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La bispiritualité, cette identité de genre autochtone mal connue

Une version du drapeau bispirituel.

Une version du drapeau bispirituel

Photo : Radio-Canada / Graphisme : Camile Gauthier

Radio-Canada

Au mois de juin, deux célébrations convergent pour les personnes bispirituelles : le Mois national de l'histoire autochtone, qui honore l'héritage et la diversité des peuples autochtones, et le Mois des Fiertés, consacré à la visibilité des personnes LGBTQ+ ainsi qu’à la lutte aux actes discriminatoires dont ils sont victimes.

Un texte d’Audrey Simon

Le mois de juin est donc l'occasion de découvrir un pan de l’identité autochtone parfois méconnue : la bispiritualité, cette identité de genre propre aux Autochtones.

Que signifie le terme bispirituel ?

Tamara Touma, concepteur/conceptrice de communication visuelle pour l’association QMUNITY, le Centre de ressources queer, trans et bispirituel de la Colombie-Britannique basée à Vancouver, explique que ce terme est utilisé par de nombreuses communautés autochtones.

Créé à Winnipeg en 1990, et popularisé par le militant canadien Albert McLeod, il fait référence aux personnes possédant un esprit à la fois masculin et féminin. L’appellation est employée par certaines personnes autochtones LGBTQ+ pour désigner leur identité sexuelle, spirituelle et de genre.

Pour simplifier la définition, certains parlent parfois de personnes qui appartiennent à un troisième genre .

Bien que les personnes bispirituelles soient incluses et respectées parmi la majorité des communautés autochtones, et parfois même considérées comme sacrées et vénérées, elles restent perçues différemment en fonction des nations autochtones dont elles font partie, précise Tamara Touma.

Qui peut s’identifier comme une personne bispirituelle ?

D’après Ostoro Petahtegoose, membre de la Nation Nishinaabe de Atikameksheng Anishnawbek, autrefois connue sous le nom de Whitefish Lake First Nation, ce n’est pas une identité qui est choisie. Au contraire.

Pour faire le parallèle, les personnes que nous appelons aînés ne s’identifient pas d'après elles-mêmes comme des aînés. C’est quelque chose qui vient des autres pour les caractériser, résume l’artiste. D’ailleurs, être une personne bispirituelle s’accompagne de responsabilités au sein d’une communauté autochtone, comme c’est le cas pour les personnes âgées.

D’après Tamara Touma, il s’agit aussi de personnes qui ont un rôle spirituel unique parmi les communautés autochtones nord-américaines : elles accèdent à des rôles importants comme celui de soigneurs ou de guerriers.

La présence et la manifestation de ces rôles peuvent varier selon les cultures autochtones. Surtout, toutes les cultures et communautés autochtones ne reconnaissent pas cette identité de genre.

D’après Tamara Touma, toutes les personnes autochtones qui appartiennent au spectre LGBTQ+ ne s’identifient pas comme des personnes bispirituelles. Mais cette identité de genre appartient exclusivement aux personnes autochtones et ne peut pas être empruntée par les personnes allochtones.

Le Mois national de l'histoire autochtone, qui se déroule au mois de juin depuis 2009, est un moyen de découvrir, de souligner et de reconnaître les contributions des Premières Nations, des Inuit et des Métis à l’évolution du Canada.

La différence entre le terme queer et bispirituel

Récemment, le terme indigiqueer est de plus en plus utilisé par les personnes autochtones LGBTQ+, au détriment de bispirituel. C’est le cas pour des artistes britanno-colombiens qui ont refusé de participer à cet article, mais ont indiqué que le terme fait référence à un espace réservé dont la définition est imprécise.

Ostoro Petahtegoose pose, debout de face.

Ostoro Petahtegoose, artiste originaire de Windsor, en Ontario est une personne indigiqueer.

Photo : Radio-Canada / Tahmina Aziz/CBC

Ostoro Petahtegoose, artiste transgenre et non-binaire, pose des mots sur son identification comme indigiqueer plutôt que bispirituel.

D’après ma compréhension du terme bispirituel, il s’agit d’une notion vraiment particulière qui nous est donnée par notre communauté, alors si je m’attribue cette identité, j’aurai l’impression de prendre l’espace qui ne m’est pas accordé souligne l’artiste originaire de Windsor, en Ontario.

Ce qui ne signifie pas que je ne pourrais pas accepter cette identité dans un futur plus ou moins proche. Pour le moment, je ne suis pas confortable à l’idée de posséder cette identité, conclut le trentenaire.

D’ailleurs, c’est parce qu’il y a confusion autour de ce terme que We Matter, une organisation autochtone qui œuvre au soutien des jeunes ainsi qu’à la promotion de la vie et la prévention du suicide, a déployé une campagne sur les réseaux sociaux en juillet 2020.

L’organisation installée en Colombie-Britannique, en Saskatchewan et en Ontario s’est donné pour but, à travers cette campagne, de sonder les jeunes Autochtones, et leur demander de définir avec leurs propres mots le terme bispirituel . Les réponses ont ensuite été compilées dans un dictionnaire bispirituel spécialement créé pour l’occasion.

Sur leur site Internet, un aperçu des réponses est disponible (Nouvelle fenêtre), compilé sous la forme de courtes vidéos. Au vu des différentes définitions recueillies par We Matter, il est possible de dire que la signification de la bispiritualité a évolué avec son temps.

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