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Ravitailler les communautés du Grand Nord : un nouveau défi à Bécancour

Le premier navire qui partira de Bécancour pour ravitailler une quarantaine de villages du Nunavik et du Nunavut larguera les amarres en début de semaine. Incursion dans les derniers préparatifs avant le grand départ.

Le MITIQ, que l'on voit ici près d'Iqualuit, se trouve actuellement au port de Bécancour.

Un navire de ravitaillement dans la baie de Frobisher, près d'Iqaluit

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Des inscriptions en inuktitut ont fait leur apparition dans le parc industriel et portuaire de Bécancour. NEAS, une des entreprises qui approvisionnent les communautés de l’Arctique canadien, y a jeté l’ancre.

Le logo de NEAS sur une bâtisse et des conteneurs empilés l'un sur l'autre devant.

Dans le logo de NEAS nouvellement installé sur cette bâtisse du parc industriel de Bécancour, on peut lire le mot ''transporteur'' en inuktitut.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Le nouveau centre de service de cargaison fourmille d’activités en ce moment. Une cinquantaine de personnes ont été embauchées par NEAS à Bécancour.

Une femme au volant d'un chariot élévateur dans l'entrepôt à Bécancour.

NAES cherche à recruter plus de conducteurs de chariots élévateurs à Bécancour à cette période de l'année fort occupée pour l'entreprise.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Une précieuse cargaison très attendue

Les villages côtiers de la baie d’Hudson reçoivent bien peu de livraisons durant l’année. Les glaces empêchent les bateaux de se rendre jusqu’à eux, durant une bonne partie de l’année. La saison de navigation dure environ 4 mois, soit de la mi-juin à octobre.

Les villages desservis par NEAS ne sont pas accessibles par la voie terrestre. Tout doit donc être livré par la mer ou par les airs. De plus, aucune route ne relie les villages entre eux, donc les livraisons doivent être effectuées avec précision. Non seulement faut-il s’assurer de ne pas endommager les biens et les denrées, mais ils doivent se rendre au bon endroit, sinon, l’attente pour les récupérer peut être longue.

Du café et du produit pour la lessive sur lesquels on peut voir l'étiquette Kuujjuaq.

Chaque paquet doit être bien étiqueté, car s'il se rend au mauvais village, il peut s'écouler plusieurs semaines, voire des mois avant que la personne ne récupère sa commande.

Photo : Radio-Canada

Les clients de NEAS sont autant des particuliers que des commerces, des entreprises minières ainsi que les gouvernements. L’entreprise peut tout livrer, sauf des denrées périssables. Du papier toilette aux véhicules tout-terrain, toutes sortes de produits se retrouvent dans et sur les conteneurs des navires.

Un tracteur pour soulever des conteneurs et deux bateaux de remorquage des barges.

Les navires doivent aussi amener tout l'équipement nécessaire au déchargement de la marchandise dans le Grand Nord, car il n'y a aucun quai dans cette région. Ces bateaux et ce tracteur seront placés en dernier sur le navire, au-dessus des conteneurs.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme


L'importance de la mission

Pierre Morin vient d'être embauché comme chef menuiser par NEAS. Auparavant, cet habitant de Gentilly devait faire 50 minutes de route pour se rendre à son ancien travail, à Victoriaville. Maintenant, ça lui en prend cinq.

Il est responsable d'emballer certaines cargaisons; un travail qui requiert de la minutie et de la précision, car il y a des articles de tous genres et de toutes dimensions.

Deux hommes, dont Pierre Morin à droite, s'affairent à clouer des planches de bois.

Plusieurs commandes des commerces ou habitants du Grand Nord sont maintenant emballés sur mesure au nouveau centre de service de cargaison à Bécancour.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Il faut être capable de le lever avec un [chariot élévateur], il faut être capable de le placer dans le bateau et que ce soit droit pour qu’on puisse mettre autre chose par-dessus, parce que dans notre bateau, ça monte une trentaine et quarantaine de pieds dans les airs et il faut que les [caisses de bois] soient capables de supporter le poids de ce qu’il vont mettre dessus, explique Pierre Morin.

Un bateau avec des conteneurs et des voitures dessus.

Les objets qui peuvent difficilement être placés dans un conteneur se retrouvent tout en haut de la pile sur le navire MITIQ, du Groupe NEAS. (Archives/septembre 2019)

Photo : NEAS/Sandy Kooktook

Patrice Roy est responsable des opérations au centre de service de cargaison de NEAS. Il travaillait déjà pour la compagnie avant le déménagement à Bécancour. Il a maintenant un pied-à-terre dans la ville, qu’il trouve, par ailleurs, très belle et accueillante.

Malheureusement, y’a pas de Costco dans le Nord, alors ce qu’on envoie, il faut vraiment qu’il soit en bon état, car il ne peut pas le changer du jour au lendemain, explique-t-il.

Le directeur des opérations aime le défi que cela représente. C’est valorisant, moi j’adore. J’essaie de faire comprendre aux nouveaux employés, et il y en a beaucoup ici, à quel point ce qu’on fait est extrêmement important pour les gens du Nord. Il faut faire attention aux produits.


Un défi pour la navigation

Le réchauffement climatique entraîne la fonte des glaciers, ce qui rend la navigation plus difficile. Il y a énormément de glace à laquelle on doit faire attention. C’est probablement le défi principal pour les navigateurs qui vont dans ces eaux-là, affirme Cédric Goyette, le capitaine du MITIQ, le premier navire à partir de Bécancour.

Le déménagement du port de NEAS à Bécancour comporte toutefois des avantages pour les capitaines. Auparavant, leurs navires partaient de Valleyfield pour se rendre dans le Grand Nord. Ils devaient donc traverser les nombreuses écluses aux abords de Montréal, sans compter qu’il y avait du trafic dans cette voie maritime.

Souvent, il y a énormément de trafic dans cette région-là, donc ça nous permet d’éviter les embouteillages maritimes, donc on gagne du temps, explique Cédric Goyette, qui s’apprête à lever le cap vers le Grand Nord.

C’est super gratifiant, on a vraiment l’impression qu’on rend service, qu’on fait quelque chose qui est essentiel.

Une citation de :Cédric Goyette, capitaine du MITIQ
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Cédric Goyette est le capitaine du navire MITIQ, de NEAS. Nous l'avons rencontré au port de Bécancour.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

La pression est toutefois au rendez-vous. Dans le domaine maritime, il y a souvent une pression commerciale, qui est l’aspect économique, pour nous, ce qui se rajoute, c’est qu’il y a aussi une pression sociale, affirme le capitaine Goyette.

Si on ne livre pas cette marchandise à temps [avant le retour des glaces], cette population qui n’aura pas leur stock. [...] Y’a certains villages où on ne va qu’une fois dans l’année, donc si on n’est pas capable de s’y rendre, à cause des conditions de glace ou quoi que ce soit, c’est la communauté directement qui va en souffrir.

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Le MITIQ naviguant dans les eaux glacées du Grand Nord. (Archives/octobre 2019)

Photo : NEAS/Sandy Kooktook

Cédric Goyette, qui emprunte cette voie depuis neuf ans, se sent choyé de faire ce métier. Ce n’est pas de la navigation de plaisance, nécessairement, mais, pour nous autres, ce sont de très beaux défis, des paysages à couper le souffle, raconte-t-il. On voit des paysages que très peu de gens ont la chance de voir.

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Le capitaine du MITIQ, Cédric Goyette, partira du port de Bécancour pour la première fois cette semaine pour se rendre dans la région de l'Arctique.

Photo : NEAS

Les cinq navires utilisés par NEAS sont de propriété inuit et à leur bord, il y a toujours deux marins inuit. De plus, il y a une forte participation des Inuit au conseil d’administration de l’entreprise et parmi les actionnaires.

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Stuart Taparti, originaire de Coral Harbour au Nunavut, est l'un des deux marins inuit de l'équipage du navire MITIQ, que l'on peut voir derrière lui, au port de Bécancour.

Photo : NEAS

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En l'absence de port, de petits bateaux doivent amener les barges transportant la cargaison dans les villages côtiers de la baie d'Hudson, comme ici, à Inukjuak. (2016)

Photo : Radio-Canada

Une occasion d’affaires

La présidente-directrice générale (PDG) de NEAS, Suzanne Paquin, est ravie d’avoir trouvé ce nouveau site pour la compagnie. Elle affirme qu’il est difficile de trouver un endroit où on trouve à la fois un port et des espaces assez vastes pour l’entreposage. La transaction s’est élevée à plusieurs millions de dollars. Aucun chiffre précis n’a été rendu public.

Grâce à ce déménagement, les habitants et commerces du Grand Nord pourront maintenant commander et faire livrer des biens chez NEAS même durant l’hiver. L’entrepôt de NEAS, c’est comme une adresse pour les gens dans le Nord, [...], explique-t-elle. Ça va être grandement apprécié.

L’entreprise est maintenant propriétaire de ses installations, ce qui n’était pas le cas avant. Le fait d’avoir plus d’espace permet aussi d’offrir ce service à tous.

[Bécancour], c’est très stratégique pour nous, mais c’était aussi très stratégique pour nos clients.

Une citation de :Suzanne Paquin, PDG chez NEAS
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La présidente-directrice générale (PDG) de NEAS, Suzanne Paquin, qui travaille habituellement à partir du siège social de la compagnie à Montréal, était de passage au nouveau centre de service de cargaison à Bécancour à la mi-juin.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

La PDG estime que de se rapprocher du marché où la marchandise est expédiée sans trop s’éloigner de là où se trouvent les entreprises qui fournissent ces communautés nordiques, c’est vraiment génial.

Un navire mettra environ six jours à faire le trajet Bécancour-Iqaluit, par exemple.

Des entreprises de la région pourraient aussi bénéficier de ce déménagement. [Certains] clients qui étaient habitués de s'approvisionner dans d’autres régions ont décidé de s’approvisionner plus dans le coin, affirme Suzanne Paquin.

Les acteurs économiques de la région ainsi que les élus avaient d'ailleurs bien accueilli l'annonce, en janvier, de l'arrivée de NEAS sur les terrains de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.

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