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Police de Toronto : le projet Engage416 réussira-t-il à endiguer la violence armée?

Six véhicules de police devant l'immeuble où la fusillade a eu lieu.

L’Unité de prévention des gangs de rue du Service de police de Toronto se concentre sur 12 quartiers particulièrement touchés.

Photo : CBC/Jeremy Cohn

L’Unité de prévention des gangs de rue du Service de police de Toronto fait du porte-à-porte pour tenter d'aider les résidents des quartiers touchés par la violence. Son travail sur le terrain permettra-t-il de tisser des liens? Des Torontois qui vivent dans ces communautés ont des inquiétudes.

Il y a eu au moins 154 fusillades à Toronto depuis le début de l'année. Ce nombre s'élève à 462 pour l'an dernier.

L’Unité de prévention des gangs de rue du Service de police de Toronto (Integrated Gang Prevention Task Force) mise sur le projet Engage416 depuis septembre 2020 en s'impliquant dans les 12 quartiers où la violence est la plus présente. Ceux-ci sont concentrés dans le nord-ouest de la Ville.

Ces quartiers ont été choisis parce qu’ils connaissent le plus haut taux de violence armée et de violence de gangs de rue comme Jane Heights, Driftwood, Humbermede, Mount Dennis, Weston, Keelesdale-Eglinton West et Rexdale, explique l'agente-détective Julia Roizman, l'une des cinq membres de l'Unité.

Quand ils vont frapper aux portes, ces policiers ne sont pas en uniforme pour faciliter les interactions et calmer les tensions. Malgré cela, ils portent leur arme de service. On leur demande :"Comment ça va?", "est-ce que vous vous sentez en sécurité dans votre quartier?" Je pense que personne ne leur pose la question, raconte la policière.

Une femme blonde.

Bien que les objectifs de la prévention des gangs de rue soient difficiles, la policière Julia Roizman estime que c'est l'occasion d'avoir un impact positif sur la vie de nombreux résidents.

Photo : YouTube/Engage416

Le projet Engage416 est le fruit de 31 consultations publiques avec des citoyens des quartiers les plus touchés par l’activité des gangs de rue.

L'Unité de prévention des gangs de rue estime avoir interagi avec plus de 1400 résidents de ces communautés grâce au porte-à-porte.

La communauté est au centre des solutions.

Une citation de :Julia Roizman, policière de l'Unité de prévention des gangs de rue de Toronto

Mme Roizman et ses collègues posent des questions aux résidents des quartiers les plus touchés par la violence armée et les gangs de rue de Toronto et leur offrent du soutien que ce soit au niveau du logement, de l'éducation, de l'emploi ou de la santé mentale.

Cette aide est disponible pour tous les membres du ménage pour tenter de prévenir le gangstérisme, la violence armée et la traite de personnes, notamment, peu importe l'âge.

Les agents prennent en note leurs coordonnées pour les référer à des partenaires communautaires. L'équipe collabore entre autres avec Yorktown Family Services et la Société d’habitation communautaire de Toronto pour venir en aide à ces résidents.

Un policier et des jeunes dans un parc

Un agent de la police de Toronto discute avec un groupe de jeunes.

Photo : Radio-Canada / Marie-Michelle Lauzon

Un peu plus de 820 personnes ont accepté notre aide et participent à notre programme de parrainage, affirme Mme Roizman. Il y a beaucoup d'intérêt, ajoute-t-elle.

Le programme de parrainage est une partie du projet Engage416 mis en place par l'Unité. Il vient principalement en aide aux Torontois qui sont en liberté sous caution. Plusieurs d'entre eux font face à des accusations liées aux armes à feu et aux gangs, explique Mme Roizman.

Les policiers en uniforme qui font les contrôles de conformité des conditions de libération ont maintenant des conversations plus approfondies avec ces personnes. Ils proposent notre programme. Les interactions s'améliorent, poursuit-elle.

La majorité des références du programme proviennent de ces échanges.

De nouvelles équipes de quartier

Les équipes de quartier du projet Engage416 sont opérationnelles depuis la semaine dernière, confirme Mme Roizman.

Ils travaillent avec les communautés des 12 quartiers à risque. Chaque équipe, qui s'occupe de quatre quartiers, est formée de policiers, de résidents de la communauté, de représentants d'organismes de services sociaux, d'enseignants et d'employeurs.

La police de Toronto espère que ces équipes seront l'écho des personnes qui vivent dans ces quartiers en vue d'améliorer leurs relations.

On veut donner une voix à la communauté, dit Mme Roizman. À terme, on veut se retirer et laisser le groupe s'autogérer, ajoute-t-elle.

Un homme debout à l'extérieur devant un lac. Au loin, la vue sur le centre-ville de Toronto.

Marcell Wilson, ancien gangster, a fondé le mouvement One by One pour parler aux jeunes de son expérience et les aider à sortir de la violence.

Photo : Radio-Canada / Julia Kozak

Marcell Wilson, un ancien membre d'un gang de rue à Toronto, remet en question l'efficacité de l'approche policière. Il a entendu parler du projet, mais selon le cofondateur du mouvement One By One, l'initiative devrait être menée par des membres de la communauté.

Il ne met pas en doute l'aide apporté aux plus de 800 Torontois depuis le début de ce projet, mais le porte-à-porte de policiers armés n'est pas la voie à suivre, selon le cofondateur du groupe de prévention des gangs de rue.

Il est inquiet pour la sécurité des résidents de ces quartiers quand les agents se présenteront à la porte.

Le travail de la police est l'intervention pas la prévention. Des organismes comme les nôtres servent de ponts entre les autorités et les membres de la communauté, dit M. Wilson.

Son équipe et lui travaillent auprès de Torontois de tous âges, mais il porte une attention particulière aux jeunes de 6 à 29 ans.

Un climat de peur dans les quartiers

Selon des sondages menés par le groupe de policiers auprès des communautés visées, la pauvreté, le manque d'activités stimulantes et les problèmes familiaux sont les trois facteurs qui contribuent principalement au climat de peur dans lequel ils vivent.

Le niveau de peur est très élevé à Toronto.

Une citation de :Julia Roizman, agente-détective du Service de police de Toronto

Le recrutement [dans les gangs de rue] commence aussi tôt qu'à 8 ans, affirme Mme Roizman. L'équipe tente justement de cibler ces familles pour leur venir en aide avant que les enfants gravitent autour des gangs de rue présents dans le quartier.

Le quartier, la famille, les amis, plusieurs éléments de la vie quotidienne de ces gens ont un impact sur la sécurité et leur risque de joindre un gang de rue, explique Mme Roizman.

La pauvreté est un énorme facteur dans la création de gangs. Le manque d'espoir, le manque d'opportunités d'emploi et le racisme jouent tous un rôle, ajoute M. Wilson.

À mon époque, on était dans un gang de rue pour subvenir à nos besoins, de nos jours c'est pour se faire une réputation, pense-t-il.

Le visage du gangstérisme a changé.

Une citation de :Marcell Wilson, cofondateur du mouvement One By One

C'est seulement lorsqu'il a été atteint par une balle à 19 ans qu'il a commencé à remettre en question son mode de vie, raconte l'homme qui a maintenant 42 ans.

Nous devons nous unir en tant que Canadiens pour résoudre ce problème. Cette culture de violence ne fait aucun sens.

Une citation de :Marcell Wilson, cofondateur du mouvement One By One

Je me sentais responsable de ce qui se passait [avec les gangs de rue]. En tant que Torontois, nous ne voulons pas voir nos fils et nos filles mourir de cette façon, lance-t-il.

Par et pour la communauté

Nathan Baya, 23 ans, a grandi dans le quartier Jane et Finch. Il y est depuis que sa famille a immigré de la République démocratique du Congo.

Il a réellement commencé à découvrir sa communauté à 12 ans, dit-il. Grâce aux gens autour de moi, j'ai été protégé de plusieurs choses, dit le fondateur du groupe Jane Street Speaks.

Un homme dans une aire de stationnement.

Pour changer les mentalités des gens de son quartier, Nathan Baya a affiché des photos et citations de résidents inspirants qui se sont démarqués par leur succès.

Photo : Radio-Canada / Myriam Eddahia

Pour encourager sa communauté, M. Baya collabore avec le centre commercial Jane Finch Mall, un endroit populaire du quartier, pour afficher des photos et des citations de résidents qui se sont démarqués par leur succès comme des artistes et des diplômés.

On doit vivre une vie qui inspire les autres à vivre.

Une citation de :Nathan Baya, résident de Jane et Finch

Il n'y a pas d'opportunités. [...] On a besoin de plus de ressources pour la santé mentale, les arts et l'emploi, par exemple, ajoute le résident. On doit travailler ensemble. Il faut créer nos propres projets et nos propres initiatives.

L'homme de 23 ans veut changer la réputation de son quartier en mettant en lumière ses étoiles. Il espère inspirer tous les passants près du centre commercial du quartier de Jane et Finch.

Cependant, M. Baya ne croit pas que l'approche de l'Unité de prévention des gangs de rue soit la façon la plus efficace d'améliorer la situation. Il dit n'avoir jamais entendu parler du groupe ni l'avoir vu dans le quartier de Jane et Finch.

Comme M. Wilson, il reconnaît qu'il reste encore beaucoup de travail à faire pour améliorer les relations entre la police de Toronto et les citoyens des quartiers où il y a une surveillance policière particulière.

Quand la police vient, on ne se sent pas bien, avoue-t-il. Ce genre de projet n'est pas idéal pour nous parce que la police n'a pas un bon rapport avec Jane et Finch.

Je préfère qu'on donne directement l'argent aux gens qui travaillent et qui vivent dans la communauté, ceux qui sont établis d'une manière amicale où nous pouvons échanger confortablement, conclut-il.

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