•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nettoyer des puits inactifs, une bouée de sauvetage pour les entreprises pétrolières

En avril 2020, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 1,7 milliards de dollars pour le nettoyage des puits de pétrole et de gaz dans l’Ouest.

Les infrastructures d'un puits de pétrole en Alberta.

Les infrastructures d'un puits de pétrole en Alberta.

Photo : Radio-Canada

Selon certaines entreprises pétrolières, l'argent investi par Ottawa pour le nettoyage des puits inactifs en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique a permis de stabiliser l’industrie pendant une période difficile. Un an plus tard, l’impact sur le nombre de puits orphelins ou inactifs demeure cependant très incertain.

Dans un champ situé près de Donalda, dans le centre de l’Alberta, une équipe de travailleurs s’affaire sur une plateforme pétrolière. Tout l’après-midi, ils mettent bout à bout des centaines de mètres de tuyaux. Ceux-ci ne servent cependant pas à creuser un nouveau puits.

On s’assure que le puits est étanche et qu’il résiste à la pression. Ensuite on va le sceller à deux endroits avec du ciment, explique Jason Hell, qui dirige l’équipe de travailleurs.

Les travaux sont menés par Performance Energy. Son président, Scott Darling, explique que la dernière année a été l’une des plus éprouvantes de sa carrière.

Ça a été des montagnes russes. On est descendus incroyablement bas avant de remonter au sommet.

Une citation de :Scott Darling, PDG de Performance Energy

Le nettoyage des puits de pétrole représente maintenant 75 % des activités de son entreprise, qui offre également des services traditionnels d’entretien de puits de pétrole et de gaz.

Il pense que le Programme de remise en état des sites inactifs, malgré un début difficile, a atteint son objectif.

Toutes nos équipes et tous nos équipements sont occupés, maintenant.

Une citation de :Scott Darling, PDG de Performance Energy

Des 1,7 milliard de dollars débloqués par Ottawa, 1 milliard est allé à l’Alberta, qui gère elle-même la distribution des fonds.

Le but du programme était de faire le pont [entre le début de la pandémie et la stabilisation des prix du pétrole] afin de maintenir notre main-d'œuvre, explique Adam Waterman, qui est coordonnateur des services chez Baytex. Dans ce sens-là, il a atteint sa cible.

Oui, il y a des impacts économiques; oui, ça crée des emplois, ajoute de son côté le chercheur au Centre de la foresterie du Nord et spécialiste de la restauration écologique Nicolas Mansuy.

Je pense que c’est nouveau. Avant on voyait seulement le coût financier [de la restauration]. Aujourd’hui, on voit que ça pourrait soutenir l'activité économique, notamment dans les régions éloignées.

Adam Waterman devant un puits de gaz.

Adam Waterman pense que le programme a préservé des emplois dans le secteur pétrolier et gazier.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Adam Waterman pense que sans le financement fédéral, l’exode des travailleurs vers d’autres provinces aurait été considérablement plus important.

En plus, plusieurs petites villes ne s’en seraient pas aussi bien tirées sans ça, ajoute-t-il.

Avec un baril de pétrole à plus de 70 $ US, il dit cependant que les affaires ont déjà repris dans le milieu de l'exploitation pétrolière et gazière, au point où il commence à avoir de la difficulté à trouver assez de main-d'œuvre pour tout faire. Il y voit même les signes avant-coureurs d’un nouveau boom pétrolier.

Bénéfices environnementaux incertains

Les effets du programme sur l'environnement sont cependant difficiles à quantifier. Au 18 juin 2021, la province avait approuvé 20 761 demandes de subventions.

Le ministère de l’Énergie de l'Alberta ne fournit cependant pas de données sur le nombre de puits fermés définitivement grâce au programme. Certains puits peuvent faire l’objet de plusieurs demandes alors que certaines demandes de subventions peuvent couvrir plusieurs puits inactifs.

Une plateforme pétrolière dans un champ.

Un puits de gaz près de Donalda, en Alberta, en train d'être scellé par l'entreprise Performance Energy.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Le ministère se limite donc à dire que 408,8 millions de dollars de subventions ont jusqu’ici été approuvés. Toujours selon la province, l’argent sera versé à plus de 500 entreprises albertaines et entraînera la création d’environ 1956 emplois.

L’Institut Pembina déplore d’ailleurs ce manque de transparence au sujet d’un programme financé par des fonds publics.

Le problème des puits inactifs reste par ailleurs criant. L’Alberta en compte près de 97 000. À cela s'ajoutent 73 500 puits qui ont été scellés, mais où le sol environnant n'a pas encore été restauré à son état naturel.

Bouée de sauvetage ou cadeau à l’industrie?

Au final, c’est venu remplacer de l’argent privé qui aurait été dépensé de toute façon, affirme Regan Boychuk, co-fondateur de l'Alberta Liability Disclosure Project, un groupe qui milite notamment pour que l’industrie finance elle-même le nettoyage des puits de pétrole inactifs ou abandonnés.

Selon lui, le Programme de remise en état des sites inactifs ne respecte pas le principe pollueur-payeur.

Adam Waterman rappelle cependant que le programme a été mis en place en plusieurs étapes dotées de critères d’admissibilité différents. Selon lui, cette incertitude additionnelle a empêché les entreprises de remplacer les investissements privés déjà prévus par de l’argent public. Il ajoute que seule une petite fraction des travaux de nettoyage de Baytex financés par le programme aurait eu lieu sans soutien de l’État.

La Régie de l’énergie de l’Alberta demandera par ailleurs aux entreprises de contribuer davantage (Nouvelle fenêtre) au nettoyage des puits de pétrole à partir du 1er janvier 2022.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !