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L'Ontario fait un petit pas pour pallier la pénurie d'enseignants francophones

Une enseignante regarde un dictionnaire larousse avec un élève de 6e année.

Chaque année, il manque 520 enseignants certifiés en Ontario pour équilibrer l’offre et la demande, selon un rapport.

Photo : Radio-Canada / Benoit Roussel

La province a besoin de plus de 1000 enseignants francophones dans ses écoles, selon le rapport du Groupe de travail sur la pénurie des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Dans un rapport réalisé en janvier, le Groupe de travail sur la pénurie des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario estime que la province devra trouver un total de 1050 enseignants chaque année pour au moins les cinq prochaines années pour combler les besoins en personnel enseignant francophone dans ses écoles élémentaires et secondaires.

Pour pallier la pénurie de personnel enseignant francophone en Ontario, le Groupe de travail fait un total de 37 recommandations en trois phases. La première phase doit commencer cette année, selon le rapport, avec la mise en place de 13 recommandations prioritaires.

Il faudra trouver 520 enseignants certifiés additionnels chaque année pour équilibrer l’offre et la demande de personnel enseignant certifié alors que le nombre d’élèves inscrits dans les écoles du système d’éducation en langue française de l’Ontario est à la hausse.

Le gouvernement met en place un plan sur 4 ans

Parmi les recommandations, le Groupe de travail identifie un besoin d'investissement financier de 91,6 millions de dollars sur 5 ans.

Cependant, en réponse à ce rapport, le gouvernement Ford a annoncé jeudi qu'il met en place une stratégie sur 4 ans pour laquelle 12 millions de dollars seront alloués.

Cette stratégie se base sur 32 des 37 recommandations du rapport, selon le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, et son confrère responsable des Collèges et Universités, Ross Romano.

Ross Romano sur un podium pendant une conférence de presse.

Ross Romano, ministre des Collèges et Universités de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

Elle doit permettre d'attirer des enseignants francophones de l'étranger, de faciliter l'accès et aux formations pour ce métier ainsi que leurs programmes, et de retenir les enseignants déjà en place.

Objectif 500 enseignants recrutés par an

Les cinq recommandations manquantes n'ont pas pu être respectées pour le moment, a déclaré le ministre Romano. Il a toutefois assuré que le gouvernement travaille à les intégrer.

Nous savons que nous avons un problème, nous savons que nous devons former plus de professeurs de français dans la province. Nous savons que nous devons le faire par le biais d'autres sources que simplement locales, nous allons donc vers d'autres juridictions.

Une citation de :Ross Romano, ministre des Collèges et Universités

L'Ontario vise à embaucher jusqu'à 500 nouveaux enseignants de français par an, a déclaré M. Lecce, bien que cela puisse prendre un certain temps pour en arriver là.Le gouvernement travaille avec les trois facultés d'éducation de langue française de la province, à l'Université d'Ottawa, à l'Université Laurentienne et à l'Université de l'Ontario français, pour améliorer le processus d'admission aux programmes de formation initiale à l'enseignement .

L'AEFO satisfaite, mais sur ses gardes

L'Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), qui a participé à l'élaboration du rapport, s'est dite satisfaite de façon prudente après l'annonce du gouvernement.

Il y a des signes positifs dans tout ça. On savait très bien qu’on pouvait pas mettre en oeuvre les 37 recommandations d’un coup de baguette magique. Les 32 qui ont été soi-disant soulevées, on est conscient que ça peut pas se faire du jour au lendemain.

Une citation de :Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO

Par ailleurs, Mme Vinet-Roy ne s'est pas inquiétée outre mesure de la différence entre le budget débloqué par l'Ontario et les besoins pour mettre fin à la pénurie. Pour elle, le montant d’argent qui a été annoncé, c’est un point de départ.

Alors, peut-on espérer arriver à la fin de la pénurie des enseignants de langue française?

Avec le temps, oui on peut, a-t-elle répondu. C’est le message qu’a semblé donner le gouvernement, mais encore une fois on est un peu prudent. L’objectif du rapport c’était de le faire de façon progressive. C’est sûr qu’on peut pas aller de l’avant puis augmenter tout de suite par 500 places dans les facultés d’éducation le nombre de candidates et candidats.

Anne Vinet-Roy

Selon Anne Vinet-Roy, l'argent alloué par le gouvernement Ford pourra être bonifié dans des budgets provinciaux et fédéraux futurs.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran Google Meet

Selon l'opposition officielle en Ontario, la stratégie contre la pénurie est trop peu, trop tard. Dans un communiqué, le porte-parole du NPD en matière d'Affaires francophones, Guy Bourgoin, a déploré que si Doug Ford voulait vraiment régler la pénurie d’enseignant·es de français, il aurait agi plus tôt et il aurait fourni les appuis nécessaires.

Les conseils scolaires ont besoin de financement immédiat et les institutions postsecondaires ont besoin de plus de ressources pour former les nouveaux enseignant·es.

Une citation de :Guy Bourgoin, député du NPD de l'Ontario de Mushkegowuk—Baie James

Au cours des six dernières années, il y a eu en moyenne 2000 inscriptions d'élèves de plus par année dans les écoles de langue française de l’Ontario .

Ce rapport du Groupe de travail sur la pénurie des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario a été remis au gouvernement provincial cet hiver, mais il n'a jamais été publié par le ministère de l'Éducation.

Le ministre ontarien de l'Éducation, Stephen Lecce, arrive à une conférence de presse à l'Assemblée législative de l'Ontario.

Le ministre ontarien de l'Éducation, Stephen Lecce

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Pourtant, des représentants du ministère de l’Éducation, en plus de ceux de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario, de l'AEFO et de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, forment ce groupe de travail.

Le système d’éducation en langue française est dans une situation critique et l’Ontario doit agir! La pénurie du personnel enseignant francophone perdure depuis 2016, et une intervention immédiate s’impose, peut-on lire dans le rapport réalisé en janvier.

Les élèves francophones et francophiles de l’Ontario paient les frais d’un problème pourtant largement prévisible.

Il est temps d’agir.

Une citation de :Extrait du rapport sur la pénurie des enseignantes et des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario

Le rapport explique que la structure actuelle du système ontarien est incapable de pourvoir aux postes à plein temps disponibles dans les conseils scolaires de langue française catholiques et publics et, à la fois, leur assurer un bassin de suppléance suffisant.

Chaque année, plus de 500 personnes non qualifiées enseignent sous lettre de permission intérimaire. [...] Si aucune action n’est prise, la situation s’aggravera pour atteindre un nombre exorbitant d’environ 3000 personnes qui œuvreront sous lettre de permission intérimaire en 2025-2026, précise le rapport.

Une aide financière

Mis à part les représentants du ministère de l’Éducation, les membres du Groupe de travail demandent que le gouvernement Ford élimine l’exigence du Test de compétences en mathématiques (TCM) ou qu’il en exempte les diplômés francophones des facultés d’éducation offrant un programme en français.

Cette demande est l'une des 5 qui n'ont pas été retenues pour la stratégie quadriennale du gouvernement.

Tous les membres du groupe recommandent qu’une aide financière spécifique et ciblée soit offerte aux étudiants qui s’inscrivent à la formation en enseignement par le biais d’une combinaison d’un programme de bourses d’études et de prêts étudiants.

Le remboursement du prêt ne serait pas exigé pour ceux et celles qui se dirigent dans le système d’éducation en langue française et complète avec succès le Programme d'insertion professionnelle du nouveau personnel enseignant, selon cette recommandation.

Ils demandent aussi que le gouvernement Ford finance des incitatifs pour les personnes qui doivent ou qui acceptent de faire leurs stages de formation dans les régions éloignées, telles que l’indemnisation pour leurs dépenses de voyage et de logement.

Le Groupe recommande également un financement additionnel pour l’embauche d’un spécialiste dans chacun des conseils scolaires de langue française pour guider l'intégration du nouveau personnel enseignant issu de l’immigration récente.

La mise en œuvre immédiate et ordonnée des 37 recommandations par l’Ontario assurera non seulement la qualité de l’éducation de ses jeunes francophones, mais permettra à la province de s'acquitter de ses obligations constitutionnelles, croient les auteurs du rapport.

Le plan d’action proposé vise à éliminer la pénurie dans un délai raisonnable et rétablit l’équité qui doit s’instaurer entre les 2 systèmes linguistiques d’éducation vers l’atteinte du succès scolaire de tous les élèves, ajoutent-ils.

Le Groupe de travail sur la pénurie des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario veut la mise en place d'un processus annuel au cours des quatre prochaines années pour évaluer la mise en œuvre des recommandations.

Avec des informations de Natasha MacDonald-Dupuis

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