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La santé et le climat sont liés, dit Mark Carney à l'intention des pays riches

Un homme photographié en gros plan regarde au loin.

L'ex-gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, est désormais l'envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l'action climatique. Il presse les pays riches de se préoccuper tant de la pandémie que des changements climatiques, car les deux sont liés, dit-il.

Photo : Associated Press / Kirsty Wigglesworth

La Presse canadienne

Mark Carney avertit les pays riches que, s'ils ne sont pas au rendez-vous pour freiner la pandémie dans les pays pauvres, ceux-ci risquent de leur tourner le dos dans la lutte contre les changements climatiques.

L'ex-gouverneur de la Banque du Canada, aujourd'hui envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l'action climatique, a lancé cet avertissement vendredi à quelque 400 personnes réunies virtuellement par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Présentement, nous avons le momentum sur le climat et nous devons avoir le momentum sur la santé, sinon nous allons perdre le momentum sur le climat. Nous devrions avoir le momentum sur la santé en soi, pour ses propres raisons, mais nous perdrons le momentum sur le climat si nous n'accélérons pas l'effort en santé sur le plan international, a-t-il déclaré.

M. Carney se dit énormément encouragé par les réactions des individus – des Québécois et des Canadiens – des petits actes de bénévolat, de distanciation sociale pour les autres, pas nécessairement pour eux-mêmes. Ça, c'est la solidarité, c'est d'élever les objectifs de société au-dessus des objectifs à court terme, a-t-il évoqué en parlant de la pandémie.

Ça m'indique que nous pouvons élever d'autres objectifs fondamentaux, comme la durabilité, comme le climat, mais il ajoute qu'à l'échelle internationale, c'est plus difficile. La lenteur de l'effort COVAX, par lequel les pays riches se sont engagés à fournir des vaccins aux pays en développement, l'inquiète de par son succès très limité.

L'impératif humanitaire d'agir partout n'a pas été au rendez-vous. Cela démontre les limites de [la] coopération [internationale] et la nécessité de la renforcer immédiatement pour contrer le virus et, en parallèle, pour le climat.

Le parallèle entre les deux crises – sanitaire et climatique – devrait servir de drapeau rouge à l'ensemble des acteurs internationaux.

En dépit des avertissements multiples et variés et publics, nous n'avons pas suffisamment investi dans notre capacité de préparation pour une pandémie et, en dépit des preuves scientifiques, nous avons sous-investi dans la réponse aux changements climatiques.

Une citation de :Mark Carney, envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l'action climatique

Un effort colossal, mais réalisable

Selon Mark Carney, le sens d'urgence s'accroît, même au G7, mais la taille du problème est énorme. Il faut réduire de 7 % à 8 % [les émissions de gaz à effet de serre] par année pour des décennies. C'est énorme. Mais au cours des années, il y a eu des progrès importants.

Il dit maintenant s'attendre à des progrès significatifs lors de la COP26 à Glasgow, au Royaume-Uni, en novembre.

L'objectif principal est de maintenir l'objectif d'un réchauffement de la planète, de le limiter à 1,5 degré [Celsius]. Il faut que cet objectif reste accessible.

Or, poursuit-il, à ce moment-ci, les objectifs des pays sont compatibles avec un réchauffement de 2,1 degrés et ça, c'est un progrès. À Paris, c'était 2,6 degrés, et maintenant, c'est 2,1 degrés selon l'Agence internationale de l'énergie. Mais les politiques des pays [mènent] à 2,6 ou 2,7 [degrés], alors il faut avoir plus d'ambition d'ici à Glasgow.

Mark Carney constate par ailleurs un virage dans le monde des affaires, qui commence à saisir les risques et dangers des changements climatiques pour ses résultats financiers. Il signale que la création du Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) a recueilli l'adhésion de grandes banques et fonds d'investissement représentant des bilans totaux de 70 000 milliards de dollars, qui se sont engagés à des émissions nettes de GES égales à zéro. Bien qu'il s'agisse d'un engagement pour 2050, il note qu'on y retrouve aussi des engagements relativement à des étapes à atteindre en 2025 et en 2030, des stratégies pour des secteurs spécifiques et des rapports annuels de progrès.

Ça, c'est le noyau dur du système financier et c'est un noyau très important avec 70 000 milliards de dollars, et ça va s'accroître, a-t-il prédit.

Réduction de 60 % possible dès maintenant

Et les résultats sont plus à portée de main que l'on pourrait croire, si la volonté politique est au rendez-vous.

Avec des politiques qui sont nécessaires, comme une taxe sur le [carbone] et avec des progrès technologiques, on peut effectivement réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre dès maintenant avec des technologies commerciales, affirme M. Carney. C'est rentable de réduire de 60 % les émissions qui existent aujourd'hui. C'est une question d'obtenir du financement -- ce que nous faisons avec GFANZ -- d'avoir des politiques de crédits qui sont crédibles et prévisibles, comme la taxe carbone ici au Canada, et des compagnies qui assument leurs responsabilités.

Un des objectifs visés pour Glasgow est de rendre obligatoire la divulgation des résultats financiers relativement aux changements climatiques. Le G7 est allé dans cette direction et il faudrait maintenant que les grands pays comme le Brésil ou la Chine suivent le mouvement.

C'est un de mes rêves d'avoir une taxe mondiale sur le carbone, affirme-t-il. Bien qu'il reconnaisse que cela n'est pas réaliste à court terme, il a bon espoir qu'on pourra se rabattre sur une solution médiane.

Pour Glasgow, nous bâtissons un marché pour les compensations carbone à l'échelle mondiale. Ce marché, c'est seulement 300 000 $ maintenant – beaucoup de manchettes, mais pas beaucoup d'actions – mais c'est un marché qui devrait être et pourrait être de 100 milliards de dollars par année. Nous sommes à jeter les bases, pour un plan d'action final probablement pour la mi-juillet; et pour Glasgow, on va commencer avec ce marché, et ce marché va être très important pour les pays en développement et pour les peuples autochtones, même au Canada.

Le mouvement, selon lui, commence à gagner en popularité dans le monde économique.

Une énorme quantité d'entreprises s'engagent vers le net zéro. Leur principale action sera de réduire leurs émissions totales, mais au début, pour sauvegarder le budget du carbone, nous avons besoin qu'elles achètent ces compensations, ce qui entraînera un important flux de capital dans ces régions du monde qui en ont le plus besoin.

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