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Le perlage autochtone comme outil pour comprendre les lois canadiennes

Pour la doctorante Danielle Lussier, la culture autochtone apporte un éclairage particulier au droit canadien.

Une femme fait patiemment du perlage dans une pièce avec un mur blanc et des cadres au mur.

Danielle Lussier, une Franco-Manitobaine d'origine métisse, a fait un perlage avec sa thèse de doctorat en droit de l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Université d'Ottawa

La Métisse franco-manitobaine Danielle Lussier vient de compléter son doctorat en droit à l’Université d’Ottawa. Pour accompagner sa thèse de 536 pages, elle a confectionné un châle perlé d’honneur, « parce que dans le perlage peuvent aussi s'exprimer les lois canadiennes », dit-elle.

C'est la première fois au Canada qu'une thèse de doctorat en droit est présentée en partie sous forme d'ouvrage perlé, fait savoir l'Université d'Ottawa dans un communiqué.

En entrevue à Radio-Canada, Mme Lussier explique que la conception de châles perlés est un art très populaire chez les femmes métisses. Elle décrit sa création comme étant contemporaine.

Sur le devant, se trouvent des fraises, des bleuets, des baies de Saskatoon et un colibri, ainsi que divers éléments pouvant être vus pour leurs enjeux légaux et sociohistoriques, explique-t-elle.

Un colibri perlé, des fraises, bleuets et baies de Saskatoon perlés sur un tissu violet.

Le devant du châle d'honneur de Danielle Lussier

Photo : Radio-Canada / Danielle Lussier

L'arrière de son châle est encore plus intéressant. On y voit un troupeau de bisons qui symbolise la doctorante et ses enfants. Le bison est également un thème récurrent dans le perlage, indique-t-elle.

Mes travaux visent les générations à venir. Mon œuvre va de l'histoire juridique des Métis à des questions de citoyenneté autour de l'autodétermination des peuples autochtones, en passant par des questions de droit constitutionnel canadien , explique Danielle Lussier.

Plusieurs parallèles historiques et juridiques peuvent être faits à partir de ce troupeau de bison, souligne-t-elle.

Une femme de dos porte sur ses épaules un châle mauve. Dans le milieu il y a un troupeau de bisons de couleurs roses, orange et grises en perlage.

Le châle d'honneur réalisé par Danielle Lussier, dans le cadre de son doctorat en droit à l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Danielle Lussier

Par exemple, elle soutient que le bison peut être un rappel des négociations de l'entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne. Elle lit aussi en ces bisons un grand acte de résistance envers Ottawa, faisant alors référence à Louis Riel. Le bison peut aussi être perçu comme un outil pour l'apprentissage du droit autochtone aux enfants en milieu urbain.

Loin de leur territoire, ça peut servir comme point de départ pour enseigner des droits d'autodétermination de la nation métisse, le droit de notre nation de déterminer nos propres lois en matière de citoyenneté. Il y a aussi des droits autochtones sous la forme des enseignements de la grand-mère Lune, qui est à la tête du peuple ici , exprime-t-elle.

Construire un pont pédagogique

Plusieurs Autochtones ont déjà confié trouver difficile de faire des recherches universitaires basées sur les traditions autochtones, notamment sur le savoir transmis à l'oral.

Danielle Lussier s'est dite reconnaissante d'avoir trouvé du soutien à l'Université d'Ottawa pour mener à bien son projet.

Elle trouve important que le monde académique soit ouvert à ce mélange des cultures pour construire un pont pédagogique.

On écrit, on fait du perlage. Ça crée des ponts intellectuels et du savoir du cœur. Parce qu'il faut considérer les deux. Si on considère juste l'un ou l'autre, on n’a pas toute l'histoire. On essaie d'inclure nos traditions [...] pour pouvoir parler avec nos enfants, nos parents et nos ancêtres, explique-t-elle.

Elle souhaite qu'un jour, une personne issue des Premières Nations puisse mener un projet de recherche universitaire uniquement selon ses traditions.

D'ici là, les prochains mois de celle qui dirige aussi l'engagement autochtone communautaire de la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa seront fort occupés.

Danielle Lussier va lancer un site Internet en juillet pour permettre aux gens de s’informer sur son châle d'honneur, le perlage et ses travaux académiques.

Elle donnera également à l'Université d’Ottawa un cours sur le perlage et le droit en septembre. Elle a aussi décroché un contrat d'enseignement à l'École de droit Osgoode Hall de l'Université York à Toronto pour janvier prochain.

Avec les informations de Marie-Gabrielle Ménard

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