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Une gare patrimoniale négligée puis brûlée

Une pelle mécanique s'apprête à jeter par terre les quelques murs encore debout.

Les restes de la gare de L'Épiphanie après l'incendie

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Abandonnée et placardée depuis près de 30 ans, la gare de L'Épiphanie, située sur la couronne nord de Montréal, dans la région de Lanaudière, a été la proie des flammes dans la nuit de mardi à mercredi.

L'édifice, construit en 1923, était pourtant classé par le gouvernement canadien en vertu de la Loi sur la protection des gares ferroviaires patrimoniales.

Pour le géographe et historien Claude Martel, il s'agit d'une perte considérable. La gare de L'Épiphanie était la dernière au Canada construite avec le plan numéro 9 du Canadien Pacific. La compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique (CP) avait 21 modèles de gares qu'elle reproduisait à travers le pays.

C'est un pan de l'histoire qui vient de partir parce que des gares de type numéro 9, il n'en existe malheureusement plus au Canada.

Une citation de :Claude Martel

C'était plus pratique et plus économique pour le CP d'avoir des plans de gares prédéterminés en fonction de l'activité économique de la région, précise Claude Martel, qui dirige l'Institut de recherche sur l'histoire des chemins de fer au Québec.

La gare de L'Épiphanie était de grande dimension. Lors de sa construction en 1923, le CP prévoyait que la ville de L'Épiphanie se développerait et deviendrait un centre industriel, raconte Claude Martel. Le CP prévoyait un autre niveau de développement, qui dans le fond n'est jamais venu. Après la crise économique de 1929, L'Épiphanie a plutôt stagné, plutôt que de prendre l'essor qu'on prévoyait à l'époque. Mais la gare a toujours servi. Jusqu'en janvier 1990, il y avait des arrêts pour les trains de passagers. Pour le reste, ça servait au transport des marchandises qu'il y avait dans le coin ici.

Classée, mais abandonnée

La gare a été classée en 1992 par le gouvernement canadien. La loi fédérale n'oblige cependant pas son propriétaire, le CP, à l'entretenir. Le maire de L'Épiphanie, Steve Plante, dénonce cette situation.

Malheureusement, cette loi manque de mordant parce qu'elle ne demande pas aux gens qui sont propriétaires du bâtiment, dans ce cas-ci le CP, de venir investir pour maintenir ce bâtiment. Donc on vient protéger le bâtiment d'un côté, mais on ne demande pas au propriétaire de le maintenir en état.

Une citation de :Steve Plante, maire de la ville de L'Épiphanie
Sur la photo, on voit l'arrière d'un camion de pompiers et les flammes qui embrasent les deux étages de la gare.

L'incendie de la gare de L'Épiphanie dans la nuit du 15 au 16 juin 2021.

Photo :  Radio-Canada/Courtoisie / Antony Kotsilidis

Ce n'est pas la première fois qu'un maire dénonce ce vide juridique. L'ancien maire de Kingston, Mark Gerretsen, l'a fait en 2011 au sujet d'une gare du Canadien National dans sa ville. La gare, située sur la rue Montréal dans cette ville de l'Ontario, est en ruines depuis des années malgré son classement sous la Loi sur la protection des gares ferroviaires patrimoniales. Mark Gerretsen est aujourd'hui député fédéral dans le gouvernement de Justin Trudeau.

Écoutez le reportage de René Saint-Louis à l'émission Le 15-18.

Steve Plante croit que, même s'il n'y avait pas eu d'incendie, la gare n'aurait pas pu être sauvée. Le toit fuyait de partout et la vermine rongeait le bâtiment, dit-il. Claude Martel, de son côté, était passé voir la gare en avril dernier. Ce qui est arrivé était prévisible, selon lui.

C'était à moitié placardé, c'était dans un état de décrépitude avancé. C'était comme tellement invitant pour des vandales de venir se faire un petit feu de foyer à l'intérieur. C'était comme annoncé, on ne peut pas le dire autrement que ça.

Une citation de :Claude Martel, président directeur de l'Institut de recherche sur l'histoire des chemins de fer au Québec
Steve Plante et Claude Martel devant les ruines de la gare.

Le maire de L'Épiphanie, Steve Plante, et le président de l'Institut de recherche sur l'histoire des chemins de fer au Québec, Claude Martel, qui tient une maquette de la gare qu'il a fabriquée lui-même.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Le CP a refusé de répondre à nos questions au sujet de l'entretien de la gare. Afin d'assurer la sécurité des opérations ferroviaires sur les voies ferrées adjacentes, il a été nécessaire de démolir d'urgence l'ancienne gare de L'Épiphanie hier soir, car elle a été gravement endommagée lors de l'incendie, se contente d'écrire la compagnie ferroviaire.

Dans Lanaudière, il ne reste maintenant qu'une seule gare patrimoniale, celle de Joliette. Au fil des ans, celles de Lanoraie, Berthierville et maintenant L'Épiphanie ont été détruites.

Le maire Steve Plante aimerait maintenant récupérer le plan numéro 9 du CP, pour peut-être un jour l'utiliser dans le cadre d'un autre projet qui ferait un clin d’œil à la gare disparue.

La gare de L'Épiphanie est la deuxième gare patrimoniale que la province perd cette année. La gare de Masson-Angers, en Outaouais, s'est effondrée sous le poids de la neige le 11 mars dernier.

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