•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’Estrie a connu la plus forte hausse de postes vacants du Québec

Une affiche "Nous embauchons, très bonne paye".

L'Estrie est la région du Québec qui a connu la plus grande progression des postes vacants l’an dernier.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Thomas Deshaies

L’Estrie est la région du Québec où il y a eu la plus forte hausse de postes vacants l’année dernière. C’est ce que rapporte un rapport gouvernement publié en avril dernier. Une situation qui s’explique notamment par la rareté de la main-d’œuvre et qui constitue un véritable casse-tête pour de nombreuses entreprises

À l'aube des vacances, les régions du Québec, dont l’Estrie, se préparent à l'arrivée des touristes.

Certaines entreprises du secteur touristique amorcent toutefois la saison moins sereinement en raison de la rareté de main-d’œuvre. Plusieurs gestionnaires nous ont rapporté être incapable de recruter suffisamment de travailleurs.

Le copropriétaire du vignoble La Halte des Pèlerins, Marc Corbin, affirme qu’en plus des impacts directs, il y a aussi un effet domino. Il peine à recevoir les services de certains fournisseurs. À titre d’exemple, on devait avoir quelqu’un qui produise et plante les vignes. Il a été capable de produire les vignes, mais il n’a pas été capable de les planter (puisqu’il est en sous-effectif), explique-t-il.

Les employeurs s’arrachent également les talents. J’avais une représentante dynamique, mais elle s’est fait offrir quelque chose en or par une multinationale, explique M. Corbin. Malheureusement, je ne peux pas compétitionner. Il se fait du maraudage aussi.

Aussi les usines

Plusieurs autres secteurs de l’économie sont touchés, dont les usines. Ce ne sont plus uniquement les travailleurs spécialisés qui sont en demande.

C’est vraiment la pire année.

Une citation de :Elisabeth Tanguy, directrice des communications de l’entreprise Ball

L’usine Ball de Sherbrooke multiplie les efforts pour attirer les travailleurs. On investit énormément sur la formation pour garder et développer le savoir-faire que nous avons, cite notamment en exemple la directrice de communications, Elisabeth Tanguy.

Malgré tout, la situation a été critique à plus d’une reprise cette année. Le manque de main-d’œuvre a un impact sur notre production, explique M. Tanguy. Depuis le début de l’année, nous avons été obligés à plusieurs reprises d’arrêter la production à l’usine Ball de Sherbrooke.

Une hausse de 72 % du nombre de postes vacants

L’Estrie est la région du Québec où il y a eu la plus forte augmentation du nombre de postes vacants en un an. Il s’agit d’une hausse de 72 %, ce qui est bien au-dessus de la moyenne provinciale de 17,1 %. Ces données ont été colligées par la Direction de l’analyse et de l’information sur le marché du travail du gouvernement du Québec

En Estrie, ce qui est particulier, c’est ce revirement de tendance qu’il va falloir suivre pour savoir si c’est quelque chose de passager ou ponctuel ou si ça se poursuit.

Une citation de :Mia Homsy, directrice générale de l’Institut du Québec

La directrice générale de l’Institut du Québec, Mia Homsy, juge qu’il faudra surveiller la situation dans la région. Le taux de postes vacants en Estrie était plus faible que la moyenne québécoise avant la pandémie. Il y a quelque chose qu’il va vraiment valoir suivre, souligne-t-elle. Ce n’est pas juste en Estrie que la population est vieillissante.

Un délai de 48 heures pour choisir un employé

Patricia Aubry, qui est conseillère en recrutement depuis 10 ans, estime que la situation n’a jamais été aussi dramatique pour certains employeurs. Quand un employeur rencontre un candidat, en 48 heures il faut donner signe de vie, sinon il sera chez un autre concurrent ou une autre entreprise, explique-t-elle.

Même dans notre équipe, c’est dur de trouver des recruteurs.

Une citation de :Patricia Aubry, conseillère en recrutement

Les chercheurs d’emplois sont de moins en mois intéressés à travailler 40 heures par semaine et les soirs ou les fins de semaine. Mme Aubry observe également qu’il sont plus enclins à changer rapidement d’emploi.

Plusieurs initiatives pour faire face à l’enjeu

Plusieurs organismes s’activent pour tenter de recruter des travailleurs du Québec et de l’international.

Sherbrooke Innopole participe notamment à plusieurs tables de concertation et accompagne des employeurs.

Leur directeur général, Sylvain Durocher, croit qu’il faut travailleurs sur de nombreux fronts en même temps. Nos actions portent fruit, mais est-ce que ça porte fruit autant qu’on l’espèrerait? Si on regarde la pénurie de main-d’œuvre présentement, il faudrait 10, 20, 30 fois plus que présentement, souligne-t-il.

Depuis les années 1968, on est en bas du seuil de renouvellement de la population (naissance). Donc quand on regarde ce chiffre-là, à long terme, la masse de main-d’œuvre diminue.

Une citation de :Sylvain Durocher, directeur général de Sherbrooke Innopole.

Selon l’Institut du Québec, il faut aussi changer de paradigme et cesser de valoriser la création d’emploi à tout prix. C’est un mauvais signal que le gouvernement donne en finançant la création d’emplois, tranche Mme Homsy. Il faut y aller avec des critères comme par exemple l’innovation, la productivité, l’impact du secteur par rapport à la société qu’on veut.

Selon l’organisme, l’enjeu de la rareté de main-d’œuvre demeurera un défi au moins pour les 10 prochaines années.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !