'un étudiant sikh canadien disant : Le gouvernement indien a adopté trois lois agricoles de manière antidémocratique au profit des sociétés privées.

Des militants et des sympathisants de diverses organisations de protection sociale participent à un rassemblement.

Les agriculteurs indiens ont lancé un appel à une grève nationale en avril pour protester contre les récentes réformes agricoles du gouvernement.

Photo : afp via getty images / NOAH SEELAM

Ritesh Malick, un parent de Vaughan, au nord-ouest de Toronto, raconte que sa fille a été exposée à la situation en Inde dans sa classe de 6e année, et ce, d'une manière très partiale en faveur des agriculteurs. Cela ne lui a pas plu.

Selon lui, sa fille a été offensée par les autres élèves et par l'enseignant qui a parlé négativement de son pays d’origine.

Ma fille a dit qu'elle ne voulait pas aller à l'école, assure M. Malick, ajoutant que ce type de conversations conduit à des brimades et à des bagarres entre les enfants.

Le père de famille a lancé une pétition en ligne, NON au contenu haineux, biaisé, répréhensible, inapproprié et de propagande dans les écoles, qui compte près de 3000 signatures. Lui et d'autres parents ont contacté le consulat pour l'exhorter à intervenir.

Qu'est-ce que le Canada a à voir là-dedans? dit Malick. Pourquoi devrait-il y avoir une division dans les communautés canadiennes et pourquoi devrait-il y avoir une division dans les salles de classe canadiennes? Nous devrions nous concentrer sur les enjeux canadiens.

D'après les informations de Samantha Beattie, de CBC News

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !