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Un policier met son genou sur le cou d’un jeune Noir : une enquête réclamée

L'acte n'est pas proscrit, mais des élus réclament une enquête. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, évoque des images « préoccupantes ».

Deux policiers agenouillés, dont un pose son genou sur le cou de la personne arrêtée, près d'un abribus.

La vidéo d'une arrestation dans le quartier Villeray préoccupe la mairesse de Montréal et plusieurs élus.

Photo : Radio-Canada

Genou gauche sur le cou et le visage d’un jeune Noir, au sol, afin de l’immobiliser : ce geste d’un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne passe pas, aux yeux du député Frantz Benjamin.

L’élu libéral montréalais et ex-président du conseil municipal s’insurge contre une intervention, en partie filmée par des passants, qui s’est récemment déroulée dans le quartier Villeray, devant un arrêt de bus. Un enregistrement de cette arrestation a été envoyé à plusieurs élus, dont Frantz Benjamin.

Beaucoup de citoyens qui m’ont appelé ont fait référence à l’épisode George Floyd, lâche-t-il, en évoquant un traumatisme collectif.

Une enquête doit être menée par la direction du SPVM, qui doit faire preuve de transparence, ajoute Frantz Benjamin, en parlant d’enfants de 14 et 15 ans, visés par les policiers. Il a d'ailleurs envoyé une lettre à cet effet au directeur de la police de la métropole, Sylvain Caron.

Ça choque. Ça choque d'autant plus quand on voit qu’il n’y a pas de résistance.

Une citation de :Frantz Benjamin, député de Viau

Cette intervention, a indiqué le SPVM à Radio-Canada, a eu lieu le 10 juin. Une équipe locale, du poste de quartier 31, a répondu à un appel de l’école secondaire Georges-Vanier, pour bagarre d’une quinzaine de jeunes provenant de diverses écoles.

Une analyse en cours, répond le SPVM

Dans cette vidéo, qui fait 1 min 35 s, on aperçoit deux policiers agenouillés sur un jeune homme noir. À cet instant, ce dernier est au sol et ne semble pas bouger. Les policiers lui passent les menottes.

Pendant plusieurs secondes le genou gauche d’un agent est visiblement posé sur le visage et le cou de l’individu. Le policier, après s’être levé, répète ce geste, durant plusieurs autres secondes. Il fouille un sac et en sort un objet, qu'il transmet à son collègue. Celui-ci va ensuite devant la caméra du témoin et assure arrêter le jeune homme pour possession d’un Taser (un pistolet à impulsion électrique).

L’intervention du SPVM a donné suite à l’arrestation de deux mineurs pour port d’arme, nous a mentionné par courriel l’organisation policière, qui confirme qu’une analyse est en cours.

Si l’emploi de la force n’est pas justifié, le gestionnaire va prendre les actions requises.

Une citation de :David Shane, porte-parole du SPVM

Ce dernier reste prudent en évoquant l’angle de la caméra qui pourrait induire en erreur. Chaque fois qu’il y a emploi de la force, nos agents remplissent un rapport et celui-ci sera étudié, promet néanmoins David Shane.

Je veux comprendre ce qu’il s’est passé, réclame de son côté Frantz Benjamin. J’ai vu une arrestation musclée [auprès] de jeunes qui, visiblement, n’opposaient aucune résistance à leur arrestation.

Des images préoccupantes, dit Valérie Plante

Après avoir pris connaissance de cette vidéo, la mairesse Valérie Plante a elle aussi réclamé des éclaircissements au SPVM.

Les images qui circulent sont préoccupantes. L’analyse en cours doit permettre de faire la lumière sur l’ensemble de l’intervention.

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

Les images de l’intervention réitèrent encore une fois l'importance d'implanter des caméras corporelles, ce sur quoi nous travaillons avec nos partenaires, ajoute-t-elle, dans une déclaration transmise à Radio-Canada.

L’opposition, dirigée par Denis Coderre, tient des propos similaires. Les images de cette arrestation posent de sérieuses questions. Une enquête indépendante devra être menée pour faire la lumière sur cet événement, assure l’élu Abdelhaq Sari, porte-parole d'Ensemble Montréal en matière de sécurité publique.

Ce genre de technique d’arrestation doit être utilisée uniquement en cas de danger imminent, ce n’est certainement pas le cas lorsque le suspect est menotté.

Une citation de :Abdelhaq Sari, élu d’Ensemble Montréal

Une technique qui n’est pas proscrite, selon un expert

Selon l’ex-formateur et sergent au SPVM Stéphane Wall, à qui nous avons montré cette vidéo, cette technique n’est pas proscrite, à l’heure actuelle, dans les rangs de la police montréalaise.

Au niveau de la formation des policiers, ce n’est pas contre-indiqué de le faire, d’apposer une certaine force dans le cou pour avoir la reddition d’un suspect. Mais il faut que ce soit de nature passagère et temporaire.

Une citation de :Stéphane Wall, ex-superviseur au SPVM

Cependant, précise l’ancien superviseur, désormais à la retraite, si on fait une pression de nature temporaire ou passagère dans le cou, dès que la personne est menottée, on va essayer plutôt de mettre notre genou au niveau de la ligne des épaules.

Mes sources me disent qu’il n’y a pas eu de rappel qui a été fait dans les derniers mois, ajoute Stéphane Wall.

Conseiller stratégique indépendant pour le SPVM depuis l’été passé, le sociologue Frédéric Boisrond se dit quant à lui inquiet par les méthodes et la manière de procéder des agents.

Un jeune menotté avec un genou sur le cou, ça ramène à des images assez troublantes. Je ne pensais pas voir ça au Québec en 2021.

Une citation de :Frédéric Boisrond, sociologue et conseiller pour le SPVM

Ce genre de chose, ça m’inquiète et ça m’interpelle, soutient-il. Ça n’a pas duré 8 min [9 min 29, en réalité, soit la durée exacte durant laquelle le policier a appuyé son genou sur George Floyd], mais ça frappe l’imaginaire.

Les élus montréalais voulaient bannir certaines pratiques

Le 24 août 2020, sur proposition d’Ensemble Montréal, les élus montréalais ont adopté une motion réclamant l’arrêt immédiat de l’usage de techniques d’intervention bloquant la respiration par les policiers du Service de police de la Ville de Montréal.

Selon ce texte, ces techniques ne devraient être utilisées par les policiers qu’en cas de dernier recours, notamment en cas de danger de mort ou en cas de danger de lésions sérieuses imminentes.

Cette motion n’est cependant pas contraignante pour la police, puisque les règles de celles-ci sont régies par le gouvernement provincial.

La « technique de l'étranglement respiratoire » est interdite d'utilisation par les membres de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) depuis 1979 et n'est plus enseignée par l'École nationale de police du Québec depuis 1985.

Avec la collaboration de Pascal Robidas et Mathieu Prost

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