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Une ancienne consommatrice d'opiacés dénonce un manque de services

Une seringue abandonnée dans une rue.

Il y a seulement un centre d'injection supervisée dans tout le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Une ancienne consommatrice d'opiacés dénonce le manque de services offerts dans le Nord de l'Ontario. Selon elle, il existe trop d'embûches pour ouvrir un centre d'injection supervisée même si les besoins sont bien présents.

Radio-Canada a accepté d'accorder l'anonymat à cette personne, qui craignait des représailles.

Lorsque celle-ci est arrivée dans le Nord de l’Ontario en novembre dernier, elle avait une prescription de morphine et de méthadone pour vaincre sa dépendance aux opiacés.

J’ai dû arrêter les traitements de méthadone parce que les suivis médicaux ici sont ridiculement envahissants, explique-t-elle.

J’avais comme projet de recommencer à travailler, je n’avais pas le temps de voir les médecins et de faire des tests toutes les semaines.

Dans le milieu urbain où elle vivait précédemment, ces visites étaient mensuelles.

Depuis son déménagement, elle dit avoir remarqué des lacunes majeures sur le plan des services et de l'accès au matériel, aux traitements et à des sites d’injection supervisée.

Un panier contenant le matériel requis pour une injection, offert au centre d'injection supervisée Insite, à Vancouver.

Les centres d'injection supervisée offrent des aiguilles et du matériel pour réduire les risques liés à la consommation.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Entre 3 h de l'après-midi et 8 h du matin la fin de semaine, il n’y a aucun endroit où on peut se procurer du matériel d’injection sécuritaire dans la région de North Bay, relate-t-elle.

Ça m’est arrivé d’en manquer la fin de semaine et de devoir utiliser de vieilles aiguilles jusqu’au lundi.

Une citation de :Une ancienne consommatrice d'opiacés

Selon elle, la morphine coûte trois fois plus cher dans le Nord de l’Ontario que dans le Sud, ce qui expliquerait pourquoi de nombreux consommateurs se tournent vers le fentanyl, une substance moins coûteuse, mais beaucoup plus dangereuse.

Le fentanyl joue un rôle majeur dans la hausse des décès par surdose d'opioïdes que subit le Nord de l’Ontario depuis quelques années.

Les sites de consommation supervisée visent à prévenir ce type de décès en ayant des professionnels de la santé sur place, ainsi que des services de santé connexes.

Le processus pour en ouvrir un est toutefois complexe.

Obtenir les permissions

Pour les milieux hospitaliers et les organismes du Nord de l’Ontario qui souhaitent mettre sur pied des centres d’injection supervisée, il y a plusieurs obstacles à surmonter :

  • Les municipalités doivent collaborer étroitement avec les bureaux de santé publique, les intervenants du milieu, les résidents et les usagers pour déterminer les modalités du site.

  • Une application détaillée et rigoureuse doit être soumise au gouvernement fédéral pour obtenir une exemption à la loi sur la consommation de stupéfiants.

  • Pour financer l’opération, les organismes et les autorités municipales doivent se tourner vers le gouvernement provincial et les dons privés.

Le Grand Sudbury, par exemple, vient de donner son appui à l'ouverture d'un centre de consommation supervisée temporaire, en attendant que Santé Canada approuve un centre permanent.

Et même pour ce site temporaire, l'approbation du fédéral pourrait prendre deux mois.

Trouver un terrain adéquat

Une seule clinique d’injection supervisée a réussi à ouvrir ses portes dans l'immense territoire du Nord de l'Ontario : Path 525, à Thunder Bay.

Le personnel du centre a pu compter sur l’appui de la municipalité dès le début du projet, mais a dû travailler étroitement avec la communauté pour en arriver là.

Pour certaines personnes, c’est un changement complet de paradigme, explique Jennifer Lawrance, la directrice des services de santé des Centres de santé communautaire NorWest, qui gèrent Path 525.

Nous déployons beaucoup d'efforts pour communiquer avec les résidents. Quand les gens ne connaissent pas cette réalité, ça engendre de la peur, et cette peur nous freine dans notre réponse à cette crise.

Une femme appuyée sur une table.

Selon la directrice générale des Centres de santé communautaire NorWest, Juanita Lawson, les usagers du site de prévention des surdoses peuvent aussi utiliser les autres services du centre.

Photo : CBC/Heather Kitching

Dans la région de Parry Sound, l’infirmière et spécialiste en dépendance Connie Foster remarque qu’il y a encore du travail à faire en matière d’engagement auprès de la communauté pour que ce type de projet puisse aller de l’avant dans la région.

Nous avons absolument besoin de l’appui de la communauté, spécialement dans un contexte rural, où la stigmatisation est plus forte qu’en milieu urbain, rapporte-t-elle.

Trouver le bon endroit pour un site d’injection est un des défis les plus importants. Il doit être dans un lieu accessible pour la majorité des consommateurs. Les centres-villes sont donc prisés à ce titre.

Toutefois, ces derniers sont également les lieux d’exploitation des commerces et des écoles, ce qui constitue un point de tension majeur dans le débat sur l’ouverture des cliniques d’injection supervisée.

À Sudbury et ailleurs, le manque de consensus sur l'emplacement des centres d'injection est un frein majeur au développement de ce type de projet.

La question du financement

La directrice générale de l'Association canadienne pour la santé mentale à Nipissing, Diane Brown-DeMarco, juge que les centres d’injection supervisée ne figurent pas parmi les priorités du gouvernement provincial actuel et qu’il est donc difficile d’aller chercher le financement requis.

C’est particulièrement difficile pour les membres du personnel soignant, car ils savent que les patients ont besoin de plus que ce qui est offert dans le système.

Une citation de :Diane Brown-DeMarco, directrice générale de l'Association canadienne pour la santé mentale dans le district de Nipissing

La directrice générale services de toxicomanie de Cochrane Nord, Sonia T. Gravel, fait partie d’un comité régional qui vise à créer des services en santé mentale et en toxicomanie depuis Timmins jusqu’à Hearst.

Les sites d’injection, c’est encore très nouveau, et on est dans le processus. On attend des nouvelles du gouvernement pour voir si on a réussi à obtenir le financement avant d’aller de l’avant, déclare Mme Gravel.

Les membres du comité, qui se rencontrent régulièrement, ont soumis un rapport au ministère provincial en avril dernier.

L'appui du gouvernement provincial, un élément essentiel

  • Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le gouvernement fédéral a accordé des exemptions permettant le financement d'une quarantaine de centres d’injection supervisée dans cinq provinces canadiennes.

  • Après son retour au pouvoir en 2018, l'équipe de Doug Ford a coupé le financement des sites d’injection supervisée qui avait été accordé par le gouvernement libéral précédent. Un an plus tard, elle a changé de position et accepte maintenant des demandes de financement sous certaines conditions.

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