•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Après quatre semaines de grève, quel est le rapport de force à Exceldor?

Des plumes de poulet jonchent le sol d'un bâtiment agricole à l'intérieur duquel est stationné un tracteur.

Depuis le début de la grève le 23 mai, plus d'un million de poulets ont dû être euthanasiés.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Le conflit de travail à l’abattoir Exceldor de Saint-Anselme prend de plus en plus des allures de guerre de tranchées. Vendredi, les efforts de médiation ont avorté sans qu’aucune autre rencontre soit prévue entre les deux camps. La grève se poursuit sous le regard attentif des autres abattoirs du pays.

Le syndicat a mis fin à la médiation en fin de journée vendredi, expliquant que le processus ne lui a pas permis d'avancer dans la direction souhaitée.

La grève paralyse le plus important abattoir de volailles du Québec depuis quatre semaines. Depuis le début du conflit, un million de poulets, au moins, ont fini à la poubelle, euthanasiés, en raison de la fermeture de l’usine de Saint-Anselme.

Les 600 travailleurs de l’abattoir exigent une majoration salariale de 40 % sur 3 ans pour une rémunération horaire de 25 $. Une demande rejetée par le patronat, dont l’offre finale est de 22,50 $/h.

De notre côté, si le syndicat croit au processus de médiation comme il le prétend, il serait temps qu’il le montre, s’impatiente Gabrielle Fallu, porte-parole d’Exceldor.

Pressions politiques

Au cours des derniers jours, la pression politique a augmenté sur les grévistes. Les ministres du Travail et de l’Agriculture, Jean Boulet et André Lamontagne, ont tous deux pressé le syndicat d'accepter l’arbitrage.

La coopérative accepte de s’y soumettre. Le syndicat refuse, de peur de perdre son pouvoir de négociation.

Des travailleurs en grève brandissent des pancartes et des drapeaux syndicaux.

Les 600 employés de l'usine comptent rester en grève tant que la nouvelle convention collection n'aura pas été signée.

Photo : Radio-Canada

Il faut comprendre ce que c'est, un arbitrage. L'arbitre se substitue aux parties : les parties ne négocient pas, c'est l'arbitre qui évalue la situation et sa décision deviendra le contenu de la convention collective, explique Martine D’Amours, professeure titulaire au département des relations industrielles de l’Université Laval. En général, il n'y a pas un employeur qui veut être obligé de vivre avec une convention collective dictée par un arbitre.

Le fait que l'employeur réclame l'arbitrage, pour moi c'est un signe qu'il pense qu'il va retirer plus d'une convention qui serait décrétée par un arbitre que ce que pourrait donner le produit d'une négociation.

Une citation de :Martine D'Amours, professeure au département des relations industrielles de l'Université Laval

Le premier ministre François Legault s’est jeté dans la mêlée, invitant publiquement le syndicat à saisir la main tendue.

François Legault parle assis à la table de presse devant des drapeaux du Québec.

Le premier ministre du Québec François Legault.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

On ne devrait pas avoir le droit de gaspiller aussi bêtement des quantités énormes de nourriture. C’est indécent, écrivait-il à propos de l’abattage, en pure perte, de 13 % de la production de volailles hebdomadaire du Québec.

L'arme dont dispose le patronat et qu'il utilise abondamment, c'est de susciter la sympathie de l'opinion publique à l'égard des poulets, dit quant à elle Martine D’Amours. Il faut être précis : ces poulets-là seraient morts de toute façon, le problème, c'est qu’ils ne sont pas consommés.

Problème de gouvernance

Selon Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, le conflit risque d’être long, notamment en raison de la gouvernance de la coopérative Exceldor.

Il y a environ 250 producteurs de volailles qui sont membres de la coopérative et qui vendent leur élevage à l’abattoir. C’est le même monde, explique-t-il. Les producteurs sont compensés en ce moment, ils ne perdent pas d’argent en raison de la grève puisqu’Exceldor continue d’honorer leur contrat. Donc il n’y a aucun incitatif financier, pour les producteurs, à mettre fin au conflit.

Des poules dans des cages.

Le conflit de travail à l’usine Exceldor de Saint-Anselme, dans la région de Chaudière-Appalaches, se poursuit.

Photo : iStock

La valeur nette d’une ferme de volailles au Canada, en 2017, s’élevait à 6 M$, selon Statistiques Canada.

Ce ne sont pas des gens qui sont pauvres. Ils ne vont pas écoper financièrement. Ceux qui vont vraiment écoper de ce qui se passe actuellement, ce sont les marchands, les restaurateurs et les consommateurs qui vont devoir payer davantage pour leur poulet. Les vraies victimes, c'est eux.

Une citation de :Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie

Un conflit à l'effet boule de neige

Le conflit a résonné jusqu’à Ottawa, où la ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a dénoncé jeudi le gaspillage alimentaire qui découle du conflit.

Ça ne peut plus durer, clame la ministre, sommant elle aussi le syndicat à accepter l’arbitrage. Franchement, c'est intolérable de laisser des animaux destinés à l'alimentation être abattus pour aucun usage.

Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse.

La ministre canadienne de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le conflit qui a cours à Saint-Anselme pourrait en entraîner dans d'autres abattoirs du pays, déclare Sylvain Charlebois.

Les problèmes qu'on voit à Exceldor sont les mêmes ailleurs. On s'attend à d'autres conflits, en province et ailleurs au pays, en lien avec ce qui se passe à Saint-Anselme.

Une citation de :Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie

En début d'année, Ottawa a accepté de verser 647 M$ sur 10 ans aux producteurs de volailles canadiens en guise de compensation pour la signature de nouveaux traités de libre-échange qui ouvre le marché canadien, géré par la gestion de l’offre, à l’international.

Jusqu’à 160 millions de dollars iront pour le Québec, précise le cabinet de la ministre Bibeau, pour un maximum de 122 000 $ par producteur, chaque année.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !