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Les Gardiens virtuels, la fondation qui veille sur les adeptes de jeux vidéo en détresse

Un homme habillé en noir joue à un jeu vidéo à l'ordinateur à côté d'autres joueurs et joueuses.

François Savard a fondé l'organisme des Gardiens virtuels avec Stéphanie Yargeau et Patrick Rhéaume-Espinoza en 2018.

Photo : Charles Ouimet

Stéphanie Dupuis

Joindre les joueuses et joueurs tourmentés là où ils se trouvent : c’est le défi que s'est donné la Fondation des Gardiens virtuels, qui intervient dans les communautés de jeux vidéo sur Discord, Twitch, YouTube et Facebook.

Lignes téléphoniques, rendez-vous en face-à-face et même télécopieur… les méthodes traditionnelles pour intervenir auprès des adeptes de jeux vidéo qui crient à l’aide sont bien souvent désuètes, voire inappropriées. C’est du moins le constat qu’a fait François Savard avant de créer la Fondation des Gardiens virtuels.

La seule façon d’aller les chercher, c'est par les canaux de communication liés aux jeux vidéo , affirme-t-il.

Depuis août 2020, la communauté de joueurs et joueuses peut compter sur le serveur Discord (Nouvelle fenêtre), mis sur pied par les Gardiens virtuels pour se confier sur ses états d'âme.

Capture d'écran d'un site Internet avec plusieurs canaux de discussion.

Le serveur Discord des Gardiens virtuels est accessible 24 heures sur 24.

Photo : Capture d'écran tirée de Discord

Accessible en permanence, la plateforme accueille les messages d’internautes dans une discussion publique à laquelle l’une des 22 sentinelles numériques – essentiellement des profs et du personnel de maisons des jeunes – tente de donner suite dans les 24 à 48 heures.

Ces bénévoles aident aussi des internautes qui montrent des signaux de détresse dans différentes communautés de jeux vidéo sur Discord, certes, mais aussi dans les groupes Facebook, sur la plateforme Twitch et sur YouTube.

Une fois qu’on trouve quelqu’un qui a besoin d’assistance, on discute avec lui et on le réoriente vers d'autres ressources , explique François Savard, aussi ex-cyberathlète (alias Leonin).

C’est un peu comme du travail de rue en ligne.

Une citation de :François Savard

Depuis peu, des instavidéastes (streamers) mettent aussi la main à la pâte.

Les streamers sont aux premières loges pour voir des messages très inquiétants apparaître sur leur fil de discussion. Plusieurs – et je ne peux pas les blâmer – vont tout simplement choisir de ne pas intervenir, car ils ne se jugent pas assez qualifiés, pointe François Savard.

La Fondation tâche de former et d’outiller des instavidéastes pour leur permettre de réagir et de guider les personnes tourmentées.

Quand un joueur a un problème, il est beaucoup plus enclin à parler avec cet influenceur, qu’il soit populaire ou non , croit-il.

Des personnes influentes du milieu du jeu vidéo intègrent aussi à leurs différentes chaînes des bannières à l’effigie des Gardiens virtuels dans leurs diffusions en direct, des messages automatisés dans les discussions en direct et des onglets éducatifs sur la cyberdépendance ou encore la cyberintimidation.

Tout part de la prévention du suicide

Après avoir suivi une formation sur la prévention du suicide lorsqu’il était militaire, François Savard a voulu transposer ces connaissances dans la création d’un guide destiné aux cyberathlètes.

Je cherchais des informations ciblées sur le virtuel et je ne trouvais presque rien , déplore-t-il. Le cyberathlète jouait alors au sein de l’équipe de sport électronique Boréal, démantelée en 2016.

N’ayant pas l’habitude d’attendre les autres pour agir, François Savard, aussi administrateur pour la Fédération québécoise du sport électronique, a mis sur pied la Fondation des Gardiens virtuels. Le premier outil qu’il a établi avec ses camarades : un guide sur la prévention du suicide en ligne.

Si vous êtes en détresse, qu’un ou une proche vous inquiète ou que vous vivez un deuil lié au suicide, composez le 1 866-APPELLE. Ce service panquébécois est offert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et est gratuit.

C’était en 2018. La Fondation – qui a réédité ledit guide en octobre dernier (Nouvelle fenêtre) – a parcouru beaucoup de chemin depuis trois ans.

À ses débuts, les Gardiens virtuels cognaient surtout aux portes d’organismes de relation d’aide afin de les sensibiliser aux différentes communautés en ligne. Aujourd’hui, la pandémie joue en leur faveur : Je n’ai maintenant plus aucune difficulté à faire comprendre que c’est important de rejoindre les gens en ligne , indique François Savard.

La Fondation mise à présent sur une approche plus personnelle, durable et au goût du jour.

Le dernier exemple en date : la fermeture des écoles annoncée au début de la pandémie, le 13 mars 2020.

Moins de 48 heures après, on avait un serveur Discord en marche et on lançait Gamers en quarantaine, raconte François Savard.

Gamers en quarantaine proposait de cinq à huit activités par jour aux jeunes internautes, que ce soit des cours de yoga, des conférences, des jeux de génies en herbe ou encore des parties de jeux vidéo.

On voulait créer un environnement sécuritaire pour les jeunes, car on savait qu’ils ne seraient pas à l’école , explique-t-il.

Portrait d'un homme en tailleur noir appuyant ses mains sur une chaise.

François Savard est actif dans le domaine du sport électronique et des communautés en ligne depuis 2002.

Photo : JEREMY HAMEL

Le programme s’est terminé avec le premier déconfinement, au début de l’été 2020. Quelque 800 personnes avaient alors participé aux activités, animées par 39 bénévoles. C’est aussi ce qui a jeté les bases de l’actuel serveur Discord, outil désormais central de la Fondation.

Fier de cet accomplissement, François Savard a plusieurs idées en tête pour la suite.

Mais les moyens manquent , admet-il.

Une organisation tenue à bout de bras

On cherche à en faire plus, mais on manque de ressources et on est incapables de tout couvrir. Et plus on grandit, plus on a des cas urgents, et plus ça prend une intervention rapide , poursuit-il.

François Savard aimerait qu’une personne assure la veille en ligne 24 heures sur 24, principalement sur le serveur Discord, qui centralise les requêtes. Il souhaiterait également pouvoir débloquer des fonds pour former plus de sentinelles numériques et d’instavidéastes.

En ce moment, c’est tenu à bout de bras par une dizaine de bénévoles , insiste-t-il.

Au cours des prochaines années, François Savard espère continuer de voir grandir l’esprit communautaire sur le serveur Discord. Des ateliers, des conférences et la création de contenus sur la cyberintimidation et la cyberdépendance, par exemple, sont également dans les cartons.

D’ici là, il se réjouit de voir le soutien par les pairs gagner en popularité sur le serveur Discord de la Fondation des Gardiens virtuels, qui compte plus d’une centaine de personnes prêtes à tendre l’oreille en cas de besoin.

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