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L’essor des fermes florales au Québec : une « affaire de femmes »

Une femme dans un champ de pivoines.

La propriétaire de Pivoines Capano, Mano Capano, cultive plus de 14 000 plants dans ses champs de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Elles cultivent sur de petits terrains, le plus en harmonie possible avec la nature. Elles vendent leurs produits en circuit court. Elles essaient d’avoir un rythme de vie moins effréné. Ces dernières années, en toute discrétion, les femmes ont littéralement fait exploser le nombre de fermes florales présentes au Québec.

Mano Capano a été l’une des premières à posséder une ferme florale dans la province, il y a 20 ans. J’ai été une pionnière, admet humblement la petite dame, unique employée de sa propre entreprise, Pivoines Capano.

Situés à Saint-Augustin-de-Desmaures, ses champs comptent plus de 14 000 plants de pivoine issus de 300 variétés différentes. En plein cœur de la haute saison, le doux parfum des fleurs, porté par l’air chaud, est sublime. Les couleurs le sont aussi.

Lorsqu’elle a démarré son entreprise, au début des années 2000, Mano Capano vendait seulement des plants de pivoine.

Mais quand elle a réalisé que des milliers de fleurs se fanaient dans ses champs, chaque année, en attendant que les plants soient mûrs, elle a flairé la bonne affaire : il fallait exploiter le marché de la fleur fraîchement coupée, et vendre aux fleuristes.

Je me suis dit : "Si un producteur de Hollande est capable de produire et d'amener des fleurs au Québec et que c'est économiquement rentable, je ne vois pas pourquoi un producteur du Québec ne pourrait pas vendre au Québec!" Alors j'ai commencé comme ça, à plus petite échelle.

Une citation de :Mano Capano, propriétaire de Pivoines Capano
Une femme qui tient des pivoines dans un panier

Mano Capano est l'une des premières au Québec à avoir fondé une ferme florale.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

À l’époque, rappelle la productrice, les fleuristes proposaient très peu de fleurs locales à leurs clients.

Les fleuristes s'approvisionnaient chez les grossistes. Les grossistes faisaient venir leurs fleurs de partout dans le monde. La fleur locale était absolument absente. Maintenant, ça a changé, constate Mano Capano.

Essor fulgurant

À l’heure actuelle, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) répertorie environ 50 fermes florales au Québec.

Elles ont plusieurs choses en commun. D’abord, la plupart d’entre elles comptent entre deux et cinq ans d’existence seulement. Ensuite, elles exploitent des terres dont la superficie est généralement inférieure à un hectare.

Enfin, la vaste majorité des propriétaires sont des femmes. C'est beaucoup une affaire de femmes qui ont décidé d'avoir une vie de famille, qui ont décidé de vivre avec les fleurs, de respecter plus leur rythme, leurs valeurs, explique Mano Capano.

Deux kilomètres plus à l'ouest de Pivoines Capano, sur le bord du fleuve à Neuville, Geneviève Robert incarne complètement cette nouvelle génération de femmes qui ont choisi de cultiver des fleurs pour s’offrir une vie meilleure.

La jeune mère de famille, qui a quatre filles, a démarré Fleurs La Garance en 2017. C’était à la suite d’un congé de maternité, lors duquel elle a pris la décision de quitter son emploi de professionnelle en communications.

On était beaucoup dans le trafic, on était beaucoup dans "vite, il faut aller chercher les enfants à la garderie". Ça nous plaisait plus ou moins. J'ai toujours aimé l'agriculture [...] Il y a comme un moment où l'on se dit... on le fait ou on ne le fait pas!

Une citation de :Geneviève Robert, propriétaire, Fleurs La Garance
Une femme accroupie dans l'herbe

Geneviève Robert, propriétaire de Fleurs La Garance, à Neuville

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Geneviève Robert s’est vite aperçue qu’elle n’était pas seule. Un groupe privé a même démarré sur Facebook, où des dizaines de femmes propriétaires de fermes florales s’échangent des conseils et s’entraident.

Une solidarité qui plaît à Geneviève Robert. Selon elle, la compétition n’a pas vraiment sa place dans cette industrie.

La plupart des fermes écoulent leur production localement, en vendant à des fleuristes, dans des marchés publics ou directement aux citoyens avec des abonnements. Je pense qu’on s’est développé un petit modèle qui nous plaît, qui nous ressemble, dit-elle.

Une agriculture à grande échelle, mécanisée, ça me parle peu. Je n'ai pas vraiment envie de conduire un tracteur. Ce n'est pas quelque chose qui m'anime.

Une citation de :Geneviève Robert, propriétaire, Fleurs La Garance

Une profession reconnue

L’entreprise reconnue pour être la meneuse des fermes florales, au Québec, est Floramama. Située à Frelighsburg, en Estrie, elle est aussi portée par des femmes.

La copropriétaire, Chloé Roy, est à même de constater à quel point le secteur a évolué depuis qu’elle a démarré l’entreprise, il y a sept ans.

Ça a fait une avancée incroyable parce que notre métier n’existait même pas pour le ministère de l’Agriculture, avant, illustre-t-elle.

En 2014, il était impossible pour Chloé Roy d’être reconnue comme une floricultrice. La catégorie n’existait simplement pas, rapporte-t-elle.

C’était la production en serre seulement et c’était sous-entendu que c’était de la culture en pots, comme pour vendre des plants. La fleur coupée, comme telle, n’existait pas dans les cases du MAPAQ.

Une citation de :Chloé Roy, copropriétaire, Floramama
Chloé Roy, copropriétaire de Floramama

Chloé Roy, copropriétaire de Floramama

Photo : Stéphane Cocke

Depuis, tout a changé, notamment parce que le public a un fort appétit pour la fleur locale. Floramama est en croissance sur tous les plans : superficie de production, nombre d’employés, chiffre d’affaires.

Les abonnements [pour des bouquets de fleurs vendus au public], on a été sold out avant même que la saison commence. La fête des Mères, on était sold out en janvier, raconte Chloé Roy.

Un peu de soleil

Cet engouement, les fleuristes le ressentent aussi. Aux Jardins Vitrum Hortis, sur la rue Saint-Vallier à Québec, les copropriétaires affirment que tous les jours des clients insistent pour avoir des fleurs produites localement.

Même l’hiver, il y en a qui nous en demandent, indique Andréanne Girard. À son avis, la pandémie a aussi contribué à rendre les fleurs locales plus populaires auprès du public.

On a vraiment vu une différence pendant la pandémie. Les gens s'offraient plus de fleurs, voulaient être bien chez eux. Les gens étaient beaucoup en télétravail, beaucoup à la maison. C'était un petit peu leur soleil de la semaine.

Une citation de :Andréanne Girard, copropriétaire, Jardins Vitrum Hortis
Thalie Charron-Charbonneau et Andréanne Girard, fleuristes et copropriétaires des Jardins Vitrum Hortis

Thalie Charron-Charbonneau et Andréanne Girard, fleuristes et copropriétaires des Jardins Vitrum Hortis

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

En été, environ 50 % des fleurs vendues chez Vitrum Hortis sont produites au Québec. Ce pourcentage est appelé à augmenter encore, parce que le local est dans la philosophie de l’entreprise depuis les débuts.

Ça fait travailler les producteurs d'ici, explique l’autre copropriétaire, Thalie Charron-Chardonneau. Ce sont des gens qu'on côtoie, qui sont vraiment agréables, tandis que quand on commande à l'étranger, ça prend beaucoup de transport. Il y a les prix du transport aussi.

Des défis

Malgré cet essor indéniable, le MAPAQ affirme que les habitudes de consommation des Québécois sont encore un enjeu pour les fermes florales, qui sont relativement peu connues.

Au niveau agronomique, il manque des connaissances adaptées à notre climat et aussi aux variétés plus nordiques, indique aussi le MAPAQ, par courriel.

D’ailleurs, à moins de faire construire des serres, les fermes florales québécoises sont condamnées à ne pouvoir produire que quelques mois par année.

Les propriétaires tentent néanmoins de développer des offres originales pour avoir des revenus même en hiver. C’est notamment le cas de Geneviève Robert, qui propose des bouquets de fleurs séchées durant la saison froide.

Il y a un grand engouement pour les fleurs séchées. On en vend de plus en plus [...] Dans le temps des fêtes, on va faire des petites décorations en fleurs séchées pour enjoliver des emballages cadeaux. Il y a des boules en verre dans lesquelles on met des fleurs séchées et on peut mettre ça dans le sapin [de Noël].

Une citation de :Geneviève Robert, propriétaire, Fleurs La Garance

Mano Capano n’a pas de doute sur la viabilité de son industrie, malgré le défi climatique. S'il y a autant de fermes florales, c'est parce que c'est rentable, tranche-t-elle.

Et à en croire Chloé Roy, de Floramama, ce n’est qu’un début. Le marché n’est pas du tout saturé, dit-elle.

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