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À Hong Kong, la une-choc de l'Apple Daily, au lendemain d'une perquisition

Des employés hongkongais travaillent à la parution d'un journal.

Des employés travaillent à la parution-choc du journal Apple Daily à Hong Kong, après que la police a arrêté la veille le rédacteur en chef et quatre cadres du journal prodémocratie.

Photo : AFP / Anthony Wallace

Agence France-Presse

Le quotidien prodémocratie hongkongais Apple Daily s'est affiché combatif dans les kiosques vendredi matin, au lendemain d'une spectaculaire perquisition dans ses locaux, avec en une de couverture un message de défi au pouvoir pro-Pékin : « Nous devons continuer. »

Le journal et son propriétaire, le magnat de la presse Jimmy Lai, actuellement incarcéré, sont depuis longtemps dans le collimateur de Pékin pour leur soutien au camp prodémocratie et leurs critiques récurrentes des dirigeants chinois.

Mais ces derniers apparaissent désormais déterminés à museler cet organe de presse, dans le cadre de la reprise en main de l'ex-colonie britannique, pourtant censée jouir d'une large autonomie.

Plus de 500 policiers se sont rendus jeudi à la rédaction du quotidien pour une perquisition qui était, selon les autorités, en lien avec des articles accusés d'appeler à des sanctions contre la Chine.

Cinq des dirigeants du journal, dont son rédacteur en chef Ryan Law et son directeur général Cheung Kim-hung, ont été arrêtés pour des faits de collusion avec des forces étrangères, en vertu de la loi draconienne sur la sécurité nationale que Pékin a imposée l'été dernier.

Une parution malgré la perquisition

MM. Law et Cheung ont tous les deux été inculpés vendredi. En vertu de cette loi, la plupart des personnes inculpées se voient refuser la libération sous caution et passent des mois derrière les barreaux avant d'être jugées. À l'issue de cette perquisition, les journalistes ont regagné la salle de rédaction où manquaient de nombreux ordinateurs et disques durs qui avaient été saisis par la police.

Mais la rédaction a travaillé toute la nuit, sous les yeux de nombreux journalistes d'autres médias, pour permettre au quotidien créé en 1995 de paraître vendredi.

La rédaction en chef a décidé d'une une sobre présentant le visage des cinq personnes arrêtées avec une ligne purement informative : La police de la sécurité nationale perquisitionne l'Apple Daily, arrête cinq personnes, saisit 44 disques durs de la rédaction.

En dessous, en très gros caractères jaunes, on pouvait lire Nous devons continuer, la phrase lancée à ses employés par M. Cheung quand il a été emmené menotté par la police.

Un journaliste devant son écran d'ordinateur

La police a effectué une descente dans les bureaux d'Apple Daily, le journal prodémocratie de la ville dirigé par le magnat des médias Jimmy Lai.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Le groupe a décidé d'imprimer 500 000 exemplaires, ce qui est six fois supérieur à son tirage normal, pariant que les Hongkongais, qui s'étaient massivement mobilisés en 2019 pour soutenir le combat démocratique, s'arracheront ce numéro historique.

Et dans le quartier populaire de Mongkok, des dizaines de personnes ont fait la queue très tôt vendredi pour acheter le journal avant même qu'il ne soit livré.

Normalement, nous vendons une soixantaine d'exemplaires, mais nous en avons cette fois vendu 1800, a déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat le propriétaire d'un kiosque.

Tout a été vendu. Nous en avons commandé 3000 et nous attendons d'être livrés.

Une citation de :Un propriétaire d'un kiosque à Hong Kong

Polly, une femme de 40 ans qui n'a donné que son prénom, a confié en avoir acheté dix. Pendant des années, nous avons bénéficié de la liberté de la presse, nous pouvions dire ce que nous voulions, a-t-elle dit. Mais en un an, tout a changé, a-t-elle poursuivi. La situation s'est détériorée, et tout s'est passé si rapidement.

Un autre client, Steven Chow, âgé de 45 ans, est reparti avec trois exemplaires. Les médias parfaits n'existent pas. Mais l'Apple Daily est une voix unique à Hong Kong, a-t-il expliqué.

On n'est pas obligé d'aimer, mais je crois qu'on doit les laisser s'exprimer et leur permettre de survivre. C'est important.

Des policiers procèdent à l'arrestation d'un homme dans les rues de Hong Kong

Au cours d'une descente matinale qui s'est déroulée le 17 juin, des policiers escortent le directeur de l'exploitation Chow Tat-kuen hors des bureaux d'Apple Daily.

Photo : Reuters / Lam Yik

L'Apple Daily avait déjà été l'été dernier la cible d'un spectaculaire raid mené par des centaines de policiers qui avaient notamment arrêté M. Lai, un milliardaire ayant fait fortune dans l'habillement.

C'est après la rétrocession de l'ex-colonie britannique à la Chine en 1997 que le quotidien est devenu vraiment visible. Au moment où de nombreux Hongkongais s'inquiétaient pour leurs libertés futures, il est devenu la voix des partisans de la démocratie et des sceptiques envers Pékin.

Soutien du Mouvement des parapluies de 2014, M. Lai est devenu la bête noire de Pékin, que les médias officiels qualifiaient régulièrement de traître et de mafieux.

Le soutien du journal aux gigantesques manifestations prodémocratie à Hong Kong en 2019 a encore intensifié l'hostilité de Pékin. Le pouvoir chinois a profité en 2020 de la pandémie pour engager une répression implacable contre le camp prodémocratie, avec pour instrument essentiel la loi sur la sécurité nationale.

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